Mission spatiale Hope : l’espoir martien des Émirats

Eric Bottlaender
Par Eric Bottlaender, Spécialiste espace.
Publié le 15 juillet 2020 à 10h37
La sonde Hope en préparation avant son départ pour le Japon, puis Mars. Crédits UAE Space Agency
La sonde Hope en préparation avant son départ pour le Japon, puis Mars. Crédits UAE Space Agency

Elle est la première des trois missions à quitter la Terre en 2020 pour se rendre autour de Mars. La mission Hope (ou Al-Amal) est aussi la première aventure interplanétaire des Émirats arabes unis.

Mais ça n'est pas qu'une question de prestige…

Une proposition inattendue mais solide

En juillet 2014, le président des Émirats arabes unis, sheikh Khalifa bin Zayed Al Nahyan, faisait une annonce inhabituelle : les EAU préparent une mission vers la planète Mars ! Sans passer inaperçue, cette communication ne fait pas les gros titres, car le pays du Golfe est loin d'être une grande puissance du domaine spatial. Pourtant, quelques mois plus tard, l'Inde réussit l'exploit de mettre son propre véhicule Mangalayaan (MOM) en orbite de la planète rouge. Les Émirats mettent sur pied une équipe importante pour s'occuper à la fois de cette ambitieuse mission, et d'une véritable structure officielle organisée autour de l'espace. En 2015, Dubaï créé le « Mohammed bin Rashid Space Centre » (ou MBRSC), qui va devenir un élément prépondérant de l'agence spatiale des EAU.

L'écusson de mission est sobre et sans chichis © UAE Space Agency
L'écusson de mission est sobre et sans chichis © UAE Space Agency

Les Émirats commencent à nouer des partenariats avec la plupart des grandes agences mondiales, dont le CNES, la NASA ou Roscosmos. Une évolution majeure, car ils n'avaient jusque-là de relations privilégiées qu'avec la Corée du Sud. L'agence passe bientôt un accord avec les Etats-Unis, lance une campagne de « naming » de la sonde et recrute de nouveaux talents.

La sonde Hope (ou al-Amal) devient progressivement une réalité. Surtout, les responsables du projet sont pragmatiques : l'agence n'a pas les compétences en interne pour créer une sonde martienne, mais c'est possible via des partenariats stratégiques, tout en s'assurant que ce sont bien les Émiratis qui sont à la barre. Pas question de se laisser « voler » le projet, quand la sonde sera en grande partie assemblée au Colorado. En 2016, les autorités sélectionnent l'entreprise japonaise MHI et son lanceur H2-A pour envoyer la sonde vers Mars. Le lancement est fixé pour 2020.

Anatomie d'une mission inédite

Hope a pour objectif de s'insérer en orbite martienne, environ 200 jours après son décollage fixé dans la soirée du 14 juillet. Une manœuvre qui requiert une grande précision de calcul et surtout un matériel doté d'une importante fiabilité : une seule erreur et la sonde ratera la planète rouge (c'est arrivé au Japon en 1998), ou pire, viendra s'y désintégrer (c'est arrivé aux Etats-Unis en… 1998 aussi). C'est, entre autres, pour cette raison que la sonde a été conçue et assemblée avec l'aide de laboratoires qui font des sondes planétaires depuis des décennies (Université de l'Arizona, de Californie à Berkeley et surtout du Colorado, à Boulder), elles ont un savoir-faire qui est unique au monde.

Lors d'un test de déploiement des panneaux solaires. Les équipes sont très attentives © UAE Space Agency

Son aspect extérieur n'est cependant pas révolutionnaire : un gros cube de 3 mètres de côté pesant 1,35 tonne lorsque ses réservoirs seront pleins avant le décollage, deux triples panneaux solaires, 12 petits propulseurs, de quoi s'orienter, une grande antenne de communication de 1,5 mètre de diamètre et 3 instruments scientifiques sur le « dessus ». Les Émirats ont finalement réuni une équipe de 200 personnes pour la mission, dont plus de 60 femmes (l'agence insiste régulièrement sur ses efforts d'ouverture à tous). Reste que l'idée n'était pas d'obtenir le véhicule le plus performant ou le plus original, mais bien d'avoir une sonde émiratie autour de Mars.

