Le Falcon 8X Archange, futur avion de renseignement électromagnétique de l’armée de l’Air et de l’Espace, s’est posé pour la première fois à Évreux, sa future base. Trois exemplaires de ce successeur du Transall Gabriel sont attendus à l’horizon 2028-2029.

Le Falcon 8X Archange, futur avion de renseignement électromagnétique de l’armée de l’Air et de l’Espace, en vol. © armée de l'Air et de l'Espace
Le Falcon 8X Archange, futur avion de renseignement électromagnétique de l’armée de l’Air et de l’Espace, en vol. © armée de l'Air et de l'Espace

L'armée de l'Air et de l'Espace a officialisé la bonne nouvelle le vendredi 23 octobre 2026. Un peu plus tôt, le 7 octobre, l'avion espion Falcon 8X Archange s'est en effet posé pour la première fois sur la base aérienne 105 d'Évreux, sa future maison. S'il arbore la silhouette d'un jet d'affaires Dassault Aviation, il cache en réalité un système de guerre électronique signé Thales, conçu pour capter et décortiquer les émissions adverses. Trois exemplaires doivent rejoindre les rangs de l'armée de l'Air et de l'Espace à l'horizon 2028-2029, avec une lourde succession à assumer, celle du Transall Gabriel, un aéronef qui trouve son origine de la Guerre froide.

Un jet d’affaires reconverti dans le renseignement électromagnétique au service de l'armée française

Le Falcon 8X Archange ne cherche pas vraiment l'ennemi à l'œil nu, car il traque ses ondes. Cet avion espion pratique ce qu'on appelle le ROEM, le renseignement d'origine électromagnétique, qui consiste à capter ce que l'adversaire laisse filer dans les airs, du balayage d'un radar au bavardage d'un équipement de communication. Chaque signal intercepté est ensuite passé au crible, pour voir venir les menaces et protéger les équipages français engagés dans les opérations aériennes. L'appareil fait ainsi office de grande oreille volante, braquée en permanence sur le spectre électromagnétique.

Le cerveau de l'avion s'appelle CUGE, pour « capacité universelle de guerre électronique ». Développé par Thales, ce système doit trouver sa place dans un triréacteur imaginé, au départ, pour effectivement transporter des passagers d'affaires plutôt que pour tendre l'oreille. Dassault dit que les performances attendues exigent une intégration très poussée. Le constructeur a de la ressource, puisque près de 10 % des Falcon en service travaillent déjà pour des organismes militaires, gouvernementaux ou de santé.

Le Falcon 8X Archange, au sol cette fois, avec son imposant carénage sous le fuselage qui le distingue d’un jet d’affaires classique. © armée de l'Air et de l'Espace
Le Falcon 8X Archange, au sol cette fois, avec son imposant carénage sous le fuselage qui le distingue d’un jet d’affaires classique. © armée de l'Air et de l'Espace

Ce chantier industriel, qui associe deux des mastodontes français de la défense et de l'aéronautique que sont Dassault Aviation et Thales, a débuté il y a plusieurs années, fin 2019. La Direction générale de l'armement (DGA), qui pilote les programmes d'équipement des armées, avait alors attribué le contrat d'Archange, un programme de renseignement aéroporté stratégique. Sur la feuille de route figurent bien trois Falcon 8X, mais aussi trois systèmes sol destinés aux forces. Archange désigne donc moins un avion qu'un dispositif complet, qui s'étend du ciel jusqu'au plancher des vaches.

Avant le grand saut, l'infatigable Archange fait ses gammes à Évreux

Près de sept ans après l'attribution du contrat, le dispositif prend corps sur le tarmac. Le premier atterrissage d'Archange à Évreux s'est déroulé avec l'appui du Centre d'expertise aérienne militaire (CEAM), spécialiste des essais et de l'expérimentation, qui participe aux travaux préparant l'emploi opérationnel d'Archange. L'armée de l'Air et de l'Espace a partagé l'événement en diffusant quelques jolies photos. L'avion a beau être discret par vocation, il soigne ici son entrée, en plus d'avoir d'autres qualités, comme la cabine la plus silencieuse du marché ou la distance colossale (près de 12 000 km en direct) qu'il est capable d'avaler.

Il faut dire que la relève est attendue. Le retrait du Transall C160 Gabriel, prédécesseur d'Archange dans le renseignement électromagnétique, a laissé un vide. Pour l'heure, l'escadron électronique aéroporté 1/54 « Dunkerque », spécialiste du ROEM, est équipé de Beechcraft King Air 350, des avions légers de surveillance et de reconnaissance. C'est lui qui attend les trois Falcon 8X, pièces maîtresses du programme de renseignement aéroporté stratégique.

Train sorti, le Falcon 8X Archange évolue au ras de la piste, en pleine phase d’expérimentation avant son entrée en service. © armée de l'Air et de l'Espace

Une fois en service, le Falcon 8X Archange rejoindra la chaîne de renseignement « air » de l'armée de l'Air et de l'Espace, aux côtés des drones MQ-9 Reaper de Cognac et des images satellitaires fournies depuis la base de Creil. Les données des capteurs aériens sont exploitées et fusionnées par le Centre de renseignement Air au profit de la Direction du renseignement militaire, le service de renseignement des armées. Pour mieux absorber ce flot continu de données, l'armée de l'Air et de l'Espace mise sur les algorithmes et l'intelligence artificielle pour repérer plus vite les anomalies et en extraire des informations exploitables, le tout relié par des réseaux sécurisés censés raccourcir les délais de décision. Reste à laisser le calendrier faire son œuvre. Le ministère des Armées table sur une mise en service entre 2028 et 2030 pour les Falcon 8X Archange. D'ici là, la grande oreille de l'armée de l'Air a encore quelques réglages à peaufiner.