Contact tracing : en quoi consiste le traçage numérique suggéré par le député Mounir Mahjoubi ?

Pierre Crochart
Spécialiste smartphone & gaming
08 avril 2020 à 11h55
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© Shutterstock

Mis à jour le 08/04 à 15h30 : Reformulation d’une phrase relative à la position de la Quadrature du Net sur le contact tracing dans le dernier paragraphe de l’article.

Sauver des vies. C’est partant de ce noble objectif que le député LREM et ancien secrétaire d’État chargé du numérique Mounir Mahjoubi a rédigé une note parlementaire de 45 pages visant à encadrer l’usage du contact tracing dans la lutte contre le COVID-19.

Le terme est sur toutes les lèvres ces derniers jours. Le « contact tracing », cette technique consistant à retracer les interactions de personnes contaminées par le COVID-19 pour prévenir l’apparition de nouveaux foyers de contamination, agite malgré tout le spectre d’une surveillance généralisée qui ne ravit pas grand monde. Pourtant, selon le député, il est parfaitement possible de « protéger des vies tout en respectant les libertés individuelles ».

Tracer les malades n’est pas synonyme de surveiller la population

La pente est glissante à plus d’un titre, mais Mounir Mahjoubi semble résolu à tenter de la gravir en prenant de bons appuis. Dans sa note parlementaire, partagée sur Medium, l’ex-secrétaire d’État chargé du numérique s’oppose d’emblée aux leviers technologiques qui, « parfois avec succès, mais en questionnant les libertés », permettent déjà à la Chine, à Taïwan et à la Corée du Sud de combattre la propagation de la pandémie de SARS-CoV-2.

Admettant que la question du contact tracing ouvre essentiellement un débat éthique, Mounir Mahjoubi balaie d’un revers le spectre d’une surveillance généralisée. « Les gens sont contre la surveillance généralisée, mais le contact tracing, ce n’est pas ça ! », tranche-t-il au micro de France Inter, où il était invité ce matin. Un propos liminaire censé apaiser les craintes d’un « Big Brother à la française » et qui lui permet ensuite de détailler ses analyses de la situation. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’une « note d’analyse exhaustive sur les pratiques à travers le monde et les enjeux technologies et éthiques, pas d’un rapport de recommandation », clarifie le député lors d’un échange sur Twitter avec le journaliste Olivier Tesquet.

Comment fonctionnerait le contact tracing ?

Dans ses analyses, Mounir Mahjoubi pointe des initiatives qui permettraient de ralentir la propagation de la pandémie tout en préservant les libertés des individus. Précisant d’emblée qu’il s’agit là de pistes à envisager pour l’après-confinement, le député dessinait ce matin sur France Inter le fonctionnement d’un tracking respectueux des libertés individuelles.

Il s’agira dans un premier temps de cartographier les déplacements. C’est déjà ce qu’autorise le partenariat entre Orange et l’Inserm, rappelle l’Opinion, et qui a déjà permis de savoir que 1,2 million de Parisiens avaient quitté l’Île-de-France avant l’entrée en vigueur du confinement.

Une fois cette carte établie, il conviendra d’identifier les personnes avec lesquelles un individu contaminé a été en contact. Le backtracking, ou contact tracking, tirerait partie des données GPS de nos smartphones ou, plus simplement encore, de celles des connexions Bluetooth qui « accrochent » en permanence les dispositifs compatibles alentour et qui permettent donc de localiser précisément un individu à un instant T. 

C’est d’ailleurs cette solution du Bluetooth qui semble avoir la préférence de Mounir Mahjoubi, en cela qu’elle préserverait l’anonymat et ne géolocaliserait pas les individus en temps réel. Cette donnée permettrait donc de savoir si deux personnes ont été en contact, et donc d’alerter l’un ou l’autre si la maladie s’est déclarée après la rencontre.

Une dernière piste, alarmante cette fois, est aussi mise sur la table par le député : le contrôle des confinements individuels (ou bracelet électronique virtuel). Une métaphore carcérale qui fait froid dans le dos, et qui aurait pour objet de s’assurer que les citoyens respectent bien les mesures de confinement. Ici, ce sont soit les données GPS issues d’une application qui seraient utilisées, soit celles issues du bornage des opérateurs télécoms. Des deux options, seule la première demanderait donc le consentement de l’utilisateur.

