Copier les propriétés de la nature plutôt que de les réinventer, c’est le pari du biomimétisme. Et cette approche pourrait bien transformer l’exploration future de Mars.

Depuis des décennies, ingénieurs et chercheurs s’inspirent du vivant pour concevoir des matériaux, des structures ou des systèmes de locomotion. C’est ce que l’on appelle le biomimétisme. Alors pourquoi ne pas l’appliquer à l’exploration spatiale ? Car l’espace impose des contraintes extrêmes quand la nature, elle, a déjà trouvé des solutions à la plupart d’entre elles.
Explorer les tunnels de lave de Mars
Et ceci est particulièrement vrai sur Mars, où plusieurs rovers sillonnent déjà les collines. Si ces véhicules sont de véritables prouesses technologiques, ils disposent aussi de limites évidentes, notamment leur taille. En effet, ces engins ne peuvent pas s’aventurer dans les tubes de lave qui percent le sous-sol martien.
Ces tunnels volcaniques sont pourtant l’un des environnements les plus fascinants de la planète rouge. Formés il y a des millions d’années lors d’éruptions successives, ils constituent le plus grand réseau souterrain du Système solaire : certains atteignent 250 mètres de large, et les systèmes identifiés s’étendent sur plus de 1 200 kilomètres. De quoi couvrir les États-Unis trois fois, étaye Space.com.
Mieux encore, les températures sont stables à l’intérieur, et les rayonnements cosmiques atténués. Des conditions qui font de ces grottes des abris naturels potentiels pour de futurs astronautes, et peut-être même le dernier refuge d’une forme de vie martienne primitive. Les explorer s’impose donc comme une priorité.

Le pissenlit et le cloporte à la rescousse
Mostafa Hassanalian, chercheur à l’université New Mexico Tech, a conçu un système en deux temps inspiré de deux espèces : le cloporte et le pissenlit. Dans un premier temps, un robot en forme de cloporte est largué dans un tube de lave via un trou dans le plafond, muni d’un parachute pour amortir la chute. Une fois au sol, il libère des milliers de micro-drones propulsés par les vents qui circulent dans les tunnels.
Ces derniers mini-robots cartographient ensuite l’intérieur en transmettant température, humidité et données topographiques par radio. Sans lumière disponible, pas question de recourir à des panneaux solaires : ils fonctionnent grâce à la piézoélectricité, un polymère flexible qui génère de l’électricité au contact du vent. Et comme les graines de pissenlit, naturellement blanches pour réfléchir la lumière solaire et rester plus légères, les drones seront peints en blanc. Objectif : parcourir plus de distance.
Dans la même optique, des chercheurs européens testent depuis 2023 des robots dans les tubes de lave de Lanzarote. La NASA, de son côté, lorgne particulièrement sur Arsia Mons, un volcan martien dont les effondrements de plafond ont révélé des réseaux souterrains aux températures étonnamment stables. Avant que les humains n’y posent le pied, ce sont donc des robots inspirés du vivant qui devraient cartographier les entrailles de Mars.