Essai Kia e-Soul : un monospace familial endurant

Jérôme Cartegini
Spécialiste sécurité informatique
04 décembre 2019 à 12h15
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Kia e-Soul
Kia pour Clubic

Lancée au mois de mars 2019, la Kia e-Soul, qui représente la troisième génération de la Soul, est désormais vendue uniquement en version 100 % électrique en Europe. L'un des principaux atouts de ce monospace familial au look cubique atypique réside dans son autonomie qui n'aurait plus rien à envier à certains modèles thermiques. Si l'e-Soul tient vraiment toutes ses promesses, elle pourrait s'avérer être une sérieuse concurrente de la Nissan Leaf qui domine le marché depuis plusieurs années. En route !

Après dix ans de bons et loyaux services, la troisième génération de la Kia est désormais proposée uniquement avec des motorisations électriques sur le vieux continent. Une décision radicale du constructeur coréen qui devance sans doute les règles européennes sur le CO2 qui vont encore se durcir significativement l'année prochaine. Basée sur la même motorisation que la e-Niro (le SUV électrique de la marque), l'e-Soul se décline comme ce dernier en deux différentes versions : un modèle d'entrée de gamme « mid range » équipé d'une batterie de 39,2 kWh (136 ch) ou un modèle plus efficient « long range » doté d'une batterie de 64 kWh développant 204 chevaux.


Ce second modèle de notre test revendique une autonomie de 452 km (normes WLTP) et pas moins de... 648 km en cycle urbain ! Si l'on se fie à ces chiffres fournis par le constructeur, cela signifie que le véhicule serait capable d'obtenir un gain d'autonomie très conséquent de 196 km en roulant en ville grâce à son système de régénération d'énergie. Une endurance qui pourrait permettre de commencer à séduire les plus réfractaires aux voitures électriques. La version mid range dotée d'une plus faible capacité (39,2 kWh) affiche quant à elle une autonomie en cycle mixte honorable, mais bien moindre de 277 kilomètres.

Kia e-Soul
Jérôme Cartegini pour Clubic

Introduction

Avec sa forme cubique qui défie toutes les lois de l'aérodynamisme et sa bouille insolite, l'e-Soul ne passe pas inaperçu. Plus proche de la camionnette que d'un crossover urbain, son design est loin de faire l'unanimité. Comme pour la Nissan Leaf, on peut regretter que le constructeur n'ait pas profité de l'électrisation pour proposer un design un peu plus racé et sportif à l'image d'une BMW i3, par exemple. C'est d'autant plus regrettable qu'avec un couple immédiatement disponible sous le pied de 395 Nm, l'e-Soul est capable de passer de 0 à 100 km/h en 7,9 secondes. Malheureusement, comme nous l'avait laissé penser sa silhouette, ce modèle n'est pas du tout fait pour claquer des chronos, bien au contraire !


On s'aperçoit très vite qu'il ne faut pas appuyer trop fort sur l'accélérateur, tant la tenue de route devient perfectible. Difficile de savoir si cela vient de sa forme angulaire ou de son châssis assez bas, mais il est clair que la vitesse n'est pas son fort notamment dans les tournants où l'on pourrait facilement se retrouver dans le décor. Son manque d'agilité est également perceptible sur une ligne droite lorsqu'on commence à monter dans les tours. Bien qu'elle soit capable de grimper jusqu'à 176 km/h (une vitesse maximale honorable pour une 100 % électrique), elle manque cruellement de stabilité lorsqu'on dépasse les 130 km/h sur autoroute. En bref, mieux vaut ne pas solliciter pleinement la puissance de la motorisation électrique de l'e-Soul !

Kia e-Soul 1
Jérôme Cartegini pour Clubic

Un mode de conduite innovant

Hormis les problèmes de tenue de route à haute vitesse qui fâchent, l'e-Soul réserve quelques bonnes, voire très bonnes surprises. A commencer par un bloc moteur à propulsion électrique qui ronronne comme une horloge et qui permet de monter et descendre les rapports avec une fluidité étonnante. Grâce à deux palettes placées de chaque côté du volant, il est possible non pas de passer les vitesses comme sur une sportive, mais de jouer avec l'intensité du système de freinage régénératif. Bien qu'un certains temps soit nécessaire pour se familiariser avec ce concept, il se révèle plutôt fun à utiliser. Le conducteur a le choix entre cinq niveaux de récupération d'énergie (aucun, de 1 à 3 ou en mode « une seule pédale »). Ce dernier mode est particulièrement intéressant, car il permet non seulement de récupérer le maximum d'énergie possible au freinage, mais aussi de conduire avec un seul pied sans avoir ou presque à toucher la pédale de frein.

