Test du Huawei Mate 40 Pro : aussi parfait qu'il est frustrant ?

Pierre Crochart
Spécialiste smartphone & gaming
22 octobre 2020 à 14h30
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Toujours enlisé dans des relations tendues avec les États-Unis, Huawei fait contre mauvaise fortune bon cœur. Pas découragé pour un sou de ne plus pouvoir proposer les applis et services Google sur ses smartphones, le constructeur croit mordicus à son écosystème naissant — dont le présent Mate 40 Pro se pose en fleuron.

Sept mois séparent ce nouveau flagship des P40 et P40 Pro. Une période durant laquelle Huawei a travaillé sans relâche pour renforcer l’édifice des HSM (Huawei Mobile Services) et encourager les développeurs à intégrer l’AppGallery — le magasin d’applications maison.

On ne vous cachera pas notre fébrilité à découvrir le Mate 40 Pro. Comme nous le pointions dans notre test du Mate 30 Pro l’an dernier, et plus encore dans ceux de la série P40, Huawei part de très, très loin en termes de design d’interface. Tout le parcours utilisateur nous paraissait à revoir pour que les nouveaux venus ne soient pas perdus sur ces smartphones qui ne sont pas tout à fait vos appareils Android ordinaires.

Comme d’habitude, Huawei s’est voulu très rassurant dans la présentation qu’il nous a faite du Mate 40 Pro. Les importants progrès effectués par les développeurs ont été soulignés, au point que l’on s’imaginait presque que les déconvenues rencontrées en début d’année étaient de l’histoire ancienne.

Mais le ton employé dans les derniers paragraphes trahit déjà mon sentiment à l’égard du Mate 40 Pro. C’est un formidable téléphone, n’en doutez pas. Mais la base logicielle sur laquelle il repose nous apparaît encore trop instable pour mériter des éloges.

© Pierre Crochart pour Clubic

Huawei Mate 40 Pro : la fiche technique

Les Mate ont toujours représenté sinon le luxe, le très haut de gamme du catalogue Huawei. Le Mate 40 Pro ne fait pas défaut à cette philosophie, et embarque ni plus ni moins que les composants les plus costauds du marché actuel.

Le Huawei Mate 40 Pro, c’est :

  • Écran : AMOLED de 6,76 pouces affichant une définition QHD+ de 2772 x 1344 pixels  (456 ppp, rafraîchissement 90 Hz, HDR10+) couvrant environ 92% de la face avant.

  • SoC : Kirin 9000 gravé en 5 nm (1x3.13 GHz + 3x2.54 GHz + 4x2.05 GHz et GPU Mali G-78

  • Mémoire vive : 8 Go LPDDR5

  • Stockage interne : 256 Go en UFS 3.1 (extensible via NM Card)

  • Batterie : 4 400 mAh, recharge rapide à 65 W, compatible avec la charge sans-fil

  • Étanchéité : IP 68

  • Prise jack 3,5 mm : Non

  • Audio : Haut-parleurs stéréo

  • Appareils photo arrière :

    • Grand angle :  50 mégapixels ƒ/1.9, 1/1.28", 1.22 µm, OIS, focale de 26 mm
    • Ultra grand-angle : 20 mégapixels ƒ/1.8, 1 µm,  focale de 16 mm
    • Téléobjectif périscopique : 12 mégapixel ƒ/3.4, 1.12 µm, focale de 135 mm (zoom optique 3x)
  • Appareil photo avant : 12 mégapixels ƒ/2.4

  • Vidéo : 4K @ 30/60, 1080p @ 60/120/240 ips, EIS

  • Déverrouillage : capteur d’empreintes intégré sous l’écran, 3D Face Unlock

  • Double SIM : Oui

  • Compatible 5G : Oui

  • Connectivité : Wi-FI 802.11 a/b/g/n/ac/6, Bluetooth 5.2, NFC

  • Dimensions : 162.9 x 75.5 x 9.1 mm

  • Poids : 218 grammes

  • DAS : tête 0.49W/kg, tronc 0.99W/kg, membres 2.95W/kg

  • OS : Android 10 + EMUI 11

  • Coloris : Mystic Silver, Black

  • Prix : 1 199€ pour 8+256 Go

  • Disponibilité : précommandes le 22 octobre, sortie 9 novembre

Du très, très costaud donc. D’autant qu’avec le récent iPhone 12, le Huawei Mate 40 Pro est le premier smartphone à se pourvoir d’un SoC gravé en 5 nm.

