Il aura fallu attendre de longs mois pour le voir arriver mais ça y est, Alexa+ est enfin disponible dans l’Hexagone. Amazon a pris son temps pour adapter son nouvel assistant vocal boosté à l’IA aux subtilités de la langue française. On a pu l’essayer pendant plusieurs semaines, et l’attente en valait la peine.

C’est une mise à jour massive qui attend les millions de clients Amazon Prime équipés d’une enceinte connectée ou d’un écran intelligent Echo. Alexa, le vénérable assistant vocal, va laisser sa place à Alexa+. La technologie du géant du e-commerce, lancée en 2014, passe pour l’occasion à l’IA et aux LLM. L’objectif : apporter des réponses contextuelles et personnalisées, mais aussi améliorer l’aspect conversationnel de l’assistant. Avec cette nouvelle version, Amazon veut rendre Alexa plus naturelle et utile au quotidien.
Alexa, il est vrai, accusait le poids des années et l’arrivée des ChatGPT ou de Google Gemini a ringardisé les assistants vocaux traditionnels. Après un long travail d’adaptation (on y reviendra), Alexa+ arrive en France sur la quasi-intégralité des appareils actifs dans les foyers français. Cela tombe bien : l’entreprise américaine m’a permis d’utiliser Alexa+ en France dès le lancement. Cela fait presque trois semaines à l’heure où je rédige ces lignes que je discute avec l’assistant IA au quotidien, et je me suis surpris à l’utiliser de plus en plus au fil des jours.
Alexa+, c’est quoi et comment ça marche ?
Alexa+ est la nouvelle version d’Alexa. Les technologies de reconnaissance vocale ont été remplacées par l’utilisation d’intelligence artificielle. Amazon adopte une philosophie différente de celle d’un Google. Si ce dernier mise sur son modèle Gemini pour motoriser ses enceintes connectées, Amazon joue la carte de l’éclectisme et multiplie les modèles. Ce sont près de 70 LLM qui sont utilisés, dont les modèles Amazon Nova, mais aussi ceux d’Anthropic ou encore de Mistral AI. Alexa+ choisira automatiquement le LLM utilisé en fonction de la complexité de la requête. Tout est transparent pour l’utilisateur, qui de toute manière se fiche un peu de l’ingénierie derrière son enceinte connectée.

Alexa+ sera déployé sur presque toutes les enceintes connectées de la marque. Seules les toutes premières générations d’Amazon Echo, sorties il y a plus de dix ans, sont oubliées.
Reste la question du prix. Alexa+ est disponible via un abonnement à 22,99 €/mois, sans engagement. Il est surtout inclus, sans surcoût, dans l’offre Amazon Prime. Nul doute qu’Amazon veut absolument décourager ses utilisateurs de s’abonner à son service pour privilégier Prime qui, selon les statistiques, incite les consommateurs à dépenser deux fois plus d’argent sur Amazon que les autres dans son magasin.
Un assistant avec qui l’on prend plaisir à discuter
Mes premiers pas sont hésitants. Par réflexe, je m’adresse encore à l’assistant comme avant, par mots-clés, avec des phrases courtes et bien découpées pour être certain qu’il saisisse ma commande. Sauf qu'il n’en a plus besoin. La voix, déjà, m’accueille avec une bonne surprise : celle de la première génération n’était pas désagréable, mais elle gardait ce timbre robotique reconnaissable entre mille. Alexa+ gagne en naturel et en intonation, et surtout elle suit le fil de la discussion sans réclamer son prénom à chaque relance. Je n’ai pas vu le temps filer : dès mon tout premier test, je me suis surpris à enchaîner les questions cinq minutes durant, sans m’interrompre ni rogner mes phrases. C’est précisément là que j’ai compris que je ne parlais plus à une machine dans la maison , mais avec elle.
Forcément, l’envie de la piéger me démange. Je lui sers une colle taillée pour ça : « Peux-tu me jouer la chanson que l'on entend souvent dans ce vieux film avec Tom Cruise et des avions de chasse ? ». Aucun titre, aucun nom d’artiste, juste une description vague et un souvenir de cinéphile. Une seconde de silence, et Danger Zone envahit le salon. Pour un premier essai, c'est un coup de maître. L'assistant n’a pas traqué un mot-clé dans ma phrase, il a saisi ce que j’avais en tête, exactement la logique des grands modèles de langage évoquée plus haut, là où l’ancien Alexa aurait séché sur « la chanson avec les avions ». Je pousse le bouchon et réclame le morceau le plus connu du long-métrage : il me lance le thème, le fameux Top Gun Anthem signé Harold Faltermeyer (les puristes plaideront pour Take My Breath Away, oscarisé, mais l’intention y est).
