L'IGN inaugure ce jeudi Cartes.gouv.fr, une plateforme qui espère donner aux Français une alternative à Google Maps. Gratuit, souverain, riche de 1 141 couches de données, l'outil intègre même un équivalent hexagonal de Google Street View.

Voici à quoi ressemble Cartes.gouv.fr, une fois ouvert. © Alexandre Boero / Clubic
Voici à quoi ressemble Cartes.gouv.fr, une fois ouvert. © Alexandre Boero / Clubic

Google Maps et Waze trustent, il faut le dire, nos téléphones, tablettes et ordinateurs avec un quasi-monopole, que la France espère bien bousculer un peu, avec Cartes.gouv.fr. Ce service public des cartes et données du territoire, inaugurée ce jeudi 25 juin 2026, propose, gratuitement et à tous, un point d'accès aux services cartographiques de référence, de manière tout à fait souveraine. Plus de 1 100 couches cartographiques garnissent justement l'outil, qui emprunte aussi quelques-unes des fonctionnalités de Google Street View et Maps, en se distinguant en proposant des données que le géant américaine ne délivre pas à ses utilisateurs.

Carte.gouv.fr, l'État fait presque du neuf avec du vieux, pour concurrencer Google Maps et Waze

Cartes.gouv.fr succède au Géoportail, le portail historique de l'IGN, l'Institut national de l'information géographique et forestière, lancé il y a vingt ans, et qui fermera définitivement ses portes en septembre 2026. Là où le Géoportail restait assez confidentiel, cartes.gouv.fr ambitionne quelque chose de plus grand, en réunissant sur une seule plateforme plusieurs services jusqu'ici dispersés, comme macarte.ign.fr ou geoservices.ign.fr. Un chantier de consolidation pensé, cette fois, pour le grand public.

Pour mesurer l'enjeu, l'IGN a commandé un sondage à l'institut Ipsos BVA, mené en mai 2026 auprès de 1 000 Français, et dont les résultats paraissent aujourd'hui. Le résultat est sans appel, puisque 87 % jugent indispensable ou important que l'État développe ses propres outils cartographiques, indépendants des multinationales. Un score qui est au niveau de l'attachement aux services de santé numérique, et loin devant l'engouement pour l'IA générative. Ce n'est pas anodin, quand on sait que 55 % des Français utilisent déjà une carte numérique au moins une fois par semaine, une proportion qui grimpe à trois quarts chez les plus jeunes.

Le site n'est d'ailleurs pas tout à fait nouveau. Il est en effet ouvert aux professionnels depuis décembre 2025 et enregistre déjà quelque 200 000 visites mensuelles, avec des réponses à plus de 300 millions de requêtes quotidiennes sur ses serveurs. Une adoption encourageante, qui fait aussi suite à une version plus légère, Cartes IGN, lancée il y a deux ans, et qui témoigne d'un appétit réel. En étant désormais accessible à tous, cartes.gouv.fr devra convaincre des millions de Français habitués au confort de Google Maps.

Ici, on s'amuse à voir le potentiel géothermique à Marseille aux alentours. L'une des nombreuses possibilités sur Cartes.gouv.fr. Sur la flèche de gauche, on a activé la légende de la carte. Et sur la flèche de droite, on accède à un vrai petit moteur de recherche pour accéder aux centaines de cartes disponibles. © Alexandre Boero / Clubic
Ici, on s'amuse à voir le potentiel géothermique à Marseille aux alentours. L'une des nombreuses possibilités sur Cartes.gouv.fr. Sur la flèche de gauche, on a activé la légende de la carte. Et sur la flèche de droite, on accède à un vrai petit moteur de recherche pour accéder aux centaines de cartes disponibles. © Alexandre Boero / Clubic

Ce que cartes.gouv.fr propose que Google Maps ne proposera jamais

Le catalogue de Cartes.gouv.fr est, il faut l'admettre, assez impressionnant. On y trouve le plan IGN vectoriel (qui s'adapte dynamiquement au zoom), des photographies aériennes à 20 cm de résolution, le cadastre, les données socio-économiques de l'INSEE, et des cartes thématiques qui couvrent l'environnement, l'urbanisme, l'agriculture ou encore les forêts. On y accède via le bouton « Ma sélection de cartes » en haut à droite, comme on vous le montre sur l'image du dessus. Un petit moteur de recherche permet d'accéder, soit par mot-clé ; soit par catégorie, à l'une des centaines de cartes proposées. En tout, on compte 1 141 couches produites par l'IGN et ses partenaires, parmi lesquels le Museum national d'Histoire naturelle, l'Office français de la biodiversité, et les métropoles de Lyon et du Grand Paris, entre autres.