La boîte du téléphone recèle un adaptateur secteur de 66 W, un câble USB-C, une paire d’écouteurs «boutons» en USB-C et une coque de protection en silicone transparent.

© Pierre Crochart pour Clubic

Design : l’excellence, par Huawei

Sur plusieurs aspects, le Huawei Mate 40 Pro marque sa différence face à son prédécesseur. La première et la plus évidente est cette vilaine encoche qui, deux ans après son apparition sur le Mate 20 Pro, disparaît au profit d’une «pilule» rappelant celle des P40.

© Pierre Crochart pour Clubic

Malgré tout, Huawei affirme avoir réussi à miniaturiser les différents composants offrant la reconnaissance faciale en 3D (3D Face Unlock) pour les intégrer dans cette découpe. Nous avons donc affaire à un écran plus généreux, qui propose le même degré de sécurité biométrique que les précédents modèles. Comme quoi, quand on veut… n’est-ce pas Apple ?

© Pierre Crochart pour Clubic

Au passage, le capteur d’empreintes sous l’écran est toujours là, et retrouve la place qu’il occupait sur le Mate 20 Pro. À savoir environ au premier quart de l’écran — contre tout en bas pour le Mate 30 Pro. Une situation beaucoup plus adaptée à un déverrouillage facile et sans contorsion du pouce.

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La deuxième «évolution» dont on veut parler n’en est pas une. Il s’agit davantage d’une rectification. Souvenez-vous : le Mate 30 Pro faisait disparaître les boutons de réglage du volume au profit d’une solution 100% logicielle. Une bien drôle d’idée, en cela qu’elle empêchait notamment les utilisateurs d’augmenter ou de baisser le volume de leur musique sans avoir à sortir leur téléphone. Cette année, la réglette fait son grand retour, et retrouve sa place juste au-dessus du bouton de mise sous tension.

Le bouton de réglage du volume fait sa réapparition © Pierre Crochart pour Clubic

Ces deux boutons sont d’ailleurs positionnés très en arrière du smartphone. Presque sur son dos en fait. La raison est évidente : l’écran choisi par Huawei est incurvé sur un angle de 88°. Il «déborde» donc sur les deux tranches du téléphone pour offrir une surface d’affichage supérieure à 90%. Un choix plutôt agréable à l’œil, qui se conjugue difficilement à une prise en main confortable. Très grand, le Mate 40 Pro ne conviendra pas aux petites mains. D’autant que cet écran à débordement peut occasionner quelques cafouillages dans la navigation. Parfois, se saisir du smartphone est interprété comme une tentative de swipe par l’écran, ce qui nous renvoit à la fenêtre précédente. En d’autres termes : c’est très joli, mais ça ne fonctionne pas bien.

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Si vous voulez du joli qui fonctionne bien, il suffit de retourner le Mate 40 Pro. Le modèle Mystic Silver qui nous a été prêté par Huawei est de toute beauté. Il se réapproprie le verre dépoli qui nous avait déjà bien plu sur le P40 Pro, tout en l’agrémentant de reflets irisés du plus bel effet. Une vraie réussite esthétique ; d’autant que l’un des atouts de ce verre est d’être plutôt résistant aux traces de doigt.

Le Mate 40 Pro reprend peu ou prou l’esthétique de son prédécesseur concernant «l’anneau» d’appareils photo. Disposé au centre, celui-ci dépasse à peine du châssis. Le téléphone peut donc reposer à plat sans aucune gêne. On perd malheureusement l'effet d’optique du Mate 30 Pro qui créait un chouette effet de profondeur autour du cercle. Le nom de Leica, partenaire historique du constructeur sur la partie photo, est une nouvelle fois bien mis en avant.

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Autre nouveauté notable de ce modèle : Huawei passe à la stéréo ! La grille de haut-parleurs de la tranche basse est désormais accompagnée par une seconde — plus petite, et non symétrique, n’en déplaise aux maniaques — sur la partie opposée du smartphone. L’écouteur dédié aux appels fait aussi son retour sur le haut du smartphone ; sur ses précédents appareils, Huawei avait opté pour une solution intégrée sous l’écran OLED.

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Écran : de toute bôôôté

L’écran 6,76 pouces du Huawei Mate 40 Pro se hisse sans peine parmi nos chouchous de l’année. Si l’on garde de côté l’aspect prise en main qui n’est pas toujours évident selon sa morphologie, la dalle AMOLED du smartphone est techniquement irréprochable.

