Dans le cadre de l'exercice militaire Orion 2026, l'armée française a déployé Arpege, un simulateur mobile de menace sol-air au cœur de l'entraînement à la guerre électronique. Une première en conditions réelles sur le territoire.

Loin de ce qui se passe en Iran, un convoi de véhicules spécialisés sillonne la Corrèze depuis le 8 février dernier. Ils ont pour mission de simuler des menaces radar sol-air pour tester, bousculer et aguerrir les équipages en vol. C'est l'une des facettes les plus technologiques d'Orion 2026, exercice interarmées qui met à l'épreuve la capacité de la France à combattre dans un ciel hostile, et à y survivre.
Avec ses alliés, la France simule une vraie guerre pour mieux s'y préparer
Passé en mode combat début février, l'exercice Orion 2026 mobilise des moyens impressionnants, avec dix bases aériennes activées, 50 aéronefs de combat, six systèmes de défense sol-air et 1 500 aviateurs déployés sur tout le territoire. Leur mission dans le scénario consiste à reprendre le contrôle d'un espace aérien fictif tombé aux mains d'un ennemi, avec toute la rigueur et la pression d'une opération réelle.
Pour cette édition, les forces aériennes allemandes, grecques et qatariennes participent aux manœuvres aux côtés des pilotes français. Les Rafales et chasseurs étrangers décollent ensemble, pendant que des drones surveillent le terrain depuis les airs. Tout cela a pour but d'apprendre à combattre en coalition, avec des alliés différents, comme si c'était une vraie guerre.
Dans ce dispositif, un avion joue les chefs d'orchestre, l'E-3F AWACS, décollant depuis la base d'Avord. Reconnaissable à son grand disque radar posé sur le fuselage, l'aéronef repère et identifie tous les avions dans un rayon de 400 km, transmet les informations en temps réel aux équipages et peut coordonner des missions de sauvetage en zone hostile ou d'attaque contre des batteries de missiles ennemies.

Arpege simule l'ennemi pour que les pilotes français apprennent à le neutraliser
C'est là qu'Arpege entre en scène. Derrière cet acronyme (Acquisition de moyens radar sol-air pour l'entraînement à la guerre électronique) qui ne vous dira peut-être rien, se cache un système mobile, piloté depuis la base de Mont-de-Marsan, qui se déploie sur le terrain sous la forme de trois véhicules. Chacun peut se repositionner en plein exercice pour imiter, depuis le sol, différents types de menaces radar auxquelles les pilotes pourraient être confrontés en conditions réelles.
À bord de chaque véhicule est embarqué un simulateur baptisé Sarigue, qui émet de faux signaux radar, comme le ferait un vrai système ennemi. Dans le cockpit, les pilotes voient leurs alertes s'affoler et doivent réagir sans savoir si la menace est réelle ou simulée. C'est précisément ce stress, cette incertitude, que l'armée cherche à reproduire.
Arpege fonctionne selon trois modes (automatique, semi-automatique et manuel) pour s'adapter aussi bien aux pilotes en formation qu'aux équipages aguerris. L'outil, et peut-être plus que jamais aujourd'hui, tombe à pic puisque depuis la guerre en Ukraine, tout le monde a compris que maîtriser la guerre électronique peut faire basculer l'issue d'un conflit. La France en fait une priorité.