Jim Bridenstine, ancien administrateur de la NASA, doute de la capacité du programme Artemis à disposer d'un atterrisseur lunaire opérationnel à temps. Il critique la complexité des architectures retenues par SpaceX et Blue Origin et redoute de nouveaux retards avant le retour d'astronautes américains sur la Lune.

Jim Bridenstine affirme que le programme Artemis ne peut pas avancer sans alunisseur opérationnel - ©Vadim Sadovski / Shutterstock
Jim Bridenstine affirme que le programme Artemis ne peut pas avancer sans alunisseur opérationnel - ©Vadim Sadovski / Shutterstock

On le sait, l a NASA dispose d'une fusée capable d'emmener un équipage vers la Lune, mais aucun atterrisseur ne peut encore le déposer à la surface. Jim Bridenstine affirme que le programme Artemis ne peut pas avancer sans alunisseur opérationnel. L'ancien administrateur de la NASA a dirigé l'agence sous la première présidence Trump et a quitté son poste en 2021, avant le lancement d'Artemis I. Il dirige désormais Quantum Space. Récemment, dans le podcast This Week In Space, il a comparé l'architecture actuelle du programme à celle d'Apollo, qu'il juge bien plus simple. SpaceX développe Starship et Blue Origin construit Blue Moon, les deux atterrisseurs choisis par la NASA, encore loin d'être opérationnels. La mission Artemis IV doit réaliser le premier alunissage habité depuis 1972, prévu pour 2028.

Starship a besoin d'une quinzaine de ravitaillements avant de rejoindre la Lune

Sur le podcast This Week In Space, Jim Bridenstine a expliqué que la NASA doit encore construire un alunisseur, et il redoute que ce retard ne coûte cher au programme dans les années à venir. L'ancien administrateur juge l'architecture actuelle « extraordinairement compliquée ». Le programme Apollo, rappelle-t-il, cherchait la simplicité avant tout. John F. Kennedy avait fixé l'objectif en 1961, et l'agence a posé un équipage sur la Lune huit ans plus tard.

Jim Bridenstine loue par ailleurs les performances du lanceur SLS et de la capsule Orion, qui ont mené l'équipage d'Artemis II autour de la Lune sans incident majeur. Pour lui, il manque uniquement un moyen de descente vers la surface lunaire.

Starship, le vaisseau lunaire de SpaceX, décolle sans carburant. Des vols cargo lui apportent ensuite le carburant nécessaire en orbite terrestre basse, avant qu'il ne parte pour la Lune. Selion un rapport du Bureau de l'inspecteur général de la NASA, il faut une quinzaine de vols de ravitaillement pour remplir ses réservoirs. La NASA a d'abord attribué 2,9 milliards de dollars, soit environ 2,7 milliards d'euros, à SpaceX pour ce développement. Blue Origin a ensuite obtenu 3,4 milliards de dollars, près de 3,1 milliards d'euros, pour construire son propre atterrisseur. Blue Moon, l'atterrisseur concurrent de Blue Origin, utilise une méthode différente : les astronautes y embarqueront après un amarrage en orbite, alors que Starship transportera uniquement un système d'amarrage lors du test prévu pour Artemis III, sans cabine habitable fonctionnelle.

La NASA a redessiné le calendrier d'Artemis en mars, sous l'impulsion de Jared Isaacman, confirmé à la tête de l'agence après plusieurs mois d'incertitude politique. Donald Trump avait retiré sa nomination en mai 2025, avant de la rétablir en novembre de la même année. Désormais, Artemis III ne posera plus d'astronautes sur la Lune. La mission testera, en orbite terrestre basse et à la manière d'Apollo 9, l'amarrage d'Orion avec les deux atterrisseurs, sur une période d'environ deux semaines mi-2027. Jim Bridenstine a salué cette décision de Jared Isaacman.

Jim Bridenstine loue par ailleurs les performances du lanceur SLS et de la capsule Orion, qui ont mené l'équipage d'Artemis II autour de la Lune sans incident majeur - ©DCStockPhotography / Shutterstock
Jim Bridenstine loue par ailleurs les performances du lanceur SLS et de la capsule Orion, qui ont mené l'équipage d'Artemis II autour de la Lune sans incident majeur - ©DCStockPhotography / Shutterstock

La Chine prépare son propre alunissage habité pour 2030

Pendant que la NASA revoit son calendrier, la Chine avance ses pions. Les ingénieurs chinois ont achevé le développement de la fusée Longue Marche 10, de la capsule habitée Mengzhou et de l'atterrisseur lunaire Lanyue. Pékin prépare un alunissage habité pour 2030. Trois astronautes chinois occupent actuellement la station Tiangong, et l'un d'eux y passera un an, contre six mois pour les équipages précédents.

Un autre maillon du programme américain accuse aussi du retard. La combinaison AxEMU, conçue par Axiom Space pour les sorties sur le sol lunaire, ne sera probablement pas prête avant 2031, selon un rapport du Bureau de l'inspecteur général de la NASA.

Le budget fédéral consacré à Apollo représentait une part bien plus importante des dépenses publiques que celui alloué à Artemis aujourd'hui. Jim Bridenstine reconnaît cet écart, sans y voir une excuse suffisante pour justifier l'absence d'atterrisseur. Blue Origin doit encore faire voler son atterrisseur lors d'une démonstration prévue cet été, un vol qui dépend du retour en service de New Glenn, immobilisée depuis une anomalie survenue lors de son troisième vol.

Source : The Register