Thales va racheter la participation de la famille Gorgé dans Exail, le champion français des drones sous-marins, avant de lancer une offre publique d'achat sur 100 % du capital. Avec pour objectif de renforcer sa position dans la lutte sous-marine.

Thales rachète la participation de la famille Gorgé dans Exail, spécialiste tricolore des drones sous-marins. © Exail / Balao
Thales rachète la participation de la famille Gorgé dans Exail, spécialiste tricolore des drones sous-marins. © Exail / Balao

Le géant français de la défense, Thales, a officialisé ce lundi 6 juillet 2026 la nouvelle : il va racheter la participation de la famille Gorgé dans Exail Technologies, avant de lancer une offre publique d'achat sur l'intégralité du capital. Valorisée 3,9 milliards d'euros, cette opération à 134 euros l'action doit réunir deux savoir-faire complémentaires, avec les drones sous-marins d'Exail et ses systèmes de navigation, capables de guider un navire avec précision même sans GPS, mais aussi de solides ambitions communes autour des capteurs quantiques, une technologie de rupture qui promet une précision de détection inédite.

Exail, le spécialiste des drones sous-marins convoité par Thales

Pour être très clair, donc, Thales va racheter à la famille Gorgé sa participation de 35,51 % dans Exail, au prix de 134 euros par action. Un chèque qui valorise l'entreprise à 3,9 milliards d'euros, avec une prime de 44 % sur le cours de bourse du 25 juin dernier. Cette étape va ensuite ouvrir la voie à une offre publique d'achat obligatoire sur le solde du capital.

Il faut savoir qu'Exail, qui est basée à Paris et cotée sur Euronext Paris comme sur le marché américain OTCQX, emploie aujourd'hui plus de 2 200 personnes et a réalisé 479 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025, avec une croissance à deux chiffres attendue cette année. Sa spécialité, ce sont les drones sous-marins et les systèmes de navigation inertielle, utilisés aussi bien par des clients civils que par les armées de plus de 80 pays.

Numéro deux mondial de la navigation inertielle navale, Exail a aussi développé UMIS, un système de drones autonomes dédié à la lutte anti-mines, et DriX, une gamme de drones de surface à la fois civils et militaires. De quoi séduire Thales, déjà présent sur ce même créneau de la défense sous-marine.

Vers un futur poids lourd de la lutte sous-marine

Sur le papier, l'alliance a de quoi faire rêver les actionnaires. Thales table sur 500 millions d'euros de revenus additionnels d'ici dix ans, plus de 60 millions d'euros de bénéfice opérationnel supplémentaire d'ici 2030 grâce aux économies d'échelle, et environ 90 millions d'euros de gains cumulés d'ici 2032. Gyroscope laser d'un côté, fibre optique de l'autre : les deux technologies de navigation inertielle se complètent à merveille. Sur le terrain opérationnel, Thales mise également sur la mise en commun des équipes de recherche pour accélérer l'innovation dans la lutte anti-sous-marine dronisée, un domaine où l'intelligence artificielle doit jouer un rôle croissant au sein du portefeuille combiné des deux groupes.

Évidemment, tout le monde affiche sa bonne humeur. Patrice Caine, le patron de Thales, évoque un renfort pour « la souveraineté technologique de l'Europe », tandis que Raphaël Gorgé, à la tête d'Exail, loue une aventure entamée en 2022 déjà et devenue, selon lui, tout simplement exceptionnelle.

Mais patience, car cette union ne se fera pas du jour au lendemain. Le rachat de la part de la famille Gorgé doit d'abord être validé par les autorités de la concurrence, les gendarmes chargés de vérifier qu'un tel rapprochement ne nuit pas aux autres acteurs du marché, une étape attendue d'ici le troisième trimestre 2027 tout de même. Viendra ensuite l'offre publique d'achat, c'est-à-dire la proposition de rachat faite à tous les actionnaires restants d'Exail, avec une clôture visée début 2028 au plus tard. Bonne nouvelle pour les investisseurs de Thales au passage : l'opération ne devrait rien changer aux dividendes versés par le groupe, une part des bénéfices habituellement reversée à ses actionnaires. Rien d'immédiat, donc, mais l'union est déjà actée dans les têtes.