Jean-Christophe Combe, DG de la Croix-Rouge : "Notre espace humanitaire se réduit" (Interview)

05 février 2020 à 15h00
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Coronavirus, détérioration du climat, menaces technologiques sur le terrain... Les acteurs humanitaires assistent depuis quelques années à une multiplication des menaces. Le directeur de la Croix-Rouge française explique comment les appréhender et les surmonter, dans une interview accordée à Clubic.

Les associations d'aide humanitaire affrontent, ces dernières années, des dangers de plus en plus nombreux et de plus en plus variés. Le changement climatique a des conséquences partout sur le globe, les guerres très localisées nourries d'armes autonomes rendent les opérations de terrain parfois impossible à mener, et le Coronavirus a fait son apparition il y a quelques semaines, suscitant l'inquiétude.


Dans une interview accordée au Centquatre-Paris dans le cadre de la cinquième édition de la Maddy Keynote, le 31 janvier 2020, Jean-Christophe Combe, le directeur général de la Croix-Rouge française, a pu nous expliquer comment l'association, qui en profite pour lancer un appel aux bonnes volontés, se démène pour fournir l'aide nécessaire sur tous ces terrains.

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Jean-Christophe Combe (© Alexandre Boero pour Clubic)

Jean-Christophe Combe, l'interview exclusive

Clubic : Notre première question concerne le climat, un sujet plus que jamais d'actualité. En France, notamment, nous avons battu des records de chaleur à plusieurs reprises et dans de nombreuses régions. Le phénomène, qui est appelé à se répéter, coïncide avec un rapport publié par la Croix-Rouge fin 2019, nous relayant des projections alarmantes de l'OMS, qui fait état de 250 000 décès supplémentaires par an, à terme, du fait de la dégradation du climat.

Jean-Christophe Combe : Pour nous, le climat est l'enjeu le plus important pour les années qui viennent. C'est le premier défi en termes de santé publique pour le vingt-et-unième siècle, et il est normal que la Croix-Rouge, dans son ensemble, s'intéresse aux conséquences du changement climatique sur la santé. C'est une question humanitaire, puisque ce sont les personnes les plus vulnérables qui sont les plus impactées par ces changements climatiques, mais aussi parce que le changement porte atteinte directement aux droits de l'Homme, au droit de vivre dans un environnement sain, et au droit à la santé de façon générale.

« Le climat est l'enjeu le plus important pour les années qui viennent »


Nous le voyons, les conséquences sont de plus en plus fortes, et sont de plusieurs natures, directes notamment avec la multiplication des phénomènes météorologiques violents extrêmes, dont la puissance est de plus en plus importante. Nous connaîtrons 60 000 morts supplémentaires liées aux conséquences des changements climatiques sur la santé à partir de 2030. Les conséquences indirectes, comme les épisodes de sécheresse, vont causer des dégâts sur la sécurité alimentaire et l'économie de certains pays, qui seront déstabilisés, qui connaîtront les conflits et subiront la migration.

Pour cela, la Croix-Rouge souhaite mobiliser la communauté internationale et les communautés locales, pour faire face à ces changements climatiques. Nous avons publié un rapport alarmant, effectivement, néanmoins l'objectif n'est pas de faire peur à tout le monde, mais d'avoir une prise de conscience collective. Le message, dans ce rapport, est que nous sommes en capacité de faire face aux changements climatiques, de nous adapter et d'apporter des réponses.


...La situation n'est donc pas irréversible.

Ce n'est pas irréversible. Le mouvement est sérieusement enclenché, et nous savons que nous enregistrerons une hausse de 2,5 degrés et demi d'ici à 2050, ce qui aura des conséquences considérables sur le climat. Mais l'Homme a la capacité de s'adapter à tout cela, ainsi que celle d'atténuer son empreinte.

« L'objectif n'est pas de faire peur à tout le monde, mais d'avoir une prise de conscience collective »


L'Organisation mondiale de la santé va même encore plus loin et nous dit que les progrès réalisés en matière de santé ces 50 dernières années pourraient être effacés, réduits à néant d'ici 2050, marquant un retour en arrière de l'espèce humaine.

Complètement. La mortalité va revenir à la hausse, l'espérance de vie des populations les plus vulnérables, dont les systèmes de santé sont les moins adaptés aux changements, va diminuer. Mais nous sommes tous concernés, même les pays les plus développés. La canicule, les inondations, l'évolution des maladies concernent l'Europe par exemple, avec l'apparition du chikungunya et de la dengue pas si loin de chez nous. Si nous ne faisons rien, que nous n'adaptons pas notre comportement, notre façon de vivre, et que nous ne renforçons pas notre système de santé, tous les efforts et progrès de la médecine de ces 50 dernières années pourraient être annihilés.

