À deux ans du lancement d'ExoMars 2028, Thales Alenia Space a annoncé, mardi, le transfert des modèles structuraux du rover Rosalind Franklin à Cannes, où débutent les premières campagnes de tests et de qualification.

ExoMars 2028 : les modèles structuraux de la mission sont fin prêts pour les phases de tests. © Thales Alenia Space
ExoMars 2028 : les modèles structuraux de la mission sont fin prêts pour les phases de tests. © Thales Alenia Space

La mission ExoMars 2028 est sur de bons rails. Le Français Thales Alenia Space, qui pilote le projet pour le compte de l'Agence spatiale européenne (ESA), vient de transférer les modèles structuraux de la mission, des répliques fidèles du futur vaisseau spatial, depuis les ateliers de Turin jusqu'aux laboratoires de Cannes, où ils vont subir une série de tests intensifs. L'objectif de ces essais est de s'assurer que l'engin tiendra le choc dans les conditions extrêmes du lancement, du voyage vers Mars et de l'atterrissage sur la planète rouge. En jeu derrière tout cela, une question vieille comme l'humanité : y a-t-il jamais eu de la vie sur Mars ?

ExoMars 2028 entre dans sa phase de tests la plus critique, la France et Thales sont aux manettes

Pilotée par l'Agence spatiale européenne (ESA) avec le soutien de la NASA, la mission ExoMars 2028 est l'une des plus ambitieuses jamais lancées vers la planète rouge. Elle a pour but d'envoyer un rover depuis la Terre en 2028 pour se poser sur Mars en 2030, et y creuser jusqu'à deux mètres sous la surface. Car c'est là, à l'abri des rayonnements cosmiques qui détruisent toute matière organique en surface, que d'éventuelles traces de vie passée ont le plus de chances d'être encore préservées.

Pour mener à bien la mission, il y a plusieurs étapes majeures à suivre. Un module de transfert assure d'abord le voyage entre la Terre et Mars. Une fois arrivé, un module dédié à l'entrée, la descente et l'atterrissage (l'EDLM) prend le relais pour gérer la traversée de l'atmosphère martienne, une phase particulièrement critique. Une plateforme se pose ensuite en douceur à la surface pour servir de base stable. Et c'est depuis là que le rover Rosalind Franklin entre en scène, avec une foreuse capable de descendre jusqu'à deux mètres sous le sol pour y collecter et analyser des échantillons directement sur place.

Voici une représentation de la configuration du modèle de vol. © Thales Alenia Space
Voici une représentation de la configuration du modèle de vol. © Thales Alenia Space

Avant d'envoyer le vrai vaisseau dans l'espace, les ingénieurs travaillent sur des répliques, des copies physiques conformes à l'original, qu'ils soumettent à des conditions extrêmes pour valider la conception. À Cannes d'abord, ces modèles seront secoués et exposés à des niveaux sonores intenses pour simuler les vibrations et le bruit assourdissant d'un lancement. Direction Turin ensuite, pour des tests de chocs et de résistance mécanique. Viendra enfin le tour du modèle de vol réel, le Proto-Flight Model (PFM). Celui-ci passera à Cannes pour une séquence complète d'épreuve, avec vide et températures spatiales, compatibilité des systèmes électroniques entre eux, et équilibrage des pièces en rotation, avant de pouvoir prétendre partir pour Mars.

ExoMars 2028, une aventure industrielle à l'échelle d'un continent

Thales Alenia Space, filiale de Thales (67% du capital) et de l'Italien Leonardo (33%) n'est pas qu'un fournisseur. C'est le maître d'œuvre, celui qui coordonne l'ensemble des acteurs industriels et s'assure que toutes les pièces du puzzle s'assemblent correctement. L'entreprise conçoit directement plusieurs éléments clés, comme le module d'entrée et d'atterrissage (EDLM), l'ordinateur de bord qui pilote l'engin, et l'altimètre radar qui mesure l'altitude lors de la descente vers Mars. Elle supervise également l'intégration du mini-laboratoire installé à bord du rover, l'outil qui analysera scientifiquement les échantillons prélevés sous la surface martienne. Le cœur même de la mission.

Autour de Thales Alenia Space gravite tout un réseau de partenaires européens, avec un casting de ce qui se fait de mieux sur le Vieux continent. Airbus Defence and Space, au Royaume-Uni, est responsable du rover lui-même ainsi que de la plateforme qui lui servira de point d'atterrissage sur Mars. L'Italien Leonardo fournit la foreuse embarquée à bord du rover, la pièce maîtresse qui permettra de creuser le sol martien. ArianeGroup, côté français, s'occupe du bouclier avant et de la protection thermique de l'aeroshell, en gros la capsule qui protège l'ensemble de l'engin lors de la traversée de l'atmosphère martienne. L'Allemand OHB prend en charge le module de transport, et l'Italien ALTEC gérera depuis la Terre le centre de contrôle des opérations du rover.

© MIP / Thales Alenia Space

Thales Alenia Space mobilise elle-même plusieurs de ses filiales européennes. L'équipe française contribue au bouclier arrière et au parachute qui ralentit la descente vers Mars, tandis que son entité suisse fournit les caméras et l'unité qui contrôle les moteurs de freinage au moment de l'atterrissage. La filiale espagnole, elle, s'occupe de l'électronique qui pilote les actionneurs du rover, ces petits mécanismes qui lui permettent de se mouvoir sur le sol martien. Au bout du compte, ExoMars 2028 est une mission bâtie à l'échelle d'un continent entier, pour tenter de répondre à l'une des plus grandes questions que l'humanité se pose depuis toujours.