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Pour rappel, celle-ci propose une définition dynamique oscillant entre le Full HD et le QHD+ et une fréquence faisant de même entre 60 et 90 Hz selon le type de contenu affiché à l’écran. La bascule se fait très naturellement — au point qu’on avoue ne jamais l’avoir remarqué ! Pour les plus téméraires question autonomie, il est bien sûr possible de forcer le QHD et les 90 Hz dans les réglages.

Notre sonde X-Rite et le logiciel professionnel Calman Ultimate nous ont aussi confirmé que la calibration de l’écran du Mate 40 Pro était excellente.

© Pierre Crochart pour Clubic

Côté luminosité, nous avons relevé un pic (en mode auto) à 672 cd/m2. C’est très bien, même si d’autres appareils haut de gamme proposent des mesures un peu plus généreuses. Le téléphone reste parfaitement utilisable en pleine journée et sous un soleil à son zénith.

Avec le mode «Standard» pré-sélectionné d’usine, la température de la dalle navigue entre 6368 et 6404K. Pour rappel, nous attendons une valeur typique de 6500K — c’est donc déjà très bon. Mais ce mode d’affichage déçoit quelque peu dans sa couverture des gamuts sRGB et DCI-P3 : 94,3% et 65,7%. Un peu terne, tout cela. Le delta E, qui estime la dérive chromatique des couleurs affichées par rapport à leur référence Pantone se cale néanmoins à 1,72. Ce qui est tout bonnement excellent.

Le mode de couleurs «Vives» nous convainc davantage, question colorimétrie. Mais il refroidit par défaut beaucoup trop l’écran. Grâce à la roue chromatique à disposition de l’utilisateur dans les réglages, nous avons pu réchauffer la température du point blanc afin d’obtenir des valeurs absolument parfaites. Température à 6581K, couverture du sRGB à 99,7%, du DCI-P3 à 85,7% et delta E à 2,13. Des mesures très proches de celles du Google Pixel 5, qui nous avait également impressionnés sur ce point.

Vous l’imaginez : le Mate 40 Pro se veut donc particulièrement adapté au visionnage de vidéos. D’autant que, cette année, le smartphone bénéficie du DRM Widevine L1 qui permet de profiter de Netflix et d’autres en HD.

Netflix a retrouvé le chemin des smartphones Huawei © Pierre Crochart pour Clubic

Audio : correct, mais sans fulgurance

On ne connait pas Huawei pour la qualité audio de ses smartphones. Mais nous avions bon espoir, en déballant le Mate 40 Pro. Comme on l’a dit plus haut, le flagship embarque cette année deux haut-parleurs pour assurer un semblant de stéréo.

Et nous sommes plutôt satisfaits du résultat. Bien entendu, la petitesse des composants fait que le son manque encore de chaleur, et pourra même paraître assez plat sur du rock notamment. Mais ce nouveau duo de haut-parleurs fait très bien l’affaire pour de la Pop ou d’autres genres misant beaucoup sur les médiums.

© Pierre Crochart pour Clubic

En branchant la paire d’écouteurs fournis, nous ne sommes pas plus subjugués. Ces buds de type bouton ne font pas un travail exemplaire pour restituer un son de qualité. On est plus face à un kit mains libres qu’un véritable accessoire audio. Si vous cherchez du gros son clés en main, c’est vers le Vivo X51 5G qu’il faut vous diriger.

Côté Bluetooth, le Mate 40 Pro supporte les codecs SBC, AAC, LDAC et aptX HD. Rappelons que si aucun port jack n’est au programme, aucun adaptateur USB-C vers jack n’est non plus fourni.

Performances : un poids lourd

Huawei n’a jamais vraiment mené la danse en matière de performances brutes. Ses smartphones offrent des résultats excellents, c’est certain. Mais si l’on s’attarde sur les chiffres (qui ne présagent pas réellement des performances d’un téléphone), Qualcomm et Apple lui restent supérieurs.

Seulement, le Kirin 9000 est aussi le premier smartphone équipé d’un SoC 5 nm à nous parvenir. Une finesse de gravure qui, comme vous le savez, permet notamment d’intégrer toujours plus d’unités de calcul dans la plate-forme afin de décupler ses performances.