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Départ d'équipiers Croix-Rouge de Roissy, en présence du Président de la Croix-Rouge française (© Nicolas Beaumont)

Peut-on rentrer dans les clous de l'accord de Paris, dont les États-Unis se sont retirés, où cet accord n'aura-t-il finalement été qu'un feu de paille ?

Nous pensons qu'il faut y croire, qu'il faut s'engager de toutes nos forces dans cet objectif et réussir à mobiliser l'ensemble de la population mondiale, qu'elle prenne conscience de ces enjeux et que chacun rentre dans l'effort et dans la transformation de son mode de vie, pour réussir à rester sous les 2°C.

« Tous les efforts et progrès de la médecine de ces 50 dernières années pourraient être annihilés »


Comment réagit la Croix-Rouge française face au coronavirus et son expansion ? Êtes-vous plus du côté de ceux qui pensent qu'il faut s'alarmer ou davantage du côté de ceux qui dénoncent une certaine paranoïa ?

Il faut être prudent. C'est une situation qui peut potentiellement être grave. Aujourd'hui, que ce soit du côté de l'OMS ou des États, les mesures ont été prises pour limiter l'expansion du phénomène. La recherche a été lancée pour trouver des vaccins et assurer la prévention et la prise en charge de ce virus. Nous prenons la situation au sérieux, mais il n'est pas l'heure de s'alarmer. C'est comme pour le changement climatique : paniquer ne conduira à rien de bon et aura plus tendance à nous paralyser et à nous empêcher d'apporter les bonnes réponses. Mais je crois qu'aujourd'hui les choses sont sérieusement prises en main, et nous avons de bonnes raisons de penser que nous réussirons à maîtriser l'expansion de ce virus.


Une vingtaine de collectivités et d'associations ont intenté une action en justice contre Total pour « inaction climatique », sur la base de l'accord de Paris et de la loi sur le devoir de vigilance des entreprises. Est-ce un danger pour les entreprises françaises ou une opportunité de les rappeler à l'ordre ?

Je ne commenterai pas la méthode employée. Mais ce que j'observe aujourd'hui, c'est que de plus en plus, les entreprises s'engagent aux côtés de la société civile et des pouvoirs publics pour faire face aux enjeux climatiques, mais aussi, comme nous l'avons vu avec la loi PACTE, pour faire évoluer leur raison d'être et travailler sur les questions d'intérêt général. Il faut aller encore plus loin dans cet engagement des entreprises, car face aux défis immenses que nous allons devoir affronter dans les années qui viennent, nous aurons besoin des efforts de tous pour y parvenir.

« Le Coronavirus ? Nous prenons la situation très au sérieux, mais il n'est pas l'heure de s'alarmer »


Tout autre chose, les technologies évoluent de plus en plus, il en est de même pour l'armement. Est-ce que cela pose des difficultés pour la Croix-Rouge qui opère parfois sur des terrains ô combien dangereux, pour ne pas dire mortels ?

La transformation digitale et l'arrivée de nouvelles technologies posent des difficultés mais sont aussi une opportunité pour travailler et répondre de façon plus efficiente aux besoins sociaux et aux défis auxquels nous sommes confrontés. En tant qu'acteur humanitaire, nous le voyons, mais ce n'est pas tant lié aux défis technologiques qu'à l'environnement dans lequel nous vivons aujourd'hui. Notre espace humanitaire et notre capacité à agir et atteindre les populations qui en ont besoin sont de plus en plus réduits, car on ne respecte plus les principes élémentaires d'humanité ni le travail des humanitaires. C'est un défi. Il est vrai que cela est renforcé par l'arrivée de nouvelles formes de guerre, de combats, de nouvelles technologies, par l'urbanisation également des conflits et l'utilisation de drones. Nous vivons une période où il est impératif, aujourd'hui, que les États reprennent le chemin de l'ordre international tel qu'il a été créé après la seconde guerre mondiale et s'engagent dans la protection de l'espace humanitaire et du droit international humanitaire.

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Distribution de bouteilles d'eau à la population (© Emmanuelle Labeau / CRF)

Il y a des zones dans lesquelles la Croix-Rouge ne peut plus pénétrer aujourd'hui ?