Tout n’est pas parfait pour autant, et il arrive que l’IA se mélange les pinceaux sur une requête vraiment obscure. Dans l’immense majorité des cas, pourtant, on n'a aucun mal à obtenir le titre voulu, même sans en connaître le nom. Même impression du côté de la recherche d’informations : Alexa+ part fouiller le web plus facilement qu’avant. La fonction existait déjà, adossée à des services partenaires, mais l'assistant semble désormais capable d’aller plus loin pour bâtir une réponse réellement personnalisée.
Chocolatine ou pain au chocolat, Alexa+ a tranché
On comprend mieux, à l’usage, pourquoi l’attente a duré si longtemps. Le plus dur n’était pas la prouesse technique, mais la langue. Les assistants dopés à l’IA trébuchent volontiers sur le français, ses expressions imagées, ses doubles sens et ses tournures qui changent d’une région à l’autre. Je m’attendais à une traduction soignée mais rigide, du sous-titre plaqué sur une mécanique pensée outre-Atlantique. Erreur.
Premier test, forcément taquin (et largement mis en avant par la communication d’Amazon) : la sempiternelle guerre entre pain au chocolat et chocolatine. Loin de botter en touche, Alexa+ saisit la référence, joue le jeu du clivage et situe même l’usage selon les territoires. L'IA connaît le conflit culturel que se livrent les Français depuis plusieurs siècles, et prend position pour « chocolatine ». Une hérésie, bien sûr, mais soit.
Le travail va plus loin que le vocabulaire. Amazon affirme avoir adapté l’assistant aux différences régionales et à l'argot, et pour ce dernier point ce n’est pas une promesse en l’air. J’ai ainsi expliqué que « j'étais vénère, et que j'avais envie de maraver quelqu'un qui m’avait mis un pain » et Alexa m'a proposé de me calmer avant de me demander comment j’allais. Pas mal. Bon, il ne faut pas pousser non plus, et les langages régionaux ne sont pas compris par la technologie. Si je veux commander des wassingues (ou des serpillères en ch’ti), l'IA répond totalement à côté.
Un compagnon magique dans la maison
Choix de musique, recherche d’informations : tout cela fonctionne très bien, mais on en a déjà l’habitude. Alexa+ fait mieux que l’ancienne version, sans pour autant surprendre face à un Gemini. La vraie promesse se joue ailleurs, dans l’arrivée d’un compagnon doté d’intelligence artificielle au beau milieu de la maison. Et c’est précisément là que l’outil m’a bluffé.
Tout démarre par un cas d’usage tout bête. J’ai chez moi un ventilateur Dreo connecté en Wi-Fi, et je demande à Alexa+ s’il peut l’intégrer à mon installation domotique. Aucune résistance : l’assistant identifie le modèle (merci Matter), télécharge tout seul la skill du fabricant (une mini-application qui ajoute une compétence à Alexa) et le tour est joué. Jusque-là, rien d’inédit. Ce qui me scotche, c'est sa maîtrise du français. Il me suffit de lâcher « Est-ce que tu peux me rafraîchir le salon ? » pour qu’il comprenne qu'il faut actionner le ventilateur de la pièce. Aucun besoin de nommer l’objet ni d’apprendre une commande : l’IA traduit mon intention en action et devine seule quel équipement activer, et où.
Même chose dans la cuisine. Un soir, au lieu d’éplucher une énième application de recettes, je photographie depuis l’application mobile les ingrédients qui traînent dans mon frigo. Alexa+ identifie les aliments sur le cliché et me suggère dans la foulée un plat adapté à ce que j'ai sous la main. Je peux tout aussi bien lui dicter ma liste de vive voix depuis l’enceinte connectée (c’est un peu plus long, mais plus pratique lorsque l’on a les mains dans le cambouis). Et c'est une fois aux fourneaux que l’astuce prend tout son sens : à condition d’avoir une enceinte à portée de la cuisine, l'assistant me guide étape par étape, sans que j’aie à revenir essuyer mes doigts pleins de sauce sur l’écran du téléphone. Je veux la suite de la recette, il enchaîne.