Le Kirin 900 s’en sort haut la main sur tous nos tests habituels. Sur AnTuTu, il permet au Mate 40 Pro d’obtenir pas moins de 538 398 points, et jusqu’à 655 000 en mode performances — un record ! Le processeur dépasse quant à lui allègrement les 3 000 points sur Geekbench.

En mode "Performances", le score AnTuTu s'envole à plus de 650 000 points !

Sur la partie graphique, le SoC de Huawei fait également du très bon boulot. On reste à des encablures de la puissance de frappe du Asus ROG Phone 3, mais cela reste parfaitement calibré pour mériter le titre de «smartphone haut de gamme».

En revanche, c’est bien sur la rapidité de sa puce de stockage que le Mate 40 Pro nous impressionne. Il s’agit tout simplement des meilleurs débits que nous n’avons jamais relevés lors d’un test. Frôlant les 2 Go/s en lecture, le Mate 40 Pro bénéficie d’une vitesse de lecture de 1 289 Mb/s. C’est 70% plus rapide que sur le ROG Phone 3. Impressionnant.

À ce niveau d’excellence, il est entendu que vous ne rencontrerez aucune résistance sur des titres gourmands comme Call of Duty Mobile ou l’ultrapopulaire Genshin Impact. Ce dernier peut être lancé en qualité Ultra et à 60 images par seconde sans souci.

© Pierre Crochart pour Clubic

Ce déchaînement de puissance est surtout mobilisé par Huawei dans les domaines de l’intelligence artificielle et notamment de la computationnal photography. Le Mate 40 Pro inaugure à ce titre le nouvel algorithme XD Fusion HDR qui, malgré la lourdeur de son processus de traitement, affiche ses résultats quasi instantanément.

Autonomie : un téléphone haut de gamme très endurant

Il faut y aller, pour alimenter un si grand écran en QHD et à 90 Hz. Mais nous n’avions pas particulièrement peur pour le Mate 40 Pro au chapitre de l’autonomie. Huawei est parmi les rares à donner des leçons d’endurance à ses petits camarades sur le segment premium du marché.

Grâce à son accu de 4 400 mAh, le Mate 40 Pro est resté éveillé plus de 37 heures, dont 7h40 avec l’écran en activité. Nous sommes donc sur la moyenne haute de ce que l’on trouve sur le haut de gamme en 2020. D’autant que ce résultat signe un net progrès de la part de Huawei par rapport au Mate 30 Pro, qui n’avait tenu que 26h au total pendant notre test.

Mais le Mate 40 Pro inaugure aussi une belle nouveauté du côté de la recharge rapide. On passe ici d’une charge 40 W à 66 W. Appareil éteint, la batterie avait déjà récupéré 85% de sa capacité au terme d’une demi-heure de charge ! Il faut compter 45 minutes tout rond pour retrouver 100% d’autonomie.

Côté durée de vie, Huawei n’ignore pas les effets délétères d’une recharge trop rapide sur le cycle des batteries. Aussi on retrouve dans les réglages des options permettant notamment de restreindre la charge au-delà de 90%.

Logiciel : autant de progrès que de barrières à franchir

Rappelons-le une nouvelle fois au cas où cela vous aura échappé : le Huawei Mate 40 Pro ne dispose pas des Google Mobile Services. Autrement dit, il n’intègre ni le Play Store où vous avez l’habitude de télécharger vos applis, ni les apps Google dont vous vous servez au quotidien. En lieu et place, Huawei mobilise les Huawei Mobile Services et l’AppGallery — son propre magasin d’applications sur lequel nous revenons en détails plus bas.

Pour commencer, le Mate 40 Pro tourne sous Android 10. Sur l’exemplaire qui nous a été fourni, la dernière mise à jour de sécurité datait d’août 2020. Un léger retard donc.

Au premier allumage, le Mate 40 Pro vous proposera bien entendu de restaurer vos applications, fichiers, contacts et photos depuis votre ancien appareil. Une routine bien rodée, quel que soit le smartphone duquel vous souhaitez migrer vos données. Bien entendu, les applications Google ne seront pas copiées sur votre Mate 40 Pro.

Une fois démarré, le smartphone se présente a priori comme n’importe quel autre terminal Android, agrémenté de la surcouche maison EMUI 11. Tout est à la même place, rien n’a changé. La navigation gestuelle, le mode sombre intégral, la gestion du bien-être numérique et j’en passe.

