Thales Alenia Space a décroché un contrat de 26,1 millions d'euros avec l'ESA pour développer les télescopes de la mission LISA, futur observatoire spatial européen dédié à la détection des ondes gravitationnelles.

Thales Alenia Space, l'entreprise détenue à 67 % par le Français Thales et 33 % par l'Italien Leonardo, a signé le mardi 5 mai 2026 avec l'ESA (l'agence spatiale européenne) un contrat de phase 1 qui l'engage dans le développement des six télescopes embarqués à bord des satellites de LISA. Ces instruments seront intégralement fabriqués en zerodur, un matériau vitrocéramique capable de rester stable même face aux variations de température extrêmes de l'espace, une condition indispensable pour atteindre la précision de mesure au picomètre qu'exige la mission. Car LISA, c'est trois satellites espacés de 2,5 millions de kilomètres, conçus pour capter des phénomènes cosmiques si discrets qu'aucun instrument terrestre ne peut aujourd'hui les détecter.
LISA, l'observatoire qui veut écouter les murmures de l'univers
Lorsqu'on parle de LISA (pour Laser Interferometer Space Antenna), on ne parle pas d'une mission spatiale ordinaire. Son objectif est de détecter depuis l'espace les ondes gravitationnelles, ces imperceptibles et infimes distorsions de l'espace-temps générés par des événements cosmiques colossaux, qu'Einstein avait théorisés il y a plus d'un siècle, en 1916. Les détecteurs terrestres comme LIGO aux États-Unis, ou Virgo en Europe, peuvent déjà en capter certaines, mais leur taille limitée et les vibrations sismiques les rendent aveugles à toute une gamme de fréquences. LISA, elle, opérera sans ces contraintes.
Les trois satellites de LISA sont positionnés dans l'espace en triangle parfait (équilatéral, souvenir d'école), chacun se trouve à 2,5 millions de kilomètres des deux autres, soit environ six fois la distance entre la Terre et la Lune. Entre eux, six faisceaux laser feront l'aller-retour en permanence, pour former un immense interféromètre capable de détecter des déplacements infimes à l'intérieur de chaque satellite, avec une précision de l'ordre du picomètre, soit mille fois plus petit qu'un atome. C'est cette sensibilité absolument inouïe qui permettra à LISA, une fois lancé à bord d'Ariane 6 en 2035, de capter ce qu'aucun instrument n'a jamais pu mesurer.
Qu'on se le dise, ce que LISA pourra observer dépasse tout ce qu'on a pu étudier jusqu'ici. En captant les ondes gravitationnelles depuis l'espace, la mission ouvrira un accès direct à des événements parmi les plus violents de l'univers, citons par exemple la fusion de trous noirs supermassifs tapis au centre des galaxies, la collision d'étoiles ultradenses, ou encore des signaux fossiles émis bien avant la formation des premières étoiles. Autant de phénomènes qui restent aujourd'hui hors de portée de nos instruments et qui pourraient, enfin, confirmer certaines des intuitions les plus audacieuses d'Einstein sur la nature même de l'univers.
Thales Alenia Space au cœur du développement optique de LISA
C'est donc à Thales Alenia Space que l'ESA confie, pour 26,1 millions d'euros, la phase 1 du développement des télescopes de LISA. Sur la mission c'est l'Allemand OHB System AG qui joue le rôle de maître d'œuvre, en chapeautant l'ensemble du programme. Mais Thales Alenia Space, cô-maître d'œuvre, intervient sur plusieurs fronts. L'Italie fournit l'avionique, le logiciel de contrôle des satellites, le système de télécommunications et le système de contrôle d'attitude DFACS ; le Royaume-Uni prend en charge le sous-système de propulsion ; et la France, aux côtés de Thales SESO, développe les six télescopes de la charge utile optique. Leonardo contribue également à la mission en fournissant les micropropulseurs chargés de contrôler très précisément l'orientation des satellites.
Les six télescopes de LISA seront entièrement fabriqués en zerodur, un matériau vitrocéramique qui a la particularité de quasiment ne pas se dilater sous l'effet de la chaleur ou du froid, une qualité rare et indispensable pour maintenir la précision de mesure au picomètre que la mission exige. C'est Thales SESO qui se chargera de tailler et de polir ces optiques avec une finesse extrême, jusqu'à 0,2 nanomètre de précision sur la surface, un niveau déjà atteint sur les miroirs du détecteur d'ondes gravitationnelles Virgo. Son expertise, on la retrouve d'ailleurs sur plus de plus de 200 miroirs en zerodu aujourd'hui en orbite.
Avec trois contrats en moins d'un an, il devient difficile de douter de l'implication de Thales Alenia Space dans LISA. Le groupe avait d'abord été retenu en juin 2025 pour développer l'avionique, les télécommunications et le DFACS, le système qui permet aux satellites de voler en parfaite autonomie sans être perturbés par les forces extérieures. Puis en janvier 2026, c'est le sous-système de propulsion qui lui avait été confié. Autant dire que Thales Alenia Space est désormais au cœur du projet, ce que Bertrand Denis, son VP Observation, Science et Exploration en France, salue : « Nous sommes très fiers de faire partie intégrante de cette mission exceptionnelle vouée à l'étude des ondes gravitationnelles depuis l'espace. »