L'inquiétude monte à l'international vis-à-vis d'hypothétiques "robots tueurs"

Benoît Théry
Publié le 12 août 2020 à 14h32
La saga Terminator a popularisé la question des « robots-tueurs »
La saga Terminator a popularisé la question des « robots-tueurs »

Les robots-tueurs sont bien présents dans l'univers cinématographique, « The Terminator » étant certainement l'exemple le plus célèbre. Pourtant, alors que les armes pleinement autonomes se rapprochent de plus en plus de la réalité, Human Rights Watch alerte une nouvelle fois sur le besoin d'une législation.

À un moment où les drones de combat se développent, la société lance un nouveau message s'inscrivant dans sa campagne contre les « robots tueurs » et appelant à une interdiction globale des « armes entièrement autonomes ».

L'expression d'un « large éventail de préoccupations »

Le 10 août, Human Rights Watch a publié un rapport analysant les politiques menées par 97 pays depuis 2013. Concernant l'Hexagone, il précise ainsi : « La France reconnaît que la suppression du contrôle humain de l'usage de la force soulève des problèmes éthiques juridiques, opérationnels et technologiques complexes. […] En avril 2019, la ministre de la Défense Florence Parly a rejeté les appels à interdire "les systèmes d'armes qui pourraient agir sans aucune forme de contrôle humain", tout en précisant également que "la France refuse de confier la décision de vie ou de mort à une machine qui agirait de manière totalement autonome et serait au-delà tout contrôle humain." »

Le rapport doit exprimer un « large éventail de préoccupations » à l'échelle mondiale. Ses auteurs expliquent que les armes autonomes « pourraient décider de qui doit vivre ou mourir, sans les caractéristiques intrinsèquement humaines, comme la compassion, qui sont nécessaires pour faire des choix éthiques complexes. »

Human Rights Watch pointe également un flou juridique concernant la responsabilité des systèmes d'armes létales autonomes (SALA). En cas de crimes de guerre par exemple, faudra-t-il accuser le programmeur ou le militaire ? Une question déjà posée par d'autres organismes, notamment Amnesty International.

Une évolution inéluctable, mais progressive

Par conséquent, le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a appelé les pays à agir concrètement, qualifiant les programmes avancés de « moralement répugnants et politiquement inacceptables ».

Mary Wareham, directrice du plaidoyer sur les armes au sein de l'organisation ajoute : « La suppression du contrôle humain sur le recours à la force est désormais largement considérée comme une menace grave pour l'humanité qui, comme le changement climatique, mérite une action multilatérale urgente. »

Selon le rapport, une trentaine de pays, parmi lesquels le Brésil, le Chili et l'Autriche, se sont déjà engagés pour l'interdiction des armes létales autonomes. Mais un pays qui ne s'engage pas dans cette course à l'armement prend le risque d'un déclassement stratégique, et la plupart des pays les plus influents s'y sont lancés il y a déjà longtemps. Dans le cas de la Russie ou des États-Unis, le rapport d'Human Rights Watch évoque ainsi des « investissements importants » dans « divers systèmes d'armes autonomes. »

Le 22 juillet, les deux députés Fabien Gouttefarde (LREM) et Claude de Ganay (LR) ont présenté un rapport un peu plus rassurant, affirmant qu'« à ce jour, les systèmes d’armes létaux autonomes n’existent pas », bien que les systèmes d'armes autonomes soient de plus en plus automatisés. Pour eux, des systèmes comme les plateformes SGR-A1 installés à la frontière entre les deux Corées sont présentés comme des systèmes autonomes, mais ne le sont pas pleinement.

Les deux élus estiment également que si cette évolution vers des armes totalement autonomes est inéluctable, elle se fera progressivement. « Hasta la vista, baby », ce n'est donc pas pour tout de suite.

Benoît Théry
Par Benoît Théry

Je veux tout savoir, et même le reste. Je me passionne pour le digital painting, la 3D, la plongée, l'artisanat, les fêtes médiévales... Du coup, j'ai toujours des apprentissages sur le feu. Actuellement, j'apprends à sourire sur mes photos de profil.

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Commentaires (10)
cirdan

La course à l’armement, c’est développer des techniques qui permettent de tuer (pardon, éliminer les menaces, c’est plus correct) le plus efficacement possible.
Partant de ce principe, on peut penser que toutes les industries militaires de notre pauvre planète font de la recherche en armes autonomes depuis longtemps, sans trop en parler parce que c’est le genre de chose qui passe mal dans l’opinion publique.
On a même l’impression que ceux qui s’inquiètent des conséquences passent pour de sympathiques idéalistes. Et c’est bien dommage.

SlashDot2k19

Comme dit en fin d’article, effectivement c’est inéluctable. Les pays qui ne se lancent pas dedans seront dépassés par ceux qui les utilisent. La fuite en avant comme elle existe pour tous les autres différents domaines.

zomurn

C’est un progrès technologique. Plutôt que d’envoyer de la chair humaine, les robots s’attaqueront entre eux. C’est déjà le cas dans l’espionnage, la guerre se passe sur internet. L’arme nucléaire ne servant qu’a dissuader l’ennemi.
La guerre avec des fourches a foin de paysans, ou des fusils a baïonnette du moyen âge, c’est terminé.

vidarusny

C’est une vision plus idyllique… De mon point de vue, à cette époque de réchauffement climatique de raréfaction de l’eau potable, la seule conséquence c’est plus de guerre. Et dans toutes les guerres il y a des victimes collatérales et donc des pertes humaines.
Enfin la morale de la seconde guerre reste que la violence ultime même contre les civils préserve des vies, il faut en finir tôt et vite pour sauver le maximum de personnes… Que de risque… mais le ROBOT contre ROBOT n’évitera pas la chair humaine…

fladnag

Il existe déjà des « robots tueurs autonomes », produits et commercialisés par les « grands » pays. Certes, ils sont statiques mais assez efficaces, on les nomme mines antipersonnel.
Allez, bonne chance pour l’interdiction de la nouvelle génération !

nikon561

l’un n’empeche pas l’autre. que ce soient des robots qui soient en gagés, pas de problemes, MAIS ils doivent etres controlés par des humains au moment de faire l’usage de l’armement. c’est bien un humain qui doit prendre et assumer la decision de l’emploi de l’arme. qu’un drone soit capable de decoller, suivre un plan de vol, detecter une menace et alerter, puis revenir et atterrir en 100% autonome, aucun soucis, mais si, durant ce vol, il emploi de l’armement, alors seul un humain doit , en live, appuyer sur le bouton.

quezako

Si vous parlez de la bombe atomique, c’est faux.

zomurn

Je ne suis pas vraiment d’accord sur le fait que « c’est toujours un humain en bout de chaîne qui donne les ordres ». Dans Terminator, les humains sont planqués, les robots se font la guerre. L’humain ne sert a rien contre des robots. Il ne peut que se cacher. C’est pour ça qu’on parle de robot vs robot. Le robot est la seule façon de se défendre et la seule façon d’attaquer sans risquer sa peau.
C’est un progres de l’humanité, tout se joue sur la dissuasion « m’as tu vu que je t’ai vu ? » …

chabgyver

Je préfère avoir affaire à un robot tueur qu’à un humain tueur, dans le premier cas, je n’aurai aucun scrupule à lui défoncer la tête avec tout ce que j’aurai sous la main, alors qu’un humain, tueur ou non,ça reste un humain

vidarusny

Euh, pourrais-tu être plus précis dans ta réponse SVP?