Trois astronautes chinois ont rejoint la station spatiale Tiangong. L'un d'eux restera un an en orbite, contre six mois pour les précédents équipages. Pékin poursuit son objectif Lune habité pour 2030 alors que SpaceX a prévenu la NASA d'un report de la mission américaine.

Tous les six mois environ, une fusée Longue Marche décolle pour relever l'équipage de la station spatiale chinoise Tiangong. L'équipage compte cette fois deux hommes et une femme. Li Jiaying, ancienne policière, devient la première Hongkongaise du programme spatial chinois. Une centaine d'expériences attend les trois astronautes, dont l'étude de la reproduction animale en apesanteur à partir d'embryons artificiels. L'un d'eux passera douze mois sur place. Selon Jiang Jingbo, porte-parole du programme spatial habité chinois, ce séjour prolongé doit fournir des données complètes sur les vols de longue durée. Pékin compte toujours poser des taïkonautes sur la Lune avant 2030. Aux États-Unis, c'est plutôt l'inverse qui se produit, avec une date repoussée d'une année sur l'autre.
Les États-Unis ne poseront pas d'astronaute sur la Lune avant 2028
En mars, à sa prise de fonction, Jared Isaacman, administrateur de la NASA, a redéfini le programme Artemis. Plus question de faire descendre des astronautes sur la Lune dès la mission Artemis III. Il y préfère un test en orbite terrestre basse, en 2027. Le premier alunissage habité revient à Artemis IV, attendue début 2028. La NASA a déjà repoussé cette étape plusieurs fois. Les premiers plans tablaient sur 2024.
SpaceX et Blue Origin n'ont pas encore terminé la mise au point de leurs atterrisseurs respectifs, tous deux sélectionnés par la NASA. Ce serait opérationnel en 2028. Axiom prend aussi du retard avec la combinaison de sortie extravéhiculaire AxEMU. D'après un rapport de mars 2026 du Bureau de l'inspecteur général de la NASA, la livraison n'aura vraisemblablement pas lieu avant 2031.
En Chine, les ingénieurs ont déjà bouclé le développement de la fusée Longue Marche 10, de la capsule habitée Mengzhou et de l'atterrisseur Lanyue. Désormais, les tests battent leur plein. À Wenchang, sur l'île de Hainan, un nouveau pas de tir sort de terre. Pourtant, l'écart de moyens financiers jouerait plutôt en faveur des Américains. Pékin dépense officiellement près de 12 milliards de dollars par an dans l'espace, environ 11 milliards d'euros. Avec son secteur public et privé réuni, Washington dépasse les 280 milliards de dollars, près de 258 milliards d'euros.
Starship doit faire le plein en orbite avant de viser la Lune
Quand on compare la mécanique des deux missions, tout devient aussi clair qu'une nuit de pleine lune.
En Chine, deux fusées Longue Marche 10 décollent séparément. À bord de la première, la capsule Mengzhou et l'équipage filent vers l'orbite lunaire. La seconde emporte l'atterrisseur Lanyue. Une fois les deux engins amarrés autour de la Lune, les taïkonautes gagnent Lanyue, descendent sur la surface, puis remontent vers Mengzhou. Grâce à la Longue Marche 10, toute la charge part directement vers la Lune, sans ravitaillement en cours de route.
La méthode américaine fonctionne tout autrement. Rien que pour atteindre l'orbite terrestre basse, le Starship HLS, dérivé du vaisseau géant de SpaceX, brûle l'intégralité de ses ergols. Là-haut, l'engin fait le plein auprès d'un réservoir orbital, lui-même un Starship rempli au préalable par d'autres Starships venus de la Terre. Avant chaque mission lunaire, SpaceX devra réussir une dizaine de ravitaillements, et jusqu'à vingt vols selon les sources. Tous ces lancements doivent s'enchaîner sur une courte période, car le méthane et l'oxygène liquides s'évaporent vite sous le Soleil.
Source : Le Monde