Contrairement à Nissan qui a développé un système plus ou moins similaire avec l'e-Pedal, Kia ne met pas du tout en avant ce mode de conduite à un seul pied pourtant très innovant. A l'usage, nous l'avons même trouvé mieux conçu que celui de Nissan, car d'une part il n'est pas utilisable uniquement en dessous de 80 km/h, et d'autre part la course de la pédale se révèle beaucoup plus douce et fluide. La seule différence avec l'e-Pedal, c'est que le système ne stoppe pas complètement le véhicule : il faut soit freiner, soit maintenir la palette de gauche enfoncée.

Kia e-Soul
Jérôme Cartegini pour Clubic

Des performances bien réelles

Comme la e-Niro, l'e-Soul dispose d'un système intelligent de gestion automatique de la puissance de régénération. Une fois activé, et quel que soit le niveau de régénération présélectionné, le système analyse par le biais d'un radar avant la distance qui le sépare du véhicule qui le précède. L' e-Soul affiche les trois désormais classiques modes de conduite d'une électrique : Economique, Normal, et Sport. Peu importe le mode choisi, le système augmente automatiquement la puissance de régénération pour ralentir le véhicule dans les phases de freinage. Le mode Sport offre par défaut un niveau de régénération 1 plus faible. Mais avec le système intelligent de régénération activé, ce niveau peut passer automatiquement à 3 lors des phases de freinage sans qu'aucune action du conducteur ne soit nécessaire.

Même s'il est conseillé d'utiliser le mode Economique qui diminue la puissance du véhicule pour économiser au maximum les batteries et prolonger l'autonomie, le système de récupération d'énergie en décélération s'avère également très efficace avec le mode Normal et Sport. Ce n'est pas tout, car l'e-Soul embarque en sus un condensateur permettant de réinjecter la chaleur des batteries pour chauffer le véhicule lorsqu'il fait froid et économiser ainsi énormément d'énergie.

Après avoir récupéré le véhicule qui affichait une autonomie de 450 km, nous avons parcouru au total 250 km sur une période de 7 jours en roulant essentiellement en ville en utilisant quasiment tout le temps le chauffage et le système multimédia. Lorsque nous l'avons restitué, ce dernier affichait encore 340 km d'autonomie disponible, soit un gain de 140 km. Attention, car ces chiffres auraient sans aucun doute été très différents si nous avions roulé uniquement sur autoroute où l'autonomie fond beaucoup plus vite qu'en ville. Les performances de l'e-Soul n'en demeurent pas moins tout à fait remarquables.

Kia e-Soul
L'instrumentation 100 % numérique affiche l'essentiel des informations / Jérôme Cartegini pour Clubic

Recharge et durée de vie des batteries

La batterie lithium-ion polymère haute-tension des véhicules électriques, hybrides et hybrides rechargeables de la marque est garantie 7 ans (à compter de la date de première mise en circulation) ou 150 000 km maximum (au 1er des deux termes échus). Pour ses véhicules 100 % électriques, le constructeur précise qu'il garantit 65 % de la capacité de charge initiale de la batterie pour 7 ans. En dessous du seuil de 65 %, la batterie ne peut pas être réparée et l'ensemble des modules doit être remplacé. Pour l'heure, il n'y a pas d'échange standard de prévu pour changer les batteries hors garantie, mais Kia nous a dit qu'une solution était actuellement à l'étude. Une situation qui illustre parfaitement le manque de recul des constructeurs sur leurs véhicules électrifiés.

Pour recharger le véhicule, Kia a mis à disposition des bornes de recharge rapide DC 22 kW gratuite au sein de son réseau de concessionnaires. Lors de l'achat d'un véhicule électrique, les clients se voient offrir une carte Kia EV Pass. Celle-ci permet d'accéder à plus de 22 000 bornes de recharge du réseau KiWhi Pass Easytrip, dont les bornes Izivia, 120 réseaux publics en France, ou encore les superchargeurs IONITY (bornes sur autoroutes). Ces derniers permettent de récupérer de 20 à 80 % d'autonomie en 42 minutes de charge sur l'e-Soul. Le véhicule est fourni avec un chargeur de 7 kW permettant de le recharger sur une Wallbox 3kW en 9h35. Sur le réseau domestique (2,3 kW), une charge complète nécessite par contre 29 heures.


Bien qu'il soit possible de recharger les batteries gratuitement sur les bornes publiques (concessions Kia, magasins Ikea...), il est plus compliqué d'estimer le coût d'une recharge sur le réseau domestique, par exemple. L'option la moins chère consiste généralement à charger le véhicule la nuit, pendant les heures creuses où le tarif de l'électricité est moindre. Sur les stations de charge publiques, les tarifs varient en fonction du type de charge. Si l'on prend le tarif de base EDF (tarif bleu) de 0,1555€ / kWh, une recharge à domicile de 10 % à 100 % revient à environ 8,95 € (avec une marge d'erreur de plus ou moins 10 %).