C’est en empilant les ordres dans une seule phrase qu’Alexa+ déploie réellement son potentiel. En quelques mots, je peux lui demander de tamiser l’éclairage du salon, d’éteindre la chambre et de verrouiller la porte d’entrée : les trois actions s’enchaînent sans accroc, dans les bonnes pièces et sur les bons appareils. Un assistant à base de mots-clés aurait exigé trois commandes distinctes, formulées au cordeau. Ici, une consigne en langage courant suffit. Même souplesse du côté du son : un simple « Balance sur la Sonos » fait migrer la musique de l'enceinte Echo vers mon système Sonos, sans le moindre réglage à fouiller.
Ça marche de la même manière sur l'application Alexa, transformée en chatbot pour l'occasion ©Mathieu Grumiaux pour Clubic
La gestion des routines pousse la logique encore plus loin. Pour que le ventilateur tourne une heure avant que je file au lit, je me contente de dire « Je veux que le ventilateur s'éteigne après une heure quand je te le demande ». Pas un mot de plus, aucun menu à explorer. L'assistant enregistre la consigne et programme l’extinction automatique dès que je prononce « Ventilateur une heure ». Le tout reste ajustable depuis l’enceinte, ou via l'application mobile pour plus de précision.
On touche enfin du doigt la promesse de la maison connectée. Pour beaucoup, la domotique demeure une plaie : des dizaines d’appareils à paramétrer, à mettre à jour, des écosystèmes parfois indigestes. L'arrivée de Matter, ce standard censé faire dialoguer entre eux les produits de marques différentes, avait déjà simplifié la donne, malgré quelques défauts de jeunesse persistants. Alexa+ gomme les irritants restants, jusqu’à rendre l’ensemble parfaitement transparent. La domotique cesse d’être un hobby de geek enthousiaste pour devenir un réflexe.
Mon verdict après trois semaines
Tout n’est pas aussi magique que dans les démos soigneusement scénarisées d’Amazon. Il arrive qu’Alexa+ comprenne une requête de travers ou cale sur certaines formulations. Un exemple : lui glisser un simple « j'ai chaud » ne suffit pas à lancer le ventilateur. L’assistant traduit très bien une intention exprimée, mais il ne devine pas encore le besoin caché derrière une phrase aussi anodine. Les prononciations anglaises hasardeuses, elles aussi, continuent de lui jouer des tours et j’ai parfois du mal à jouer un morceau précis avec mon improbable accent anglais.
Surtout, l’application mobile Alexa demeure un calvaire d’ergonomie. Faire le tri dans ses accessoires connectés ou ses services associés relève du parcours du combattant, et remettre la main sur le simple lecteur audio lorsqu"un morceau n'est pas en cours de lecture, pour modifier le volume de l'enceinte par exemple, peut virer au supplice. Il serait grand temps que les ingénieurs d’Amazon revoient leur copie de zéro. Reste enfin la confidentialité, inhérente à un appareil qui tend l’oreille en permanence, un terrain sur lequel Amazon devra continuer de rassurer. Le géant américain assure que l'utilisateur peut accéder aux données récupérées, il faut néanmoins garder en tête que ces dernières sont stockées sur ses serveurs.
L'app Alexa est toujours une usine à gaz et ne donne pas envie d'y mettre les pieds ©Mathieu Grumiaux pour Clubic
Ces réserves, pourtant, ne font pas le poids face au bond accompli. Là où l’ancien Alexa se bornait à exécuter des ordres, le nouveau comprend, interprète et dialogue. C’est dans la maison connectée qu’il creuse pour le moment l’écart avec un Gemini, en attendant un déploiement plus global de l'IA de Google dans les foyers. Pour les millions d’abonnés Prime qui y ont droit sans débourser un centime de plus, la question ne se pose même pas. Pour les autres, ceux qui ne veulent pas de Prime, je suis nettement plus réservé. Cela reste encore très cher pour un simple compagnon du quotidien.
Malgré ces petits accrocs, un constat s’impose : après presque trois semaines, je ne lui parle plus comme à une machine. C'est peut-être la meilleure définition du bond accompli.