Amazon vient de tester son Internet par satellite avec l’armée américaine. Un premier pas pour s’inviter sur le terrain militaire, où SpaceX a déjà pris une longueur d’avance.

Alors qu’Amazon Leo se fait encore attendre malgré près de 400 satellites en orbite, le géant de l’e-commerce ne vise pas simplement le grand public avec son Internet par satellite. Il entend, aussi, se frayer un chemin dans le secteur ô combien convoité et lucratif de la défense.
En 2025, l’entreprise a d’ailleurs conclu un accord avec L3Harris, spécialiste américain de l’aéronautique. Celui-ci porte sur des solutions de communication pour les clients militaires, gouvernementaux et de sécurité publique. Et elle vient justement de franchir une étape concrète.
Un débit qui a dépassé 400 Mbit/s
Ce 13 octobre, Amazon a annoncé avoir fait la démonstration de son service devant l’ARMée américaine, au centre de recherche C5ISR d’Aberdeen, dans le Maryland. Une trentaine de représentants de l’armée avaient fait le déplacement.
Le test s’est déroulé avec un simple ordinateur portable relié à Leo Pro, l’antenne principale du service, et consistait à envoyer et recevoir des données au passage des satellites. Résultat, le débit descendant a dépassé 400 Mbit/s en pic. Starlink atteint parfois ces niveaux, mais sa médiane tourne plutôt autour de 150 Mbit/s aux États-Unis.
Amazon ne compte pas en rester là et prévoit déjà de nouveaux essais avec l’armée, avec des connexions encore plus rapides, des scénarios en mouvement et une intégration aux réseaux tactiques existants. Le groupe espère ainsi faire passer ces technologies du laboratoire au terrain.
Un secteur en plein boom
La société viendrait directement concurrencer Starlink et sa branche dédiée à la défense, Starshield. Car son premier contrat avec la Space Force remonte déjà à 2023. Et cette année, l’armée lui a confié 2,29 milliards de dollars pour bâtir l’épine dorsale du Space Data Network, un futur réseau chargé de transporter les données de l’armée. Un prototype pleinement opérationnel est attendu d’ici à la fin 2027.
Mais les deux géants ne sont pas uniquement des concurrents, et pourraient même devenir des partenaires. En août, Amazon a en effet été retenue parmi cinq groupes, avec Lockheed Martin, Northrop Grumman, Rocket Lab et York Space Systems, pour tester des satellites capables de servir de relais à ce réseau développé par SpaceX.
Une alliance qui illustre à quel point le militaire est devenu stratégique, d’autant plus que l’administration Trump se tourne vers le secteur privé pour drastiquement augmenter sa puissance de frappe et de défense en orbite. Un tel marché promet de très juteux contrats, et les entreprises ne comptent pas passer à côté.
Un débit « en pic » désigne la meilleure valeur observée dans des conditions favorables, sur une courte durée (bon alignement satellite-antenne, faible congestion, conditions radio optimales). Le débit médian reflète une performance plus représentative du quotidien, en intégrant les variations liées au trafic réseau, à la qualité du lien radio et au passage d’un satellite à l’autre. Deux services peuvent afficher des pics comparables, tout en offrant des expériences très différentes si l’un a une médiane nettement plus basse. Pour des usages militaires ou critiques, la régularité (débit soutenu, latence stable, disponibilité) est souvent plus importante que le record ponctuel. Les mesures peuvent aussi dépendre du matériel terminal et de la configuration du réseau au sol (stations passerelles, routage, priorisation).
L’intégration aux réseaux tactiques consiste à faire fonctionner la liaison satellite comme un maillon d’une architecture militaire existante (réseaux mobiles de terrain, postes de commandement, véhicules, drones), avec ses règles de sécurité et de priorisation. Cela implique généralement du chiffrement robuste, une gestion fine des identités et des accès, ainsi que des mécanismes de résilience (redondance, bascule rapide, tolérance aux pertes). Sur le terrain, les scénarios « en mouvement » ajoutent des contraintes d’antenne (suivi du satellite, stabilité du pointage) et de gestion des handovers quand la couverture bascule d’un satellite au suivant. Il faut aussi assurer l’interopérabilité avec des équipements hétérogènes et parfois des bandes de fréquences/réglementations spécifiques. Enfin, la qualité de service doit pouvoir privilégier certains flux (commande/contrôle, télémétrie, vidéo) selon la criticité opérationnelle.