Le comité international de la Croix-Rouge, soit l'organe du mouvement Croix-Rouge, qui a mandat pour intervenir en zone de conflit, intervient aujourd'hui dans des zones dont la sécurité est de plus en plus tendue. Il n'y a pas de zones dans lesquelles nous n'intervenons pas. En revanche, le risque est de plus en plus grand pour nos équipes, pour nos volontaires engagés sur le terrain. Il y a de plus en plus de décès parmi les équipes humanitaires, ce qu'on ne peut pas accepter.

« Notre espace humanitaire et notre capacité à agir sont de plus en plus réduits »


Est-il plus difficile aujourd'hui de sensibiliser les gens à rejoindre la Croix-Rouge ? Ou est-ce que le danger peut faire naître des vocations ?

Pour ceux qui croient dans les idéaux de la Croix-Rouge et de l'action humanitaire, cela nous fait redoubler d'effort. À nous d'aller chercher les bonnes volontés et de susciter l'engagement. Aujourd'hui, nous sommes dans une société où, globalement, les jeunes sont en quête de sens, d'action, d'engagement. À nous, grandes organisations, de nous adapter à leurs capacités et envie d'agir. Pour cela, il faut aller dans les écoles, collèges et lycées pour sensibiliser, éduquer et informer sur les enjeux du monde dans lequel on vit.

La Croix-Rouge arrive-t-elle à suivre, financièrement, le rythme des évolutions ? C'est le moment de faire un appel...

Nous avons besoin de plus d'engagement. Les besoins sociaux et défis sont immenses. Seuls, nous n'y arriverons pas et avons besoin de la mobilisation de tous. Je lance effectivement un appel à toutes les bonnes volontés, à celles et ceux qui veulent s'engager pour donner de leur temps et partager leurs compétences.

C'était notre dernière question Jean-Christophe Combe. Nous vous remercions pour temps et vous souhaitons bonne continuation.

Merci à vous.

Soyez toujours courtois dans vos commentaires.
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Popoulo
« Si vous souhaitez faire un don à la Croix-Rouge française », bah non. Pour avoir eu des proches dans certains pays ou ils officiaient, je ne donnerai jamais 1 centime.<br /> Et qu’est-ce que ce genre d’article vient faire sur un site « hi-tech » ?
Mrpolnar
Mon boucher me disait l’autre jour que tous les dons servaient a financer la campagne du RN. Je ne sais plus qui croire.
AlexLex14
Climat (Je te ramène à la rubrique Sciences &amp; Tech) ; Coronavirus (rubrique Santé) et Armes/drones autonomes (Rubr. Nouvelles technologies).<br />
cirdan
Pas du tout d’accord avec toi sur le travail de la Croix-Rouge. Tu as peut-être eu connaissance de dysfonctionnements, comme on peut malheureusement en voir dans tous les domaines, mais il ne faut pas oublier que cette organisation fait un travail remarquable et extrêmement utile à longueur d’année, avec des employés ou bénévoles qui œuvrent quelquefois au péril de leur vie et qui savent ce qu’est donner du temps pour les autres.<br /> Pour le reste, ça fait un moment que Clubic est devenu un site généraliste sur fond hi-tech. Pour les anciens, il faut s’y faire (il serait même temps)…
notolik
« On ne respecte plus les règles de la guerre »<br /> Il faut être vraiment naïf pour penser qu’une guerre puisse se soumettre à des règles.<br /> @Popoulo<br /> « Pour avoir eu des proches dans certains pays ou ils officiaient, je ne donnerai jamais 1 centime. »<br /> Pour avoir fréquenté 3 semaines 2 de leurs membres au Sénégal (St Louis) en 2003 pour une campagne de lutte contre le Paludisme je dirais qu’ils font ce qu’ils peuvent dans un contexte souvent compliqué.<br /> Quand les conteneurs de médicaments (ou matériel) leur arrivent quasi vides (pillés à chaque étapes : douane - routage - personnels locaux, médecins compris) ou qu’ils se font bananer par leurs « coordinateurs » locaux…<br /> Et ce n’était ni une zone de guerre ni une région sous tension.<br /> C’est facile, d’un pays tel que le notre, de monter en épingle des cas de dérives isolées avérées ou apparentes sans prendre en compte le dévouent de beaucoup, et l’abnégation de quelques un.<br /> Quand en pleine saison des pluies (et de ces patin de moustiques) le type te dit avoir donner toutes ses propres réserves de savarine parce qu’il y a une semaine un gamin est mort de neuropaludisme faute de moyens… Alors qu’il pourrait être tranquille en France, derrière son clavier à commenter les news de Clubic…<br /> Malade comme un chien j’ai du rentrer en catastrophe : j’ai laissé 5 semaines de traitement pour un adulte en partant. Maigre contribution certes, mais contribution. C’est l’essentiel.
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