Naval Group a annoncé, mardi, son entrée au capital de cortAIxFrance, l'accélérateur d'intelligence artificielle de Thales dédié aux systèmes critiques, à hauteur de 20%. De quoi nourrir le renforcement de la sécurité opérationnelle des forces armées.

Annoncé ce mardi, le rapprochement est désormais officiel : Naval Group prend 20% du capital de cortAIx France et rejoint par la même occasion sa gouvernance. Un centre spécialisé ouvrira à Ollioules, dans le Var, au plus près du site de Naval Group. Ensemble, les deux groupes hexagonaux veulent accélérer l'intégration d'une IA de confiance dans les systèmes navals de combat, tout en garantissant la souveraineté des algorithmes et la protection des données sensibles.
cortAIx, l'accélérateur d'IA de Thales qui change de dimension avec Naval Group
Lancée par Thales en 2024, cortAIx est en quelque sorte la colonne vertébrale de l'IA du groupe. La structure rassemble aujourd'hui plus de 800 experts sur cinq sites dans le monde, en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, au Canada et à Singapour. Leur mission couvre tout le cycle de vie d'une solution d'IA, depuis les premiers travaux de recherche jusqu'à son déploiement concret dans des équipements réels. Un savoir-faire qui a valu à Thales le titre de premier déposant européen de brevets en IA appliquée aux systèmes critiques.
Naval Group ne monte pas au capital de la structure les mains dans les poches. Ses ingénieurs installés à Ollioules apportent une connaissance très concrète du terrain naval, à savoir comprendre les contraintes d'un sous-marin ou d'un navire de guerre en opération. Car faire fonctionner une IA dans ces conditions extrêmes, déconnectée, sous pression et en temps réel, est un défi d'une toute autre nature que d'entraîner un algorithme dans un datacenter.
Les deux PDG sont sur la même longueur d'onde. Pierre Éric Pommellet, à la tête de Naval Group, veut « dépasser les frontières traditionnelles de l'architecture et de l'innovation, au profit d'une IA souveraine et maîtrisée, essentielle pour construire le combat naval de demain », autrement dit, sortir des silos habituels pour innover autrement. Patrice Caine, son homologue chez Thales, est tout aussi direct et estime que cette alliance doit aider les armées à « prendre une longueur d'avance face à des menaces de plus en plus nombreuses et immédiates. »

De la guerre électronique à la logistique, les cinq chantiers de l'IA navale de demain
Cinq domaines opérationnels sont ciblés par Naval Group et Thales, et les deux premiers donnent le ton. Il y a d'abord le combat collaboratif. Plutôt que de gérer un seul système à la fois, l'IA permettrait à un opérateur de piloter en même temps plusieurs équipements, des drones, des systèmes d'armes et des capteurs, sans être débordé. Vient ensuite l'aide à la décision. Face à des flux de données massifs qui arrivent de partout en pleine opération, l'IA trie, analyse et restitue l'essentiel en quelques secondes pour que le commandant puisse trancher vite et bien.
La guerre électronique, voilà un autre terrain sur lequel l'IA a un rôle à jouer. Concrètement, il s'agit de détecter et identifier des signaux ennemis, de localiser des radars adverses ou encore de rédiger des rapports d'analyse après une mission. Des tâches qui mobilisent aujourd'hui une attention et une concentration intenses de la part des équipages, et que l'IA pourrait prendre en charge en grande partie, pour libérer les opérateurs et leur éviter la saturation.
Les deux derniers domaines sont l'entraînement et la logistique. Côté entraînement, l'IA générerait des scénarios de simulation réalistes et adaptés au niveau des équipes, pour préparer les forces au plus près des conditions réelles. Côté logistique, elle anticiperait les pannes et les besoins de maintenance avant qu'ils ne surviennent, pour un gain de temps et d'efficacité considérable en opération. Dans tous les cas, une règle non négociable s'impose. Les algorithmes restent sous contrôle français, les données sensibles sont protégées, et c'est toujours un humain qui prend la décision finale.