Six mois après avoir perdu tout contact avec la sonde MAVEN, la NASA a officiellement prononcé la fin de la mission ce 3 juin. Une page se tourne pour un vaisseau qui a profondément transformé notre compréhension de la planète rouge.

Rendu 3D de MAVEN qui orbite autour de Mars. ©NASA/Goddard/University of Colorado/Laboratory for Atmospheric and Space Physics
Rendu 3D de MAVEN qui orbite autour de Mars. ©NASA/Goddard/University of Colorado/Laboratory for Atmospheric and Space Physics

Le 6 décembre dernier, la NASA a perdu le contact avec la sonde Mars Atmosphere and Volatile EvolutioN (MAVEN). Celle-ci passait derrière Mars comme elle l’avait fait des milliers de fois auparavant, mais elle n’est jamais réapparue sur la télémétrie. Pourtant, aucune anomalie n’avait été décelée.

L’agence spatiale a constitué, en février dernier, une commission d’enquête pour évaluer la situation. Elle vient de rendre son verdict, et il est catégorique : MAVEN est dans un état irrécupérable.

Des batteries vidées en quelques heures

Les fragments de télémétrie récupérés peu après la perte de contact ont en effet permis de reconstituer le scénario. Et la sonde tournait sur elle-même à 2,7 tours par minute, une rotation totalement anormale pour un vaisseau conçu pour rester stabilisé. Ce mouvement l’a privée d’énergie solaire, vidant ses batteries en quelques heures. La cause profonde de cette anomalie reste, elle, toujours à déterminer.

Lancée en novembre 2013, et entrée en orbite martienne en septembre 2014, MAVEN avait pour mission de percer les secrets de la haute atmosphère de Mars. Cela inclut, entre autres, comment le vent solaire l’érode et pourquoi la planète a perdu l’atmosphère dense qui lui permettait, il y a des milliards d’années, d’abriter de l’eau liquide en surface. Des enjeux fondamentaux pour reconstituer l’histoire climatique de Mars et évaluer ses conditions d’habitabilité passées.

MAVEN jouait aussi un rôle opérationnel crucial, servant de relais de communication entre les rovers martiens, Curiosity et Perseverance, et la Terre. Quatre autres sondes, Mars Odyssey, Mars Reconnaissance Orbiter, Mars Express et Trace Gas Orbiter, ont repris le flambeau.

Vue d'artiste de MAVEN. ©NASA’s Goddard Space Flight Center
Vue d'artiste de MAVEN. ©NASA’s Goddard Space Flight Center

Un apport considérable pour la science, et les futurs vols habités

En 11 ans en orbite martienne, MAVEN a engendré plus de 800 publications scientifiques. Ses données ont ainsi permis de démontrer que les tempêtes solaires accélèrent significativement l’érosion de l’atmosphère de la planète rouge, et de mesurer pour la première fois le phénomène de pulvérisation atmosphérique, un processus où des ions percutent l'atmosphère à grande vitesse et en éjectent des molécules, comme un boulet de canon dans une piscine.

La sonde a également découvert des aurores protoniques à l'échelle planétaire, et confirmé que les tempêtes de poussière globales propulsent des molécules d'eau bien plus haut dans l'atmosphère, accélérant leur fuite vers l'espace. Dernière contribution avant de sombrer dans le silence : l'observation de la comète 3I/ATLAS, quelques semaines seulement avant la perte de contact.

« La science de MAVEN est essentielle pour définir les mesures de protection contre les radiations nécessaires avant d’envoyer des humains sur Mars », souligne Louise Prockter, directrice de la division des sciences planétaires de la NASA. Sa fin rappelle aussi l’urgence de déployer son successeur : l’orbiteur Mars Telecommunications Network devra être lancé d'ici à 2028.