Engrenages : une mécanique parfaitement huilée, pour une réussite jamais enrayée

07 septembre 2020 à 18h18
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Disons le d'entrée de jeu : Engrenages est à mon humble avis la meilleure série dramatique française qui soit. Aussi, et alors que commence la diffusion de son ultime saison sur Canal+, je ressens déjà un immense vide dans mon cœur de sériephile. C'est d'ailleurs pour lui rendre hommage comme il se doit que nous avons décidé d'avancer la diffusion de cet épisode du Veilleur d'écran[s], chronique habituée des samedis.

Le veilleur d'écran[s] S04E02 📺 : Engrenages

Dans un contexte où l'offre en matière de séries n'a jamais été aussi pléthorique, le Veilleur d'écran[s] se propose d'être votre guide à travers les saisons. Qu'il s'agisse d'une ancienne série aujourd'hui culte, d'un carton récent ou d'un show plus anonyme, cette chronique vous aidera à ne perdre votre temps qu'en bonne compagnie.

Accompagnez la lecture de cet article avec la musique de la série :

Engrenages : la série qui donne envie d'aller au poste

En ce mois de septembre 2020, la plus longue des créations originales Canal+ est en train de s'éteindre. Après 15 ans d'existence (aïe le coup de vieux en traître) et huit saisons, Engrenages est prête à tirer sa révérence, et, comme toujours quand une série que j'apprécie se termine, j'ai un sincère pincement au cœur.

Mon regret se mêle toutefois à un certain soulagement pour les personnages usés et torturés de la série, qui vont enfin pouvoir souffler… Et moi avec.

Engrenages est une série qui mêle les genres policier et judiciaire, en suivant différents corps de métiers (policiers, avocats et juges) dans leurs enquêtes à Paris. Mais c'est surtout une série profondément humaine, se voulant autant réaliste que dure et sombre.

Les équipes créatives ne prennent pas de gants pour raconter leurs histoires profondément ancrées dans le réel (en ne lésinant pas sur la construction graphique par moments) et plus d'une fois le show se révèle éprouvant pour les nerfs du spectateur.

Affaires de drogue, meurtres, vols, viols, histoires de gros sous, de corruption, de trafics en tout genre… Engrenages aborde tous ces sujets criminels au fil de ses saisons, sans presque jamais se perdre et toujours en évoluant avec le temps qui passe et les pratiques qui changent.

La série est également profondément engagée, s'attachant à toujours faire le lien entre les travers humains et les problématiques sociétales qui les génèrent. Elle dépeint par la même, avec justesse, les contours de différentes strates sociales et les difficultés qu'elles rencontrent.

A titre d'exemple, la dernière saison s'intéresse notamment aux jeunes immigrés forcés de fuir seuls leur pays, et se retrouvant par manque de choix dans le monde criminel pour pouvoir survivre.

Aussi, Engrenages n'oublie pas de montrer les incohérences de nos institutions, et leurs rivalités internes qui n'aident pas à démêler les problèmes. Pour résumer, Engrenages est un miroir sale de notre société, qu'il n'est pas toujours aisé de regarder en face.

Malgré la dureté des épisodes, on apprécie l'intérêt et la finesse des enquêtes, particulièrement bien retranscrites. Pour cela, différents consultants travaillent sur le show, s'assurant notamment que l'envers du décor judiciaire et policier montré à l'écran soit plausible.

Par ailleurs, avec un solide sens de la narration, du rythme et de l'action, on ne s'ennuie assurément pas, sans même parler de la présence de quelques passages véritablement surprenants pour plusieurs personnages.

Les aventures de Tintin et Gilou à Paris

Mais si tout cela est impressionnant et digne des meilleures productions étrangères (le show est d'ailleurs l'un des seuls à s'exporter en dehors de nos frontières), l'essentiel, pour moi, est ailleurs. Engrenages c'est avant tout des personnages extrêmement riches, des humains aux relations complexes.

