Unbelievable, une mini-série pour prendre conscience

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
12 décembre 2020 à 15h15
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D'autant plus terribles qu'ils sont issus d'une histoire vraie, les huit épisodes de Unbelievalbe nous embarquent au cœur d'une affaire de viol dans laquelle la faible voix des victimes peine à se faire entendre. Une ambiance irrespirable, une enquête et un casting impeccable, pour un récit indélébile…

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Dans un contexte où l'offre en matière de séries n'a jamais été aussi pléthorique, le Veilleur d'écran[s] se propose d'être votre guide à travers les saisons. Qu'il s'agisse d'une ancienne série aujourd'hui culte, d'un carton récent ou d'un show plus anonyme, cette chronique vous aidera à ne perdre votre temps qu'en bonne compagnie.

Accompagnez la lecture de cet article avec la musique de la série :

Quand personne ne vous croit

On entend parfois qu'il faut « libérer la parole des victimes de viol », une phrase qui sonne comme un slogan, sans pour autant se concrétiser systématiquement. Pour moi, le premier épisode d'Unbelievable pose le problème sans concession. Sans attendre, la série nous prend aux tripes, au delà de l'affaire de viol, en nous faisant comprendre que Marie ne va pas être crue. Ni écoutée. Que l'injustice, c'est parfois une toute petite phrase… Et nous, spectateurs, de frissonner, car ces scènes, difficiles, transpirent le vécu. Aucun doute, on est au cœur d'une sombre affaire.

Unbelievable est une mini-série tirée d'un article d'investigation de Ken Armstrong et T. Christian Miller, intitulé « Une incroyable histoire de viol » et paru en 2015 (Prix Pulitzer 2016). Au fond, c'est une affaire policière que l'on suit, sur deux tableaux.

D'abord le portrait de Marie en 2008, adolescente fluette, timide, que son agression rend presque muette. La jeune fille est d'ailleurs parfaitement incarnée à l'écran par Kaitlin Dever.

Et puis l'enquête de Karen Duvall (Merritt Wever) et Grace Rasmussen (Toni Collette), pugnaces, combatives mais réalistes, qui vont tenter de comprendre pourquoi et comment un « serial violeur » a pu passer sous les radars de la justice.

Si la traque est centrale au fil des épisodes, la série n'oublie ni les témoignages des victimes, ni l'impact de l'affaire sur les deux femmes détectives. Ce n'est clairement pas une enquête qui se règlera dans le cadre des horaires de bureau…

Unbelievable série inspectrices © @Netflix 2019

Oh Marie, si tu savais…

Ni révoltée ni combative, déjà broyée par son passé avant d'être adulte, Marie est une victime, autant qu'un anti-héros. On voudrait qu'elle se batte, qu'elle ait l'énergie de faire éclater la vérité, mais on comprend qu'elle ne l'ait pas. Ou plus. Et c'est aussi une force de ce récit, que de nous montrer simplement pourquoi les victimes se taisent. Pire même, auraient parfois préféré se taire.

Unbelievable est une série qui prend parfois le temps, et c'est une bonne chose. Dès le deuxième épisode, le spectateur est immergé dans l'enquête. Le cheminement est tel que, sans jamais entrer dans la caricature, on constate l'extraordinaire différence entre une investigation mal menée et la « bonne » façon de faire. Entre guillemets quand même, car cette affaire va bientôt prendre le pas sur les soirées avec les enfants, sur la vie de famille, et même sur les relations de l'équipe qui mène la traque.

Unbelievable série victime © @Netflix 2019

Ainsi, après avoir patiemment démonté toute notre confiance dans le premier épisode, la série va s'atteler à la reconstruire. Cela prendra du temps et beaucoup d'écoute. Mais l'inspectrice Duvall sait écouter et accompagner.

