Il y a deux jours, l’avion spatial chinois Shenlong a largué un objet non identifié en orbite basse, détecté en moins de 24 heures par LeoLabs, société américaine spécialisée dans la surveillance orbitale. Cet objet ne correspond à rien de répertorié dans les catalogues existants. Pékin garde le silence, comme lors de chacune des trois missions précédentes.

 chaque retour, Xinhua répète la même formule, vérifications technologiques pour l'usage pacifique de l'espace, et c'est tout ce que l'on sait - ©Dancing_Man / Shutterstock
chaque retour, Xinhua répète la même formule, vérifications technologiques pour l'usage pacifique de l'espace, et c'est tout ce que l'on sait - ©Dancing_Man / Shutterstock

« Dragon divin » en mandarin, Shenlong a décollé le 7 février dernier depuis Jiuquan, dans le désert de Gobi, à bord d’une fusée Longue Marche 2F. La China Academy of Launch Vehicle Technology (CALT), fabricant public de lanceurs civils et militaires, en est le constructeur. Taille, motorisation orbitale, capacité de soute : rien n’a jamais filtré.

En 2020, le premier vol s’achève après deux jours. En 2022, Shenlong passe 276 jours en orbite, puis 268 jours lors du troisième vol fin 2023. À chaque retour, Xinhua répète la même formule, vérifications technologiques pour l’usage pacifique de l’espace, et c’est tout ce que l’on sait.

Le Kiwi Space Radar repère l’objet en premier à 02h30 UTC

Installé en Nouvelle-Zélande, le Kiwi Space Radar de LeoLabs détecte des objets aussi petits que deux centimètres en orbite basse. C’est lui qui identifie l’objet inconnu en premier, à 02h30 UTC le 22 juin. LeoLabs mobilise ensuite l’ensemble de ses stations mondiales pour confirmer. Sur X, la société publie avoir « catalogué indépendamment cet objet » et évalué « avec un haut degré de confiance » qu’il avait bien été largué par Shenlong.

À chacun de ses trois premiers vols, Shenlong avait déjà largué un ou plusieurs objets en orbite. Lors du troisième, six objets éjectés en quelques jours avaient d’abord intrigué les observateurs. Les données radar de LeoLabs avaient finalement identifié des débris inertes du lancement, les signaux radio captés à proximité provenant de satellites militaires chinois sur des orbites voisines. En juin 2024, à l’approche de la fin de cette même mission, un nouvel objet avait été signalé.

Shenlong réalise en orbite des opérations inédites pour un avion spatial réutilisable

Captures, amarrages, vol en formation, changements d’orbite : au fil de ses quatre missions, Shenlong a accumulé un répertoire de manœuvres inédites. En effet, le Boeing X-37B, son équivalent américain en orbite depuis août 2025 sur sa huitième mission, n’a jamais rien revendiqué de tel.

Inscrite depuis 2020 sur la liste américaine des sociétés militaro-industrielles chinoises, la CALT travaille en parallèle sur deux avions spatiaux suborbitaux habités, l'un de 10 tonnes pour quatre passagers à Mach 6, l’autre de 100 tonnes pour vingt passagers à Mach 8, ce dernier capable d’emporter un étage orbital supplémentaire pour placer une à deux tonnes en orbite basse. Shenlong sert de banc d’essai pour les technologies de rentrée atmosphérique et de manœuvre qui nourriront ces appareils futurs.

La Secure World Foundation recense plusieurs usages envisageables pour Shenlong, plateforme de lancement d'ARMes spatiales, système de surveillance, capacité de renseignement et d’alerte avancée. L’armée américaine a catalogué les objets largués lors des missions précédentes sans que Pékin ne réagisse. Pour l’objet du 22 juin, c’est encore tout ce que l’on sait.

Source : Gizmodo