Le Français Naval Group a présenté le SCX 26 mardi, un concept ship de 8 000 tonnes, pensé pour le combat naval de haute intensité. Ses laser, canon électromagnétique et baie à drones esquissent le navire de guerre de demain.

Le SCX 26, c'est le concept particulièrement impressionnant que Naval Group a dévoilé le mardi 3 novembre à l'occasion d'Euronaval, pour imaginer le navire de combat des prochaines décennies. Sur le papier, il aligne plus de 100 silos à missiles, un laser de 100 kW et une vaste baie arrière où les drones et hélicoptères pourraient se relayer au gré des missions. Alors il ne s'agit ici que d'un exercice de prospective qui ne préfigure pas forcément un futur programme, mais qui montre comment l'industriel, déjà à la manœuvre du futur porte-avions tricolore, Le France Libre, envisage les navires de demain.
Naval Group dévoile le SCX 26, un navire de guerre de 170 mètres armé d’un laser et d’un canon électromagnétique
On sait désormais certaines choses sur ce fameux navire dont rêve Naval Group. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'avec ses 170 mètres de long pour 8 000 tonnes, le SCX 26 affiche des mensurations de destroyer. À titre de comparaison, une frégate FREMM de la Marine nationale tourne autour de 6 000 tonnes. Il est aussi pensé pour filer à 30 nœuds, soit environ 55 km/h, et pour couvrir plus de 8 000 milles nautiques, près de 15 000 kilomètres d'autonomie.
Sous le pont, l'arsenal donne, lui, le vertige comme on dit. Le navire compte plus de 100 silos de lancement vertical, ces tubes encastrés dans la coque d'où les missiles décollent, par définition, à la verticale. Ils sont prévus en plusieurs formats, et leur nombre approche celui d'un destroyer américain Arleigh Burke. Au plus près du navire, deux lanceurs modulaires polyvalents Rampart et un laser de 100 kW assurent la défense rapprochée. Des munitions téléopérées et une artillerie secondaire, elle aussi téléopérée et couvrant 360 degrés, complètent le dispositif.
Son canon électromagnétique, capable de tirer en salves rapides, suscite notre curiosité. Ici, il n'y a pas de poudre, c'est l'électricité qui catapulte les projectiles à très grande vitesse. Associé à la profusion de silos, il doit permettre de traiter des menaces multiples et saturantes dans la durée, à un coût optimisé. Car vider ses silos de missiles onéreux face à des attaques massives n'est pas tenable longtemps. Le pari reste sur le papier très, très audacieux, puisque par exemple, l'US Navy a renoncé à son propre canon du même type en 2021.
Une soute à drones au cœur du navire de combat
L'autre point d'intérêt du navire se trouve à l’arrière. Il abrite une vaste soute, baptisée « mission bay », qui fait à la fois office de hangar et d’atelier. Grâce à un grand ascenseur et à des systèmes de levage, l’équipage peut y embarquer, entretenir et mettre à jour des drones, puis les lancer et les récupérer, et cela vaut aussi pour les hélicoptères. La panoplie embarquée change selon la mission. Il peut accueillir des drones d’observation pour le renseignement et la surveillance, des appareils de guerre électronique pour écouter ou brouiller l’adversaire, des engins de chasse aux sous-marins et/ou des drones chargés de protéger la flotte. Combinés aux capteurs et aux armes du navire, ils permettent de répartir le combat, et au SCX 26 d'agir au sein d’un dispositif où les navires, aéronefs et drones agissent de concert.
Au milieu de la coque, on retrouve également des marques de cette conception modulaire. Entre les deux mâts intégrés, une « flex zone » est réservée à de futures capacités, ajoutées sous forme de modules. Les mâts et lanceurs sont répartis à l'avant comme à l'arrière, pour qu'un seul coup au but ne mette pas tout le navire hors jeu. Côté capteurs, un radar UHF dédié à la défense contre les missiles balistiques côtoie une suite sonar complète et des moyens de guerre électronique haut de gamme, pour l'écoute et le brouillage.
L'équipage peut compter jusqu'à 150 marins, avec 100 places supplémentaires pour un état-major ou des spécialistes. L'intelligence artificielle doit les aider à comprendre la situation et à décider plus vite, sans leur retirer ni la décision ni la responsabilité. Comme Thales avec son conteneur modulaire, Naval Group décrit ainsi un « système de systèmes » évolutif. Mais un concept ship n'est pas une commande. Cet exercice de prospective ne préfigure pas forcément un futur programme. Il doit surtout nourrir les échanges avec la Marine et la DGA, et montrer aux marines étrangères que l'industriel sait penser la haute intensité.
On ne verra sans doute jamais de SCX 26 à flot, mais des briques comme la mission bay pour drones, la flex zone modulaire ou la densité de silos réapparaîtront peut-être sous une forme plus raisonnable, dans de futurs programmes français ou à l’export.