Ne tombant jamais dans le piège du manichéisme (même si les criminels restent des criminels, bien entendu), la série de Canal+ montre des héros pleinement affectés et ébranlés, jusque dans leurs vies personnelles, par leur travail, les pressions qu'ils subissent et les horreurs qu'ils voient quasi quotidiennement.

Les névroses, la dépression et le pétage de plombs ne sont jamais loin. En résultent des méthodes pas toujours dans les clous, des comportements rarement exemplaires et une volonté de faire son travail coûte que coûte. Alors, pour les résultats réclamés par la hiérarchie ou plus simplement pour sauver quelqu'un, il arrive régulièrement que les personnages franchissent la ligne jaune et usent de nombreuses combines.

Souvent vulgaires et violents, nos  « héros » (et plus globalement tous les personnages) n'ont ni leur langue, ni leurs mains dans leurs poches, renforçant encore une fois le réalisme et le côté brut de décoffrage d'un ensemble très bien écrit et joué, auquel on croit volontiers. On y retrouve d'ailleurs volontiers des influences de The Shield, notamment.

Heureusement, dans ce monde fait de gris, de corruption et de loyautés mouvantes, il y a quelques personnages qui essaient de tenir la barre dans la bonne direction.

Ce n'est pas tous les jours que la France produit quelque chose d'aussi solide et engagé sur le petit écran

C'est notamment le cas du personnage que je préfère, le juge Roban, incarné par l'incroyable Philippe Duclos. Sa droiture, mais aussi sa complicité et ses moments de conflit avec la capitaine Berthaud, incarnée par une impeccable Caroline Proust aux multiples visages, ont de quoi régaler le spectateur. À l'instar des autres personnages, il évolue profondément au fil des saisons et des affaires qui traversent son bureau - mais je ne vous en dirai pas plus.

Impossible également de ne pas mentionner Maître Karlsson, avocate rentre dedans et pourtant complexe, incarnée par Audrey Fleurot, qu'on ne présente plus.

Roban des accusés

Engrenages fait partie de ces séries où l'on sent l'importance du travail abattu par les équipes impliquées devant et derrière la caméra.

Côté réalisation, dimension malheureusement assez rarement remarquable dans les séries françaises (on n'oublie toutefois pas Zone Blanche), Engrenages propose quelque chose de vraiment solide et franchement notable. Même chose pour la musique de Stéphane Zidi, d'ailleurs.

Sans même évoquer le contexte social actuel, j'ai parfaitement conscience qu'Engrenages n'est pas une série facile à regarder, tant elle est dure dans son ton et brute à bien des niveaux. J'irais même jusqu'à avancer qu'il est préférable de se trouver dans un bon état d'esprit pour la lancer sereinement, et ce conseil s'applique d'autant plus aux dernières saisons dans lesquelles certains personnages sont complètement au bout du rouleau.

Pourtant, je ne peux que vous inviter à tenter l'aventure, qui a été parfaitement maîtrisée jusqu'au bout : j'ai ainsi été tout à fait satisfait de l'ultime saison, malgré une fin que j'ai jugée un poil trop précipitée. Surtout, ce n'est pas tous les jours que la France produit quelque chose d'aussi solide et engagé sur le petit écran.

Engrenages est un show qui fait prendre conscience et relativiser bien des choses, quitte à saisir le spectateur par la nuque pour lui donner à voir des situation difficiles sans le ménager.

Cette série est pour vous si :
- Vous recherchez une série qui se veut réaliste, quitte à être dure
- Vous aimez les personnages construits (et souvent torturés)
- Vous voulez voir le meilleur mélange policier/judiciaire qui soit
Cette série n'est pas pour vous si :
- Le réalisme et la crudité des histoires risquent de vous choquer
- Les personnages régulièrement violents et vulgaires vous gênent
- Le sujet de la violence (policière ou autre) vous bloque

Les huit saisons d'Engrenages sont disponibles sur Canal+. La dernière saison est diffusée à raison de deux épisodes tous les lundis soirs à partir du 7 septembre, ou en intégralité en streaming sur myCanal.

Modifié le 11/09/2020 à 16h25
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