La Direction générale de l'armement a réalisé, au large de Toulon, un premier essai de choc par explosion sous-marine sur une ex-frégate. Ce test, inédit depuis la fin des années 2010, vise à mieux protéger les navires français des mines navales.

L’ex-frégate Latouche-Tréville, au mouillage au large de Toulon et accompagnée d’un remorqueur de la Marine nationale, avant sa campagne d’essais de choc. © Direction générale de l'armement
L’ex-frégate Latouche-Tréville, au mouillage au large de Toulon et accompagnée d’un remorqueur de la Marine nationale, avant sa campagne d’essais de choc. © Direction générale de l'armement

Il y a quelques jours, la Direction générale de l'armement (DGA) a déclenché un premier essai de choc par explosion sous-marine sur la coque de l'ex-frégate anti-sous-marine Latouche-Tréville, au large de Saint-Mandrier-sur-Mer, dans le Var. Comme on l'a appris juste avant ce week-end, le navire sans équipage mais truffé de capteurs a encaissé une détonation sous l'eau, pendant que les ingénieurs suivaient le trajet de l'onde de choc jusqu'à ses équipements. D'après Nicolas Drogi, directeur de DGA Techniques navales, un tel essai à l'échelle 1 n'avait plus eu lieu depuis les tirs Agosta de la fin des années 2010. On serait même au début d'une nouvelle série d'essais.

Une frégate à la retraite reprend du service… comme cobaye

Rendu public par la DGA le 30 octobre 2026, ce tir est le premier d'un programme de recherche lancé en 2024, baptisé CORTEX-BS. Cet acronyme un brin indigeste (« Conception optimale pour la résistance et la tenue aux explosions sous-marines, volet bâtiments de surface ») cache l'idée qui consiste à concevoir des navires de surface, comme les frégates, capables d'encaisser une explosion sous l’eau. Car une mine n'a pas besoin de toucher sa cible pour faire des dégâts. En explosant, elle libère une onde de choc qui se propage dans l'eau, frappe la coque et se transmet jusqu'aux machines et à l'électronique du bord. Il faut désormais mesurer précisément ce trajet.

Pour le savoir justement, les équipes du centre DGA Techniques navales de Toulon ont passé des mois à étudier, aménager et instrumenter la frégate, devenue un banc d'essai flottant de luxe. La Marine nationale, l'unité de management Combat naval, DGA Techniques aérospatiales, Naval Group et Safran Electronics & Defense ont prêté main-forte. Il n'y avait personne à bord pendant les tirs, évidemment, pour cette campagne pensée de façon progressive, dont le but est d'engranger un maximum de données sans prendre de risques inutiles.

Sur terre, l'opération n'est en tout cas pas passée inaperçue. La préfecture maritime de la Méditerranée et la mairie de Saint-Mandrier-sur-Mer, en lien avec la préfecture du Var, ont encadré en amont le secteur de la pointe du Cannier. Entre le 26 et le 30 octobre, tout ce qui est navigation, mouillage, plongée et baignade y étaient interdits dès que les zones étaient activées, tout comme l'accès à la plage de Cavalas. Des mesures d'effarouchement étaient aussi prévues pour protéger la faune marine.

Depuis un navire de soutien, les équipes de la DGA mettent du matériel à l’eau à l’aide d’une grue, au pied de l’ex-frégate Latouche-Tréville. © Direction générale de l'armement
Depuis un navire de soutien, les équipes de la DGA mettent du matériel à l’eau à l’aide d’une grue, au pied de l’ex-frégate Latouche-Tréville. © Direction générale de l'armement

Pourquoi la DGA a soumis une ancienne frégate française à une explosion sous-marine

Il y a bien eu le premier « boum ». Les ingénieurs vont maintenant comparer les mesures relevées à bord avec ce que prévoyaient leurs simulations numériques, c'est-à-dire les modèles informatiques qui calculent la réaction d'un navire à une explosion. Si le calcul colle à la réalité, l'outil est validé et pourra remplacer une partie du travail en mer, avec à la clé des essais moins coûteux et plus rapides. Les résultats serviront aussi à mettre à jour le référentiel technique, le cahier des règles que suivent les ingénieurs pour concevoir des navires de surface résistants aux chocs. Enfin, ils renforceront le savoir-faire français en qualification au choc, l'examen qui prouve qu'un navire ou un équipement fonctionne toujours après l’impact.

La Direction générale de l'armement veut aussi éprouver, en conditions réelles, les équipements modernisés et les nouvelles technologies. Dans un contexte international qu'elle juge en durcissement, il est indispensable de mieux protéger le matériel et les marins, pour qu'un navire secoué par une mine puisse poursuivre le combat. « Une DGA de combat au service d'une Marine de combat », résume Nicolas Drogi.

Pour la frégate, on peut parler d'une vraie reconversion. Imaginez que le 7 mars 2022, moins de deux semaines après le début de l'invasion russe de l'Ukraine, elle rejoignait la mer Baltique pour un ultime déploiement aux côtés de l'OTAN, avec un crochet par l'Islande pour l'exercice Northern Viking. Après deux dernières sorties à Brest en juin, en hommage aux frégates anti-sous-marines, elle a été retirée du service actif à l'été 2022, au terme de 32 ans de carrière, puis désarmée en 2023. Elle veille désormais, depuis Toulon, sur celles qui prendront sa relève.