Là où on peut distinguer Cartes.gouv.fr de son rival californien, c'est dans la profondeur de certaines données. Le programme LiDAR HD fournit un modèle du relief avec une précision centimétrique, précieux pour l'hydrologie, l'archéologie ou la prévention des risques naturels. Des cartes historiques géoréférencées (Cassini, état-major, carte 1950) et même une carte des zones de restriction pour les drones, produite par la Direction générale de l'aviation civile, complètent l'offre. Autant de ressources que Google Maps (et encore moins Waze) n'a jamais cherché à proposer, et que le moteur américain ne proposera jamais, car son modèle repose sur la publicité ciblée et l'exploitation des données de navigation. Cartes.gouv.fr, lui, est financé par le service public, sans régie publicitaire. Huit Français sur dix disent clairement préférer ce modèle. Mais seront-ils aussi nombreux à utiliser l'outil tricolore ? Si seulement…

Le mode Panoramax débute en affichant les rues éligibles en orange sur la carte. © Alexandre Boero / Clubic

Impossible, enfin, de passer sous silence Panoramax, l'une des fonctionnalités les plus attendues. Lancé en 2022 par l'IGN et OpenStreetMap France, ce commun numérique propose une alternative libre à Google Street View. Près de 110 millions de photos sont déjà disponibles, ce qui représente presque un million de kilomètres photographiés par plus de 2 000 contributeurs à travers le monde. On y accède tout en bas à gauche de la carte, via le bouton « Parcourir les photos Panoramax ». Il affiche alors en orange les rues et chemins éligibles. La couverture n'est pas encore complète sur tout le territoire français, mais le bouton « Contribuer » invite tout le monde à combler les blancs.

Nous voici sur le Vieux-Port de Marseille. Manque de bol, le contributeur a transmis ses clichés un jour de temps gris. © Alexandre Boero / Clubic

Tout ce que vous pouvez faire concrètement sur cartes.gouv.fr dès aujourd'hui

S'il y a un vrai enthousiasme pour Cartes.gouv.fr auprès des personnes interrogées, on ne peut pas passer sous silence la défiance envers les outils existants. Selon le sondage Ipsos BVA, 69 % des Français savent que les applications de cartographie enregistrent leurs données de déplacement et leurs habitudes de navigation, et 56 % déclarent que cela les dérange. Du coup, 81 % se disent prêts à modifier leurs usages pour adopter un outil souverain, dont près d'un tiers « tout à fait prêts ». Les motivations sont révélatrices. Parmi les personnes interrogées, 37 % invoquent l'indépendance vis-à-vis des GAFAM, 34 % la protection de leurs données personnelles, et 18 % la qualité du service, à condition bien sûr qu'il soit performant et régulièrement mis à jour. Un cahier des charges explicite pour l'IGN.

Côté pratique, la plateforme propose une palette d'outils pensés aussi bien pour le randonneur que pour l'urbaniste, avec du calcul d'itinéraire à pied ou en voiture (mais pas en temps réel, et c'est peut-être sa plus grosse limite), le profil altimétrique, la mesure de surfaces et de distances, et le calcul d'isochrones pour visualiser les zones accessibles en un temps donné. Les cartes peuvent être annotées également, exportées en PDF, JPEG ou PNG, et partagées via un lien ou un code iframe. L'interface a aussi été repensée pour le mobile et la tablette, avec un soin particulier apporté à l'accessibilité pour les personnes en situation de handicap.

Fonctionnalité itinéraire de Cartes.gouv.fr. © Alexandre Boero / Clubic

Cartes.gouv.fr n'en est qu'à ses débuts, et plusieurs fonctionnalités sont déjà annoncées pour les prochains mois. Parmi elles, on devrait retrouver la possibilité de créer ses propres cartes personnalisées sans aucune compétence technique, donc pouvoir comprendre, dessiner sa propre carte thématique depuis zéro, comme on le ferait sur une feuille blanche, mais en version numérique. Un outil d'annotation repensé permettra également de griffonner, surligner et commenter directement sur les fonds de carte. Enfin, un système de favoris facilitera l'accès rapide aux couches et données qu'on consulte le plus souvent. L'outil est là, il est solide. Parmi les points à améliorer, on notera l'attente d'une application dédiée au même nom, même s'il existe Cartes IGN ; et une version mobile plus responsive. La vraie question, désormais, c'est celle du réflexe : est-ce que les Français sont prêts à délaisser l'automatisme Google pour adopter un outil qui leur appartient vraiment, ou presque ?