Un tracking inutile si le dépistage massif n’est pas de rigueur

Autant de pistes qui seront étudiées dans les jours à venir (Marie-Laure Denis, Présidente de la CNIL doit intervenir cet après-midi auprès de la Commission des lois de l’Assemblée nationale pour rendre un premier avis), qui ne sont pourtant à l’heure qu’il est que de la pure science-fiction. En cause ? Un taux de dépistage encore trop faible en France -malgré le développement de nouvelles machines de test. Or pour remonter l’historique des personnes avec lesquelles des malades ont été en contact, il faudrait connaître avec certitude qui sont les malades.

De plus, en admettant que l’État opte finalement pour une solution basée sur le volontariat (installation et utilisation d’une application de contact tracing), le rapport d’analyse publié par Mounir Mahjoubi estime qu’il faudrait qu’elle soit adoptée une part conséquente de la population. Entre 25 et 60 %, estime l’Opinion. 

Mais les Français, favorables à une application dédiée, semblent, eux, plutôt impatients que le gouvernement mette sur pied une stratégie de traçage des individus contaminés. D’après un sondage mené par l’université d’Oxford auprès de 1 010 Français, « 78,8 % des interrogés installeraient l’application sans aucun doute ou probablement », rapporte La Dépêche. 26 % des sondés craignent une surveillance généralisée après la période de confinement.

Le gouvernement à pied d’œuvre sur StopCovid

Le gouvernement n’a pas attendu la publication du rapport de Mounir Mahjoubi pour réfléchir à la conception d’une application de contact tracing. Dans un entretien accordé au Monde publié ce matin, les ministre de la Santé et secrétaire d’État chargé du numérique Olivier Véran et Cédric O esquissent le projet baptisé StopCovid.

« Le principe serait simple » , explique Cédric O« l’application est installée volontairement ; lorsque deux personnes se croisent pendant une certaine durée, et à une distance rapprochée, le téléphone portable de l’un enregistre les références de l’autre dans son historique. Si un cas positif se déclare, ceux qui auront été en contact avec cette personne sont prévenus de manière automatique ».

Rassurant, le secrétaire d’État confirme au quotidien français que la piste actuellement privilégiée par le gouvernement repose sur le Bluetooth qui, on l’a dit, ne permet pas la géolocalisation de l’individu. « Ce n’est pas une application qui trace vos déplacements, c’est une application qui permet d’indiquer aux personnes que vous avez croisées pendant un temps long qu’elles ont, éventuellement, rencontré un cas positif au SARS-CoV-2 », souligne-t-il encore.

De même que l’installation de l’application StopCovid serait basée sur le volontariat. Aucune intention de rendre son utilisation obligatoire pour sortir de chez soi, assurent les deux ministres au Monde. «  Notre hypothèse est celle d’un outil installé volontairement, et qui pourrait être désinstallé à tout moment. Les données seraient anonymes et effacées au bout d’une période donnée », et Cédric O d’ajouter que le code de l’application sera ouvert et « auditable » par n’importe qui. De plus, l’approche envisagée par le gouvernement est temporaire, assure le secrétaire d’État au numérique. StopCovid n’a aucune vocation à être pérennisé après la crise.

Des garanties qui seraient donc susceptibles de plaire aussi bien aux Français dans l’attente d’une politique de dépistage plus musclée, qu’aux avocats des libertés individuelles. Même La Quadrature du Net, association française habituellement vent debout contre toute forme de pistage de la population, n’apparaît pas formellement opposée à une telle pratique. Mais l’association alerte malgré tout sur les dangers induits par une telle démarche, notamment en termes de discrimination et de changements culturels potentiellement inaltérables par la suite. « Derrière les promesses d’une application décentralisée et autonome, il faut toujours redouter les terribles habitudes de l’État en matière de centralisation et de surveillance », avertit encore la Quadrature.

Sources : Le Figaro, Medium

Modifié le 08/04/2020 à 15h33
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