La NASA a diffusé le 28 avril 2026 un timelapse compilant six ans de conduite de Curiosity dans le cratère Gale. La caméra de navigation droite a saisi les images entre le 2 janvier 2020 et le 8 mars 2026, soit du sol 2 633 au sol 4 830. Les roues en aluminium portent de profondes entailles.

Curiosity s'est posé sur la planète rouge le 6 août 2012. Depuis, le rover a parcouru plus de 32 kilomètres à travers le Gale Crater et entamé l'ascension du Mont Sharp. Le rover est posé sur six roues, chacune d'un diamètre de 50 centimètres et d'une largeur de 40 centimètres, taillées dans un bloc unique d'aluminium.
La mission initiale prévoyait deux années martiennes. Treize ans et neuf mois plus tard, Curiosity roule toujours, mais ses pneus métalliques se sont entaillés au fil des sols parcourus. En 2017 déjà, Art Rankin, ingénieur au Jet Propulsion Laboratory, déclarait que « l'usure des roues a été source de préoccupation ».
La caméra qui a fourni le timelapse vise normalement l'arrière du rover après chaque trajet, pour aider l'équipe à repérer des roches à étudier. Les mêmes images, recompilées, montrent aussi les grains de sable déposés sur le pont du véhicule.
Une peau d'aluminium fine comme une carte bancaire
Le métal qui sépare deux crampons mesure 0,75 millimètre d'épaisseur, soit la limite d'usinage la plus fine possible. La rigidité de la roue est assurée par trois éléments. Chaque pneu est ceinturé de dix-neuf grousers saillants de 7,5 millimètres. Une jante verticale court sur chaque bord et un anneau raidisseur traverse la roue au tiers de sa largeur.
La peau ne sert qu'à empêcher le rover de s'enfoncer dans le sable meuble. Une première perforation est pourtant apparue au sol 411. Une déchirure plus large s'est ouverte au sol 463. Cette journée a été la pire de la mission de Matt Heverly, pilote du rover.
Sur les clichés de septembre 2024, dont vous pouvez voir l'un deux en tête de cet article, des cicatrices anciennes côtoient des blessures fraîches. La roue du milieu gauche est la plus abîmée. L'anneau raidisseur central ne porte en revanche aucune marque sérieuse. Au Mars Yard de JPL, une roue poussée jusqu'à la rupture roulait encore, malgré des crampons cassés et une bande de peau quasi détachée. L'ingénieure Amanda Steffy, membre du tiger team consacré à l'usure mécanique, a manipulé devant la caméra cet exemplaire testé à bout.
Un correctif logiciel chargé depuis la Terre en 2017
Pour l'instant, Mars n'a pas de garage ni de mécanicien qui vous reçoit dans un atelier. Jeff Biesiadecki et Olivier Toupet, deux ingénieurs de JPL, ont donc écrit un algorithme, le « Traction Control », qu'ils ont ensuite téléversé vers Curiosity en mars 2017 puis validé pour l'usage opérationnel le 8 juin. L'algorithme ajuste la vitesse de rotation de chaque roue en fonction des variations détectées par le système de suspension. Aucune carte préalable du terrain n'est utilisée. Aucun capteur visuel dédié non plus. Seuls les déplacements des bogies trahissent les points de contact. Le logiciel recalcule alors les vitesses pour annuler le glissement.
Lors des essais sur un capteur de force de 15 centimètres au Mars Yard, la charge des roues avant a baissé de 20 %, celle des roues centrales de 11 %. L'algorithme corrige aussi le phénomène du « wheelie ». Une roue qui escalade un rocher et continue de monter jusqu'à perdre contact avec lui se met à tourner dans le vide, reportant tout le poids sur les autres roues. Le code coupe alors la rotation de la roue suspendue et redonne du couple aux roues encore appuyées.
Entre le sol 1678 et le 6 octobre 2017, Curiosity a parcouru 1,45 kilomètre en 68 trajets, presque entièrement sous Traction Control. Le logiciel reste activé par défaut. Les opérateurs le coupent tous les 500 mètres pour photographier les roues sous tous les angles, une procédure appelée Full MAHLI Wheel Imaging.
Les ingénieurs de Perseverance ont repris ces enseignements. Le rover posé en 2021 embarque des roues de 52,6 centimètres de diamètre, plus étroites, dotées de deux fois plus de crampons aux courbes plus douces que les chevrons agressifs de son aîné.
Le pont du rover sert aussi de capteur involontaire. Entre deux trajets, le rover reste immobile pendant des heures. Si un grain de sable change de place pendant ce temps mort, le vent en est la seule cause possible. Les trajets, eux, secouent le rover et déplacent d'autres grains. Grâce au timelapse compilé par la NASA, que vous pouvez visionner ci-dessus, les déplacements sont triés en deux catégories. La première regroupe ceux survenus pendant la conduite. La seconde, ceux survenus pendant les pauses. Cette seconde catégorie suit le rythme des vents martiens, qui varient au fil des saisons.
Source : NASA