Prestige, science ou les deux ?

La mission Hope est en effet une mission qui vise à « inspirer et encourager », ce qui présenté autrement répond à un but de fierté nationale. L'un des objectifs officiels est d'ailleurs « d'envoyer un message d'optimisme à des millions de jeunes arabes », de montrer que la péninsule peut jouer un rôle important en contribuant aux avancées scientifiques, et que rien n'est impossible. La sonde arrivera en orbite en 2021, et ce n'est pas une année au hasard dans le calendrier émirati, puisque les autorités célèbreront en décembre le 50e anniversaire de l'indépendance des EAU. Hope en orbite, les cérémonies et en parallèle l'Exposition universelle à Dubaï, décalée d'un an à cause de la crise du COVID, ce pourrait être une fierté sans pareille pour l'ensemble de la région.

L'instrument EMUS est aussi précieux que n'importe quel autre capteur des autres missions interplanétaires... © UAE Space Agency

Reste que derrière la démonstration, la mission de Hope durera quand même au moins une année martienne (soit 2 ans terrestres), avec déjà l'espoir si tout se passe bien d'avoir une extension d'une année. En plus d'observer l'ensemble de Mars en haute définition grâce à la caméra EXI (Emirates eXploration Imager), dont le capteur couleur sera bien utile pour identifier glaces, déserts et nuages des célèbres tempêtes de sable, Hope possède une filiation avec la mission américaine MAVEN. Déjà par l'apport des équipes des différentes universités des Etats-Unis, mais aussi et surtout grâce aux deux instruments d'étude de l'atmosphère embarqués, le spectromètre infrarouge EMIRS et le spectromètre ultraviolet EMUS, qui contribueront à comprendre comment Mars « perd » son atmosphère au cours du temps. L'étude observera en particulier tous les effets saisonniers : variations de températures, composition de l'atmosphère, glace, évaporation, etc.

Quelques heures avant le départ…

Aujourd'hui, Hope est au centre spatial de Tanegashima au Japon, sous la coiffe de la fusée japonaise H-2A. La fin de la préparation s'est déroulée sans anicroche, malgré une frayeur au printemps, puisqu'il a fallu que les équipes émiraties et américaines se déplacent en avance et en nombre pour travailler sur place après une longue quarantaine, le tout en autonomie… Dans la nuit du 13 au 14 juillet, la fusée sera transférée sur son pas de tir, après quoi les réservoirs seront remplis d'ergols avant le compte à rebours final ! Le décollage (qui sera retransmis en direct) est prévu le 14 juillet à 22 h 51 (heure de Paris), avec tous les espoirs des Émirats, du golfe et du monde pour ce premier tir à destination de Mars en 2020.

Par Eric Bottlaender
Spécialiste espace

Je suis un "space writer" ! Ingénieur et spécialisé espace, j'écris et je partage ma passion de l'exploration spatiale depuis 2014 (articles, presse papier, CNES, bouquins). N'hésitez pas à me poser vos questions !

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Quand on veut faire une mission comme ça, il faut rassembler une équipe de scientifiques (géologue, climatologue…) pour analyser les résultats collectés sinon à quoi sert la sonde au final ? On sait si les EAU ont fait ça ou si ils décident de rendre publique les données obtenues en disant aux équipes du monde entier « allez y cherché » ? J’ai cru lire que plusieurs décennies après leurs passages, on étudiait encore les données des Voyager. Quelque part, ne faudrait il pas plutôt mettre les budgets dans la formation de personnel que dans des sondes ?

ebottlaender

Il faut les deux ! Mais évidemment il n’est pas nécessaire d’avoir une équipe de 500 personnes pour déchiffrer les données, une fois qu’elles sont sur Terre, on peut effectivement prendre le temps de les analyser et de se poser les bonnes questions (le temps de la recherche, il vaut parfois mieux qu’il ne soit pas trop contraint).
Ceci étant dit, les UAE (je ne sais plus si je l’ai écrit dans l’article) ont des partenariats avec 200 entités (universités, centres, labos de recherche) pour partager les données de leur sonde, en sachant que ça leur permet aussi de faire travailler leurs jeunes et de former des chercheurs émiratis sur ces questions.