La France, la Grèce et Chypre s'allient pour propulser les télécommunications spatiales dans une nouvelle dimension. Un accord signé à Nicosie ouvre la voie aux communications optiques par satellite de prochaine génération.

Hellas Sat, CNES, Thales Alenia Space et Safran s'associent pour révolutionner les communications optiques par satellite. © Thales Alenia Space_ E Briot
Hellas Sat, CNES, Thales Alenia Space et Safran s'associent pour révolutionner les communications optiques par satellite. © Thales Alenia Space_ E Briot

Imaginez télécharger en quelques secondes depuis l'espace ce qui prendrait des heures avec les satellites actuels. C'est, en résumé, ce que promettent Hellas Sat, le CNES, Thales Alenia Space et Safran, qui ont signé ce jeudi 26 février à Nicosie un accord pour développer des communications spatiales par laser, autour du projet baptisé SOLiS. Le vecteur est un laser embarqué sur le futur satellite Hellas Sat 5, capté depuis une station sol à Chypre à laquelle il sera relié.

Thales Alenia Space, Safran et le CNES unis pour porter le laser jusqu'en orbite géostationnaire

Le projet SOLiS (non, rien à voir avec un célèbre personnage de la série Desperate Housewives), pour « service optique de liaisons spatiales sécurisées », est en quelque sorte le chantier qui va tout concrétiser. Ce dernier, financé dans le cadre du programme France 2030 et piloté par Thales Alenia Space, a un objectif simple à formuler, mais un peu moins simple à réaliser. Il s'agit d'envoyer un faisceau laser depuis l'espace jusqu'au sol, sans que les nuages ou les turbulences de l'atmosphère ne viennent tout perturber. Et on ne parle pas de salle de test, mais de conditions réelles.

Concrètement, voilà comment les choses s'articulent. Thales Alenia Space intègre le système laser à bord du satellite grec Hellas Sat 5, qui sera normalement probablement mis en orbite par une fusée Ariane 6, sans doute la version 64, avec quatre boosters. Au sol, Safran installe à Chypre la station chargée de recevoir et d'émettre les signaux optiques. Celle-ci sera directement connectée à la station FROGS du CNES, déjà active à l'Observatoire de la Côte d'Azur. Une chaîne complète, de l'orbite au sol, répartie entre la France, la Grèce et Chypre.

Ce que change vraiment la technologie FSO (Free Space Optics, ou communications optiques en espace libre), c'est l'échelle des performances. Les systèmes actuels plafonnent à quelques dizaines de gigabits par seconde en termes de débits. Avec SOLiS, Alcino de Sousa, l'un des dirigeants de Thales Alenia Space, annonce des capacités « proches de 1 térabit par seconde », juste en combinant plusieurs longueurs d'onde. La comparaison avec l'arrivée de la fibre optique sur Terre n'est pas qu'une formule : elle dit quelque chose de réel sur l'ampleur du changement.

Sabotages de câbles, résilience des réseaux, ce que SOLiS change vraiment pour l'Europe

Alors, ce n'est pas un hasard si la signature se fait à Nicosie, lors de la conférence « Battlefield Redefined 2026 », en pleine présidence chypriote de l'Union européenne. Autour de la table, on retrouve des ministres grecs et chypriotes, des agences spatiales, des industriels, et la Commission européenne. Un plateau qui reflète bien ce qu'est vraiment cet accord, à savoir pas seulement un contrat entre entreprises, mais un acte politique au service de l'indépendance technologique de l'Europe.

Et pour cause. Les fibres optiques terrestres et océaniques que l'on retrouve dans les câbles sous-marins sont de plus en plus la cible de sabotages, que ce soit en mer Baltique ou en Méditerranée. Un satellite géostationnaire, lui, est beaucoup plus difficile à atteindre. Équipé de communications laser, il représente une solution de secours fiable pour les États et les armées. Christodoulos Protopapas, le PDG d'Hellas Sat, indique d'ailleurs que l'enjeu est de « renforcer la résilience, la sécurité et la souveraineté des liaisons nationales et gouvernementales sensibles », pour la Grèce et Chypre, le tout grâce au savoir-faire français et européen.

Pour le CNES, l'accord est une validation de terrain. Après des années de recherche et de développement en laboratoire, la technologie laser va enfin être testée dans des conditions réelles, depuis l'espace. « L'opportunité de déployer et d'exploiter le système SOLiS en coopération avec Hellas Sat représente un pas de plus vers l'adoption de l'optique en espace libre pour les communications Terre-Espace à très haut débit », résume Lionel Suchet, directeur général délégué du CNES. En clair, après les années de R&D, l'heure est venue de montrer que ça marche, pour de vrai, depuis l'espace.