Le télétravail progresse trop lentement en France

Olivier Discazeaux
28 juin 2016 à 08h33
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Télétravail, coworking, sans bureau fixe. Les nouveaux moyens de travailler se développent en dehors de la sphère traditionnelle du bureau. Clubic Pro aborde chaque semaine une de ces manières de collaborer autrement. Voici la première partie de notre dossier consacrée au télétravail.

Les entreprises qui ont négocié un accord collectif sont encore peu nombreuses. Le télétravail n'est pas perçu comme un outil de modernisation de l'organisation. Portée par l'émergence des technologies mobiles, une forme de télétravail de l'ombre s'est développée, aux contours difficiles à évaluer.

Échapper au brouhaha des open spaces, éviter le stress des transports en commun ou mieux concilier vie privée et professionnelle... Les arguments en faveur du télétravail ne manquent pas. Forts de l'essor des nouvelles technologies, certains prédisent, depuis quelques années déjà, une explosion de la pratique.


Dans les faits, les entreprises qui ont négocié un accord collectif sont encore peu nombreuses. Le bilan est plus favorable au sein des membres du CAC 40. Mais le contingent de salariés concernés y reste toutefois limité. Il est composé en priorité de cadres ou d'employés dont le travail est facilement quantifiable.

Un tableau décevant lorsque l'on sait que les grands principes de la négociation sur le travail à distance ont été posés dès 2005, à l'occasion de l'accord national interprofessionnel (participation de l'employeur aux frais informatiques, droits identiques à ceux des autres salariés, « droit au retour »). Le télétravail a ensuite été inscrit dans le code du travail en 2012.

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Une mise en œuvre assez lente du télétravail contractualisé

En début d'année, une étude conduite par l'Observatoire du télétravail, des conditions de travail et de l'ergostressie (ou stress technologique) a évalué la réalité de ce télétravail « contractualisé ». Son constat est sans appel. « En dépit du souhait des salariés, les entreprises françaises restent toujours frileuses sur le télétravail », estime Yves Lasfargue, directeur de l'Obergo.

Sans surprise, c'est le secteur des technologies de l'information qui dispose du plus fort contingent de télétravailleurs à l'instar de sociétés comme Accenture (10% de télétravailleurs), Bouygues Telecom (12%), Orange (7%) ou encore Capgemini (7%). Le taux dans les autres secteurs est beaucoup moins élevé.

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Au final, le directeur de l'Obergo qui a étudié un panel d'entreprises de toutes tailles a estimé un pourcentage moyen de 2,7% de télétravailleurs. Un chiffre très éloigné des données plus ou moins officielles, telles celles figurant dans le rapport Mettling, remis au ministre du Travail en septembre 2015, qui mentionne une proportion de salariés concernés de 16,7% en 2012. L'an dernier, l'institut Odoxa (.pdf) s'était lui aussi étonné du faible nombre de salariés (2%) se revendiquant télétravailleur « durable et pérenne » à l'occasion d'un sondage réalisé dans la foulée du plan national de déploiement du télétravail lancé par Manuel Valls.

Quel est le poids du télétravail clandestin ?

Certains promoteurs du télétravail regrettent la vision restrictive de cette étude, basée sur la définition du code du travail. Leur argument ? Le travail à distance officieux ou « télétravail gris » dépasse largement celui qui est encadré. Car le plus souvent, exercer son activité de chez soi est occasionnel et découle de petits arrangements entre le salarié et sa hiérarchie. Quand la loi ne reconnaît que le travail à distance régulier, le plus souvent hebdomadaire (un ou deux jours par semaine).

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« En France, le développement du télétravail est freiné par la législation qui renvoie au droit du travail et aux problèmes de responsabilité. Nombre de salariés font un jour de télétravail par semaine, mais ne sont pas des télétravailleurs au sens propre du terme, car non déclarés comme tels » confirme Alain d'Iribarne le responsable du conseil scientifique d'Actineo, l'observatoire de la qualité de vie au bureau. La difficulté est alors de s'entendre sur une définition. Plongés continuellement dans nos smartphones ou nos tablettes ne sommes-nous pas un peu tous des travailleurs nomades ?

Le télétravail, non perçu comme un enjeu prioritaire

Bataille de chiffres mise à part, le télétravail n'est toujours pas perçu comme un enjeu prioritaire par les entreprises. « Celles-ci ne le considèrent pas comme un mode d'organisation qu'elles doivent mettre en place. Elles ne l'utilisent qu'à la demande insistante de salariés » observe Yves Lasfargue. D'autres dressent un constat plus nuancé. « Les entreprises sont plus souvent motrices désormais. Ce qui n'était pas le cas il y a quelques années » observe Cécilia Durieu, directrice associée du cabinet de conseil Greenworking.


Plébiscitée par les salariés, la généralisation du télétravail se heurte encore à la culture des managers français. En l'occurrence, à leur mode de management axé sur le contrôle horaire, quand le passage au travail à distance implique un fonctionnement qui repose sur la confiance et la gestion d'objectifs. Interrogés par Odoxa sur les obstacles à la mise en place du télétravail, 52% des salariés pointent prioritairement « le manque de confiance global à l'égard des salariés dès lors que l'entreprise ne peut pas vérifier heure par heure à quoi ils consacrent leur travail ». Pire, plus d'un quart des salariés (28%) évoquent clairement un refus de principe de la direction.

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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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