Le Mate 40 Pro intègre également quelques fonctionnalités un peu (beaucoup) gadget répliquant ce que l’on trouvait sur le Pixel 4 de l’an dernier. En balayant votre main devant la caméra frontale, il est possible de scroller sur l’écran, de faire une capture d’écran ou de passer au morceau de musique suivant. Très franchement, c’est une feature sur laquelle on s’amuse cinq minutes avant de réaliser que l’on va simplement plus vite en utilisant ses doigts. Passons.

Il nous faut maintenant entrer dans le vif du sujet. Comment installe-t-on des applications sur un Huawei ? Il existe deux façons de procéder.

La première consiste tout simplement à se rendre sur l’AppGallery. Un magasin d’application sur lequel vous serez chaudement accueilli par une page de publicité de 5 secondes, puis un onboarding vous encourageant à installer la trentaine d’applications «recommandées en France».

Si vous avez de la chance, vous trouverez l’application que vous cherchez. Reconnaissons à Huawei d’avoir bien garni son AppGallery depuis notre dernier passage. La plupart des applications les plus connues répondent désormais présentes. Dans le cas contraire, Huawei va comme qui dirait vous mettre à profit.

En tapant le nom d’une application absente du store (ici le client d’e-mails Spark), l’AppGallery vous proposera de l’intégrer à votre «Liste de souhaits». Vous devrez ensuite remplir quelques informations à propos de l’application et, si la demande est suffisamment forte, Huawei entamera les discussions avec les développeurs afin de la porter sur AppGallery. Le cas échéant, vous serez notifié par le magasin d’applications de la disponibilité de l’appli.

Une appli manque à l'appel ? Ajoutez la en "liste de souhaits" pour motiver Huawei à contacter les développeurs

Une démarche qui suscite chez nous un sentiment contrasté. D’un côté, il faut reconnaître l’aspect malin de la chose. En sondant ses utilisateurs, Huawei peut prioriser ses tâches. De l’autre, il y a là un petit côté «bêta test» qui nous déplaît. Comme sur les Mate 30 et P40 : on estime qu’une personne payant plus de 1000€ un téléphone devrait simplement pouvoir trouver l’application qu’il souhaite (oui, on sait que ce n’est pas de la faute de Huawei).

Aussi une autre méthode existe pour trouver son bonheur : Petal Search. Il s’agit de la barre de recherche préinstallée sur l’écran d’accueil du téléphone et qui office de méta-moteur. On s’explique : effectuer une recherche sur Petal Search vous affichera non seulement les résultats d’une requête Internet (passant obligatoirement par Qwant), mais aussi les applications liées à ce terme. Dans notre cas, si nous effectuons une recherche «Spark» sur Petal Search, le moteur de recherche sera en mesure de trouver un dépôt d’APKs en ligne disposant de l’application. En deux clics seulement, on peut lancer le téléchargement d’une appli absente d’AppGallery et gérer son installation dans la foulée. Problème : malgré plusieurs tentatives, Spark ne voulait tout simplement pas se lancer… Dommage.

Petal Search permet de sideloader facilement des applications via des dépôts d'APKs

D’autres essais sur les applications 3DMark, GBoard et même Google Maps se sont quant à eux révélés fructueux. Vous avez bien lu : on peut désormais se servir de Google Maps sur un Huawei !

Les mises à jour sont également centralisées au sein d’AppGallery, qui fait donc office de hub central de l’expérience EMUI.

La méthode employée par Huawei semble donc porter ses fruits. Plus besoin pour l’utilisateur d’installer manuellement chaque application et d’installer un store alternatif. Mais notre reproche initial reste le même : on conserve ici un côté «bidouille» qui ne devrait pas voir lieu d'être sur un smartphone de ce standing. D’autant qu’on ne s’explique pas pourquoi Petal Search n’est pas tout simplement intégré à AppGallery pour plus de facilité. On doit constamment basculer entre deux applications pour trouver ce que l’on cherche.

Un pis-aller, qui ne résout pas tous les problèmes que l’on peut rencontrer. Des notifications sont absentes (Discord et Protonmail notamment), et certaines applis restent tout bonnement inutilisables. Lorsque c’est possible, Petal Search vous propose de lancer la version Web d’une appli. Si, pour YouTube, cela fonctionne très bien, il reste impossible d’éditer un document Google Docs ou Sheets depuis un navigateur. Utilisant le service dans le cadre de mon travail, je suis tout simplement bloqué. Et cela n’est bien sûr qu’un exemple parmi d’autres frictions.

