Sur le Web | Une vidéo pour comprendre l’impact écologique du jeu vidéo

Pierre Crochart
Spécialiste smartphone & gaming
02 octobre 2019 à 11h01
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Ethics of Buying Games
© HeavyEyed

Le YouTubeur néo-zélandais HeavyEyed inaugure une nouvelle série de vidéos, dédiée à l'impact environnemental (mais pas seulement) de l'industrie vidéoludique.

Un sujet éminemment actuel, qui se voit ici traité par HeavyEyed sous le prisme de la pollution plastique liée à la production de jeux vidéo physiques. N'en déplaise aux collectionneurs : acheter des jeux en boîte ne fait pas du bien à la planète. Du. Tout.



Le cas Atari

HeavyEyed admet avoir eu l'idée de cette vidéo en se remémorant une drôle d'histoire. Suite à l'échec commercial de son jeu E.T. L'extraterrestre, Atari inhume en 1983 une grande partie de son stock de 4 millions de cartouches invendues dans un désert du Nouveau-Mexique afin de bénéficier d'allègements fiscaux.

Ce qui devient une légende urbaine au fil des ans n'est confirmé qu'en 2014, lorsqu'une expédition menée par le réalisateur Zak Penn met au jour une véritable décharge de cartouches Atari 2600 représentant le petit homme vert imaginé par Steven Spielberg.

Atari E.T
Atari a délibérément enfoui ses invendus du jeu E.T L'extraterrestre. © Taylor Hat Maker / Wikipedia

Malgré les trente années passées sous terre, les cartouches (et leur packaging) demeuraient intacts, et les jeux parfaitement fonctionnels. Cette anecdote, qui pouvait prêter à sourire il y a quelques années, s'observe au travers d'un prisme bien différent aujourd'hui. Oui, Atari a délibérément enterré ses invendus, et 30 années n'ont pas suffi à la planète pour s'en débarrasser.

Alors qu'advient-il des autres jeux physiques qui ne trouvent pas preneur ?


Les boîtes de jeu difficilement recyclables

Nous sommes nombreux à regretter les petits livrets papier que nous trouvions jadis dans les boîtes de jeux vidéo. Mais saviez-vous que leur disparition avait, pour chaque tonne de manuels produits, épargné 13 arbres, l'émission de près de 2 700 kg de CO2 et l'utilisation 68 000 litres d'eau ?

Un impact bénéfique pour l'environnement serait à prévoir si les jeux au format physique disparaissaient également. La raison ? Les boîtes de jeux vidéo sont produites dans un plastique connu sous le nom de polypropylène (le symbole PP 5), également très utilisé dans l'industrie agroalimentaire (pots de yaourt, barquettes alimentaires, etc.).

En 2010, plus de 2,67 milliards de kilos de polypropylène ont été produits, et moins d'un pour-cent du total a été recyclé après usage. En 2017, la demande en polypropylène pour les États-Unis uniquement dépassait les 450 millions de kilos.

Pourtant, le polypropylène est, sur le papier, facilement recyclable. Faisant partie de la famille des thermoplastiques, il peut être fondu et remodelé indéfiniment. Seulement, problème : les boîtes de jeux vidéo sont différentes selon les constructeurs en termes de densité de plastique, de couleur et de taille. Le processus de tri et de recyclage demande donc beaucoup plus de temps et d'effort... pour un produit qui, commercialement, ne vaut rien à la revente.

Certains éditeurs tentent pourtant de montrer l'exemple. Football Manager 2020 (édité par Sega), sera le premier jeu vidéo au monde à être « 100 % recyclable », a annoncé le directeur du studio Sports Interactive Miles Jacobson. Entièrement conçue à partir d'un carton recyclé, la pochette du jeu de gestion est aussi imprimée à partir d'huile végétale.


Le numérique est-il notre salut ?

On a compris : acheter des jeux en boîte c'est mal, et ça n'apporte au final pas grand-chose au-delà de l'aspect collection. Alors quoi, il faudrait se jeter à corps perdu sur les versions numériques des jeux ?

Ce n'est pas si simple, explique HeavyEyed. Si le numérique permet en effet de réduire drastiquement la pollution plastique causée par les boîtes de jeux, il repose sur des infrastructures ultra énergivores : les data centers. Infrastructures qui doivent aussi être rafraîchies, et qui consomment donc une quantité astronomique d'eau.

Data center
Les data centers qui permettent l'accès à des services de jeu à la demande ou de streaming sont de vraies usines à gaz.

Au mieux, on peut considérer que la consommation de jeux vidéo au format numérique est un pis-aller. Comparativement, l'impact environnemental (gravure des disques, transport, stockage, et recyclage rendus caducs) du numérique est « moins pire ». L'inconvénient étant que numérique et physique continuent de coexister, alourdissant d'autant plus la charge de la planète en matière de pollution.

Le vidéaste recommande malgré tout de privilégier les achats dématérialisés pour satisfaire à notre fibre écologique. Encore mieux ? Acheter de seconde main afin d'éviter la surproduction et de donner une deuxième vie à des jeux qui se destinent à finir à la poubelle. Ou enterrés six pieds sous terre au Nouveau-Mexique.