Lorsqu'elle entend une victime lui expliquer : « il m'a dit que c'était son premier viol. Mais je ne crois pas que ce soit vrai », elle ne doute pas. Nous non plus. L'inspectrice est déjà prête à retourner ciel et terre pour retrouver l'agresseur avec autant de poigne qu'elle a mis de douceur à comprendre les témoignages des victimes. Karen Duvall, Grace Rasmussen et son équipe (dont la pétillante RoseMarie jouée par Dale Dickey), rejoints par un inspecteur du FBI (Scott Lawrence), partent alors en chasse. Sans éliminer aucune piste, et quitte à se faire cracher dessus par les collègues.

Incroyable mais vrai…

S'il s'agit bien d'un « true crime » (une affaire qui a réellement eu lieu), Unbelievable n'est pas un documentaire. L'ambiance musicale presque effacée, le focus sur les visages et la banalité volontaire de plusieurs scènes extrêmement bien filmées permettent tout de même d'immerger sérieusement le spectateur et ce presque immédiatement.

Ce n'est pas Hollywood, ce n'est pas de la SF. Les personnages, et c'est visible, ont été choisis car ils renferment une touche, sincère, d'authenticité. En d'autres termes, ils sont… normaux. Jusqu'aux victimes, qui viennent rappeler que le viol n'est pas une affaire de canon de beauté, mais une agression qui bouleverse les vies à tout âge.

Rasmussen s'engueule avec son mari, les proches des victimes regardent les flics comme des incapables, et les non-dits blessent plus que des gifles. L'enquête est honnête et fascinante et pourtant… On n'a pas vraiment envie d'être là, avec eux, à partager ce quotidien d'injustice.

Unbelievable série Marie 2 © @Netflix 2019

Les acteurs, sans trop en faire, sont le corps et le cœur de cette série. La musique n'est pas inoubliable, les costumes et la photo n'ont pas nécessité de révolution, et la réalisation n'est pas centrée sur une performance en particulier (si ce n'est le talent indéniable de filmer une émotion intelligemment). Loin d'être l'objet du hasard, cette absence de « starification » laisse une place prépondérante au scénario et aux personnages pour leur permettre d'évoluer. Le rythme lui, ne laisse plus le spectateur souffler à partir du deuxième épisode.

"Unbelievable est aussi incroyable qu'elle est réelle et réaliste tout au long de ces huit episodes"

Unbelievable est donc une série difficile, qui aborde un thème violent, avec des personnages (Marie en tête) qui en bavent jusqu'au bout. Elle est interdite au moins de 16 ans, pour la bonne raison que sans aller dans les scènes graphiques, elle ne cache rien. Elle montre l'horreur, sans vulgarité mais en appuyant douloureusement sur nos points sensibles. Tant et si bien que des mois plus tard, l'histoire nous colle encore à la peau.

Unbelievable série inspectrices 2 © @Netflix 2019

Et pourtant, je ne saurais que vous conseiller cette série : il y a une alchimie qui fonctionne, une réalité si terrible que l'on suit cette traque avec l'envie, la révolte presque, de voir que le coupable a pu (ou non) être appréhendé. Et le sentiment que l'on peut, peut-être, réparer au moins une partie du système qui a permis ça.

En bref, Unbelievable est un drame moderne et engagé, autant que la mise en scène de la subtile traque d'un violeur récidiviste. Elle se « binge » en quelques heures haletantes, à condition d'avoir une couette, une boisson chaude ou tout autre partenaire réconfortant à portée de main.

Unbelievable est aussi incroyable qu'elle est réelle et réaliste tout au long de ses huit épisodes. C'est une plongée immersive des deux côtés du miroir, qui ne laisse pas de marbre.

Cette série est pour vous si :
- Vous recherchez un récit réaliste avec une histoire intense
- Vous appréciez les enquêtes policières cérébrales
- Vous avez les épaules solides face au drame et à l'injustice


Cette série n'est pas pour vous si :
- Vous recherchez une série d'action, sirènes hurlantes et pistolet au poing
- Vous préférez un show léger pour vous détendre un peu
- 8 épisodes c'est un peu court pour vous

L'unique saison de la mini-série Unbelievable est disponible sur Netflix.

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