Ces différents dossiers sont préinstallés sur le téléphone, et il faut se débarrasser de chaque application une par une.

Il nous faut conclure sur quelque chose qui nous a véritablement choqué lors de notre découverte du Mate 40 Pro. Au démarrage, scrollez sur la deuxième page de l’écran d’accueil pour découvrir quatre dossiers débordant de bloatwares — ces applications installées de série. Enfin, nuance, il s’agit ici de «recommandations d’applis». Si vous êtes séduits par l’une d’elles, il suffit de tapoter sur l’icône pour l’installer dans la seconde.

EMUI adore nous "recommander" des trucs.

Le problème ? Il est impossible de s’en débarrasser facilement. Il vous faudra ouvrir un à un tous les dossiers, faire un appui long sur chaque appli, et sélectionner «retirer» pour retrouver un écran d’accueil épuré de ces bêtises. Franchement, on a cru rêver. Peut-être la clientèle asiatique de Huawei tolère-t-elle ce genre de pratique, mais ce genre de racolage au forceps passe en général assez mal sur le Vieux Continent.

Photographie : le meilleur photophone de l’année

On a préféré éviter de tourner autour du pot. Le Huawei Mate 40 Pro est à nos yeux le meilleur photophone de l’année, et d’assez loin en réalité.

Le smartphone reprend, certes, le gros de la configuration photo du P40 Pro, mais il la pousse encore davantage dans ses retranchements grâce à une bardée d’optimisations en tout genre et un traitement logiciel plus juste.

Dans le détail, le Mate 40 Pro embarque quatre objectifs distincts. Un ultra grand-angle de 20 mégapixels, un grand-angle 50 mégapixels (1/1.28", le plus grand du marché actuel) et un téléobjectif périscopique de 12 mégapixels offrant un zoom optique 5x, hybride 10x et numérique 50x. S’ajoute à ce trio une caméra Ciné Ultra Vision dédiée spécifiquement à la vidéo.

© Pierre Crochart pour Clubic

Grand-angle : une précision de chaque instant

Le grand-angle du Mate 40 Pro matérialise quasiment l’appareil photo de poche parfait. Il suffit de sortir le smartphone et de déclencher pour obtenir une superbe photo. Le capteur et l’ISP du Kirin 9000 font preuve d’une maîtrise rare dans la compréhension des scènes et l’application de divers filtres de traitement.

© Pierre Crochart pour Clubic
© Pierre Crochart pour Clubic

Un traitement qui fait d’ailleurs la part belle au contraste et à la netteté. Quitte à en faire parfois à peine trop — on pourra toujours alléger le traitement en modifiant sa photo après coup. La saturation est quant à elle justement dosée, tout en apportant systématiquement un petit côté sublimé à nos clichés.

© Pierre Crochart pour Clubic
© Pierre Crochart pour Clubic

L’exposition est parfaite, la mise au point est rapide et les contre-jours ne posent absolument aucune difficulté. Le capteur fait sa tambouille en interne pour rééquilibrer les ombres et les hautes lumières.

© Pierre Crochart pour Clubic

On s’excuse presque de ne pas épiloguer à propos du grand-angle du Mate 40 Pro, mais nous n’avons tout simplement rien à redire sur lui. Il est excellent, et en toute situation (on y revient plus bas). Profitez plutôt des images.

© Pierre Crochart pour Clubic
© Pierre Crochart pour Clubic
© Pierre Crochart pour Clubic

Ultra grand-angle : on frôle la perfection

À ce stade, vous avez déjà compris que nous n’allons pas tarir d’éloge sur les modules photo du Mate 40 Pro. Absolument convaincant en grand-angle, le smartphone de Huawei l’est tout autant en ultrawide. Avec sa très courte focale, l’appareil capture des images sublimes, très justement exposées et s’épargnant un souci de diffraction prononcée dans les angles qui mine les optiques concurrentes.

© Pierre Crochart pour Clubic
© Pierre Crochart pour Clubic

On remarque simplement une légère dérive dans la colorimétrie de certains clichés (un peu plus de vert que de rouge par rapport au grand-angle). Mais on pinaille. Le contraste est aussi moins prononcé qu’au 24 mm, mais le piqué reste exceptionnel sur toute la surface.

© Pierre Crochart pour Clubic
© Pierre Crochart pour Clubic

Les scènes à haute dynamique n’effraient pas davantage ce capteur ultra grand-angle, qui les gère avec un brio rare.