Kia-e-Soul_chargeur.jpg
Le véhicule est fourni avec un câble pour recharge domestique 7 kW /Jérôme Cartegini pour Clubic

A bord de la Kia e-Soul

A l'intérieur, l'e-Soul profite d'une généreuse habitabilité avec beaucoup d'espace à l'avant comme à l'arrière pour 5 à 6 personnes. Le coffre de 315 litres correspond à celui d'une familiale, mais le seuil de chargement haut n'est pas très pratique. En rabattant la banquette arrière, il peut contenir tout de même jusqu'à 1 339 litres. La finition intérieure est sobre avec des assises fermes, mais assez confortables. On regrette en revanche le mélange de plastiques mats et brillants notamment sur le volant et le pourtour de l'ordinateur de bord qui font un peu cheap.

Grâce à sa forme cubique et les réglages siège/volant, le poste de conduite peut accueillir les plus petits comme les plus grands gabarits sans aucun problème. Le confort au volant n'est toutefois pas optimal notamment en raison de l'accoudoir central bizarrement placé très en arrière et une assise un peu trop raide. L'instrumentation numérique s'avère quant à elle très soignée. Le conducteur peut visualiser en un coup d'œil l'essentiel des informations relatives à la vitesse, l'autonomie, l'énergie régénérée, le mode de conduite, etc.

Kia e-Soul
Jérôme Cartegini pour Clubic

Equipement de série

L'e-Soul bénéficie d'un équipement de série très généreux dont un écran tactile de 10,25 pouces doté d'un système de navigation GPS Europe (signé TomTom) avec informations trafic en temps réel, et géolocalisation des bornes de recharge. Outre une compatibilité avec les plateformes automobiles Apple CarPlay et Android Auto (via un câble USB uniquement), il permet de gérer facilement toutes les fonctions multimédias et relatives au fonctionnement du véhicule; Autre atout, un système audio de Harman Kardon pourvu de 10 haut-parleurs développant une puissance totale de 640 W ! La qualité sonore est vraiment au rendez-vous et peut être agrémentée d'une ambiance lumineuse via un système de LED intégré au véhicule.

L'e-Soul constitue par ailleurs le premier modèle de la marque doté de la nouvelle application UVO Connect. Celle-ci permet de programmer la charge de la batterie, de gérer à distance le chauffage et la climatisation, d'envoyer un itinéraire directement sur le système GPS embarqué et de profiter de nombreux autres services entièrement gratuits. Signalons également une caméra de recul, des radars de stationnement avant/arrière, des jantes alliage 17 pouces, les essuie-glaces automatiques ou encore les sièges avant et le volant chauffant.

Kia e-Soul
Kia e-Soul
L'e-Soul est la première Kia à bénéficier de l'application mobile UVO Connect

Fiche technique

Dimensions L x l x h (en m)4,19 x 1,60 x 1,80
Empattement2,60
Volume de coffre arrière315 litres VDA
Poids à vide1 682 kg
Nombre de places5

MoteurUn moteur électrique synchrone à aimants permanents
Puissance204 ch
Couple395 Nm
Batterie64 kWh

0 à 100 km/h7,9 secondes
Vitesse maximale176 km/h

Autonomie WLTP452 km
Prises de rechargeCSS Combo/Prise type 2


Kia e-Soul
Jérôme Cartegini pour Clubic

Faut-il craquer pour l'e-Soul ?

Le constructeur coréen qui a vendu près de 2 000 véhicules électriques en France, plus de 10 000 en Europe et 21 694 ventes dans le monde depuis le début de l'année ne ménage pas ses efforts pour électriser sa gamme de véhicules. C'est particulièrement vrai en Europe où son fameux modèle Soul n'est désormais vendu qu'en version électrique. Il faut dire qu'avec autonomie bien réelle de 450 km, voire plus en zone urbaine, l'e-Soul constitue une véritable alternative aux modèles thermiques. Malheureusement, avec un design aussi marqué et un prix aussi élevé pour la marque, le pari est loin d'être gagné...


Facturée 41 300 euros (bonus « écologique » de 6 000 euros non déduit), la version 64 kWh se paie au prix fort. Même si elle n'a pas de concurrente directe dans sa catégorie de crossovers familial, elle aura du mal à s'imposer face aux SUV très en vogue comme le DS3 Crossback e-Tense (39 100 euros hors bonus), ou le Hyundai Kona EV (34 900 euros hors bonus).
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