SpaceX veut construire son propre gazoduc dans le Texas, afin d’alimenter directement les lancements de Starship. Un projet qui en dit long sur l’appétit d’expansion de l’entreprise d’Elon Musk… Et qui a de quoi inquiéter les protecteurs de l’environnement.

La fusée Starship lors de son dernier essai. ©SpaceX
La fusée Starship lors de son dernier essai. ©SpaceX

Haute de plus de 120 mètres, Starship est au cœur de toutes les ambitions de SpaceX. Mais cette fusée gigantesque a aussi un appétit difficile à rassasier. Chaque décollage nécessite environ 2,4 millions de litres de méthane liquide, aujourd’hui acheminés par des centaines de camions-citernes. Ce système est désormais jugé incompatible avec les cadences de lancement que vise l’entreprise.

Car Elon Musk entend multiplier les tirs par dizaines, puis par centaines, voire par milliers chaque année. Un objectif évoqué très concrètement par Gwynne Shotwell, la présidente de SpaceX, le jour même de l’entrée en Bourse de l’entreprise le 12 juin dernier. Elle a même affirmé que la société comptait bâtir ses propres infrastructures et produire son propergol, quitte à forer elle-même le gaz naturel.

Starpipe sera opérationnel début 2027

Il ne s'agissait pas de paroles en l'air. Des documents consultés par Reuters confirment que SpaceX passe effectivement à l’action. Le géant spatial prévoit de lancer dès le mois prochain la construction de Starpipe, un pipeline de gaz naturel long de 13 kilomètres. Son tracé reliera le port de Brownsville à Starbase, le complexe industriel devenu municipalité à Boca Chica, dans le Texas. L’infrastructure devrait être opérationnelle dès le 26 janvier prochain.

Le gazoduc, mesurant 40 centimètres de diamètre, acheminera le gaz directement jusqu’à une installation de liquéfaction que SpaceX prévoit de construire sur place, pour le transformer en méthane liquide prêt à alimenter Starship. Un détail révélateur : la capacité du dispositif dépasserait largement les besoins des 25 lancements annuels actuellement autorisés par la Federal Aviation Administration (FAA), le régulateur américain de l’aviation.

Le complexe de Starbase. ©aestheteava / Shutterstock
Le complexe de Starbase. ©aestheteava / Shutterstock

Ce n’est que le début

Cette stratégie n’est pas anodine pour les environs de Starbase. La zone abrite des écosystèmes de zones humides particulièrement sensibles, et SpaceX entretient des relations tendues avec les associations environnementales et certains habitants, qui dénoncent déjà les nuisances sonores et les dégâts matériels liés aux lancements.

L’arrivée d’un pipeline, puis potentiellement d'un forage gazier sur place, vient ajouter une nouvelle source d’inquiétude à un dossier déjà sensible. D’autant que le projet texan ne représente qu’une pièce d'un puzzle bien plus vaste. SpaceX cherche activement à acquérir des terrains pour construire de nouveaux ports spatiaux ailleurs dans le monde, et rien n’exclut qu’elle cherche à y reproduire le même type d’infrastructures gazières pour sécuriser son approvisionnement en méthane.