© Pierre Crochart pour Clubic
© Pierre Crochart pour Clubic
© Pierre Crochart pour Clubic

Zoom : une longue focale au piqué diabolique

On reste bouche bée devant la qualité des clichés pris au téléobjectif via le Mate 40 Pro. Avec le zoom 5x, le smartphone offre des prises de vue majestueuses au piqué excellent.

Zoom 5x © Pierre Crochart pour Clubic
Zoom 10x © Pierre Crochart pour Clubic
Zoom 50x © Pierre Crochart pour Clubic

Son seul défaut réside peut-être dans son ouverture un peu maigre (ƒ/3.4) qui l’empêche d’accumuler suffisamment de lumière par temps nuageux. Le téléphone compense en augmentant les ISO (et donc l’apparition de bruit), mais cela ne ruine en rien la grande qualité des photos que l’on peut prendre par son biais.

Zoom 5x © Pierre Crochart pour Clubic
Zoom 10x © Pierre Crochart pour Clubic
Zoom 5x © Pierre Crochart pour Clubic

On retrouve un traitement proche de ce que propose le grand-angle. À savoir une appétence forte pour le contraste et les noirs profonds. Un style auquel je suis personnellement sensible, en cela qu’il dessine d’autant plus les textures.

Zoom 5x © Pierre Crochart pour Clubic

En zoom 10x (hybride), les clichés perdent logiquement un peu de détails mais restent parfaitement exploitables. Même sur un grand écran, le vernis ne s’écaille pas trop méchamment.

Zoom 10x © Pierre Crochart pour Clubic

On ne peut pas en dire autant du zoom numérique 50x qui, vous l’imaginez, est surtout là pour la frime. Ne subsistent que peu de détails, même si le capteur fait tout son possible pour conserver au moins le contraste et les couleurs de la scène.

Zoom 50x © Pierre Crochart pour Clubic

Portrait : les doigts dans le nez

L’aisance du Mate 40 Pro commence à nous agacer. Peu importe l’épreuve à laquelle on le soumet en photo, il s’en sort avec une facilité déconcertante.

© Pierre Crochart pour Clubic

En portrait, le nouveau Mate donne la leçon à la concurrence. Le détourage est parfait ; la carnation du sujet est bien restituée, et le flou est appliqué de façon progressive contrairement à un Pixel 5 qui cherche immédiatement à pousser tous les potards à fond.

© Pierre Crochart pour Clubic

Sur une statue ou sur Simone, le Mate 40 Pro s’en sort aussi bien, et applique le bokeh exactement où il le faut. Décourageant d’efficacité, on vous dit.

© Pierre Crochart pour Clubic
© Pierre Crochart pour Clubic

L’impression laissée par la caméra frontale et son capteur 12 mégapixels est également très bonne. Les selfies jouissent d’une excellente exposition, et le détourage se fait de façon presque aussi efficace qu’à l’arrière (rappelons qu’un module ToF est présent à l’avant).

© Pierre Crochart pour Clubic

S’il n’existe pas de mode «Macro» à proprement parler, activer la reconnaissance de scène et s’approcher d’un objet fait passer l’appareil photo en mode «gros plan». Les clichés ainsi obtenus sont très corrects, même si l’on a parfois du mal à savoir où se situe la limite de proximité pour obtenir un point parfait.

© Pierre Crochart pour Clubic

Nuit : un noctambule assumé

Tous les ans c’est la même chose. Google et Huawei se tiennent la barbichette pour savoir lequel des deux est le plus à l’aise en photo de nuit. Et si nous tenons toujours en très haute estime le tout récent Pixel 5, force est de constater que le Mate 40 Pro joue au moins à armes égales.

Ultrawide : mode auto à gauche, nuit à droite © Pierre Crochart pour Clubic
Grand-angle : mode auto à gauche, nuit à droite © Pierre Crochart pour Clubic

En intérieur, d’abord, le smartphone n’a aucun mal à capter toute la lumière dont il a besoin pour exposer correctement. L’autofocus est davantage mis à l’épreuve, mais toutes les focales s’en tirent globalement très bien dans l’exercice.

Téléobjectif : mode auto à gauche, nuit à droite © Pierre Crochart pour Clubic

En extérieur, c’est davantage le grand-angle qui tire son épingle du jeu. L’ultrawide comme le téléobjectif n’ont pas les caractéristiques leur permettant d’exposer correctement sans occasionner l’apparition importante de bruit.

Ultrawide : mode auto à gauche, nuit à droite © Pierre Crochart pour Clubic
Grand-angle : mode auto à gauche, nuit à droite © Pierre Crochart pour Clubic

Le mode «cliché nocturne» n’est d’ailleurs pas systématiquement nécessaire pour obtenir un rendu parfait. En réalité, cela ne fait souvent que réajuster la balance des blancs. Les algorithmes de Huawei et l’excellente stabilisation optique dont est pourvu le capteur photo principal suffisent à le rendre très à l’aise une fois la nuit tombée.

Grand-angle : mode auto à gauche, mode nuit à droite © Pierre Crochart pour Clubic
Ultrawide, mode auto © Pierre Crochart pour Clubic
Grand-angle, mode auto © Pierre Crochart pour Clubic

Vidéo : monstrueux

Commençons pas dire que, sur le Mate 40 Pro, toutes les focales permettent de filmer jusqu’en 4K à 60 images par seconde. Une petite prouesse technique.

Bien entendu, on obtiendra les meilleurs résultats via l’objectif principal grand-angle. À notre humble avis, le rendu le plus satisfaisant est obtenu en 4K à 30 images par seconde. La gestion des couleurs, le contraste et surtout la stabilisation sont ici à leur plus haut niveau de qualité.

Si la stabilisation n’est pas tout à fait au même niveau qu’un Vivo X51 5G et son micro-gimbal intégré, Huawei offre un excellent couple OIS+EIS qui compense agréablement les mouvements de l’utilisateur — même en marche. Immobile, il m’est même arrivé d’avoir l’impression d’utiliser un trépied tant l’image est stable.

Huawei Mate 40 Pro : l’avis de Clubic

On se désole de constater qu’un appareil au hardware aussi costaud que le Mate 40 Pro soit à ce point gâché par un logiciel déroutant.

Bien sûr, de gros progrès ont été faits par Huawei pour raccrocher les wagons. Grâce à Petal Search, l’utilisateur non éclairé peut retrouver facilement la plupart des applications qu’il aime. Mais cela passe encore par des APK téléchargées sur des sites tiers dont la fiabilité n’est pas toujours avérée. Un petit côté «bidouille» (certes, moins prononcé qu’auparavant), qui n’a pas sa place à notre avis sur un smartphone vendu 1 200€.

À côté de ça, on l’a dit, le Mate 40 Pro s’illustre par une fiche technique rutilante, conjuguant comme personne autonomie et performances. Le dernier Huawei est aussi l’un des tout meilleurs photophones de l’année — si ce n’est le plus impressionnant.

Malheureusement, le segment du haut de gamme a un cahier des charges auquel on ne peut déroger. Ces seuls atouts ne suffisent pas à faire du Mate 40 Pro un excellent smartphone. Il lui manque le plus important : une expérience utilisateur simple, fonctionnelle, et sans friction.

Huawei Mate 40 Pro

8

Huawei progresse, c’est indéniable. Mais le chemin qu’il semble emprunter ne nous réjouit pas vraiment. Encore mal calibré pour le marché européen, l’interface du Mate 40 Pro nous rappelle à chaque instant que le constructeur n’est pas très à l’aise dans la conception d’une expérience utilisateur simple et fonctionnelle.

Et c’est dramatique ! Il ne manque que ça au Mate 40 Pro pour se hisser parmi les meilleurs appareils de l’année. Ultra performant, autonome comme personne, photographe accompli… Si vous lisez ces lignes et pensez que ce qui a été décrit au chapitre «Logiciel» de ce test ne vous importe pas : foncez, vous ne serez pas déçus.

Pour Monsieur ou Madame Toutlemonde, en revanche, il manque encore le liant essentiel qui viendrait unir le software et le hardware. Sans cela, un «smart» phone ne l’est plus tout à fait.

Les plus

  • Un produit luxueux
  • Écran formidable…
  • L’un des plus rapides du marché
  • De beaux progrès en audio
  • Une autonomie solide et une recharge ultra rapide
  • Le big boss de la photo et de la vidéo

Les moins

  • Une expérience Android incomplète et frustrante
  • … à la courbure plus gadget qu’autre chose

Design 9

Écran 10

Performances 10

Autonomie 9

Photographie 10

Logiciel 5

Test réalisé sur un smartphone prêté par le constructeur.

Modifié le 23/10/2020 à 13h28
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