Source : YouTube
Modifié le 02/10/2019 à 14h03
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RaoulTropCool
Le pire c’est le streaming, c’est extrêmement énergivore et c’est un secteur qui croit en permanence.
marc6310
Le jeu en streaming est une aberration écologique j’espère que ce sera interdit a l’avenir avant que le phénomène ne devienne incontrôlable. Pour ce qui est du physique il suffit de distribuer les jeux dans des emballages soit a base de plastique recyclé soit entièrement recyclable (a ne pas confondre) en plastique ou un tout autre matériaux. Mais le streaming (surtout le streaming et de loin) ou le dématérialisé ne sont pas DU TOUT des solutions écologiques et durables ça a déjà été prouvé dans des études sérieuses.<br /> Le support physique bénéficiant du marché d’occasion n’impliquant pas de nouvelles pollutions supplémentaires ou drastiquement moindre cela permet d’avoir un impact bien plus réduit sur toute la durée de vie du support comparé au dématérialisé. Combiné a des matériaux plus respectueux de l’environnement il n’y aurait pas de comparaison face au deux autres manière de les consommer.
gwlegion
le dematerialisé sera toujours plus ecologique que les version physiques …ne serais-ce que concernant les polutions du au transport.<br /> Il en vas de meme concernant le streaming de jeux videos (je parle pas de contenu media comme la video ou la musique … bien qu’on doive pouvoir faire un parallèle)<br /> si tu as des etudes qui prouvent le contraire, je suis curieux de les lire.
Nmut
@RaoulTropCool et @marc6310<br /> En quoi est-ce une aberration et est-ce plus énergivore?<br /> Pour moi une infrastructure centralisée est plus efficace qu’une décentralisée, et encore plus si on prend en compte tout le cycle (conception et production du hardware, utilisation du matériel, destruction du matériel).<br /> Pour l’utilisation, le cout énergétique de l’infrastructure est un peu plus faible que l’ensemble des machines remplacées, les terminaux sont peu consommateurs, l’infrastructure réseau globale peu consommatrice rapportée à l’utilisateur donnant un résultat final plutôt en faveur du streaming…
marc6310
https://www.consoglobe.com/empreinte-ecologique-jeux-video-cg (source originale : The Journal of Industrial Ecology)<br /> si tu tappes les mots clés sur Google tu vas également trouver des tonnes d’analyses sur le sujet.
Feladan
C’est assez compliqué. Le démat est techniquement et logiquement moins polluant qu’un support physique en lui même.<br /> Par exemple, si tu avais ton serveur, chez toi, accessible uniquement par toi et que tu venais à télécharger ton jeu une fois, oui (j’exagère l’idée, c’est pour imager ). C’est nettement moins polluant que toute la chaîne, ça produit moins de déchet et j’en passe.<br /> La différence ensuite vient des plateformes de téléchargement, leurs politiques, leurs disponibilité, la BP allouée et j’en passe.<br /> Le problème c’est qu’un jeu démat aujourd’hui, doit être téléchargeable vite, par tout le monde en même temps, quelque soit l’heure ou la localisation géographique et en fonction des infrastructures des plateformes, peut être plus ou moins écologique.<br /> Notre logique actuelle est dans la consommation, par conséquent, tout est de moins en moins bridés, tout est dans l’efficient etc. Et rime rarement avec écologie !<br /> C’est pour ça que mis bout à bout, avec notre façon de consommer, quelque chose qui était plus écolo avant, l’est moins aujourd’hui. D’autant que les jeux pèsent de plus en plus lourd. Et la consommation lié à ça aussi : il n’est pas rare de DL plusieurs fois le même jeux, d’autant plus avec les vitesses de connexion qui accélèrent.<br /> Si les plateformes étaient plus nombreuses, plus éparses et avec un peu moins de disponibilité et des infras écologiques et la façon de consommer différente, la tendance s’inverserait par exemple.<br /> C’est d’ailleurs marqué dans l’étude<br /> En effet, l’étude indique que les résultats pourraient être différents en fonction du fonctionnement des serveurs , de la version des consoles ou PC , de la vitesse de transfert ou encore du rendement des stations de téléchargement .<br /> Ainsi, l’écart pourrait se trouver réduit mais pas forcément en faveur du téléchargement.<br /> Et c’est également pour ça que l’étude estime une limite d’environ 1.3Go (ça j’en sais rien) à partir de laquelle c’est plus polluant en démat.<br /> Et effectivement comme il le dit, le jeu en streaming est encore pire, et de loin, aux calculs centralisés tu ajoutes des tas de centaines de GO de transfert…
Blap
Ta source ne parle aucunement du streaming et oublie des parametres en desavantage au physique.<br /> Il faudrait surtout des etudes qui poussent la recherche jusqu’au bout : solutions p2p, suppression des appareils a la maison (via streaming), solutions plus lentes ou avec un systeme d’attente.<br /> Ca m’etonnerait que ce soit plus polluant que ce qu’on a aujourd’hui mais encore faut-il faire les calculs et en etre capable.
crowfix
C’est quoi le problème avec les boîtes des jeux ?<br /> On s’en fout que ce soit du plastique non recyclable et que les boîtes soient spécifiques à chaque machine.<br /> Pour un invendu, je veux bien que le disque du jeu en lui même pose problème, et encore on peut le garder pour le ressortir dans une gamme budget, mais le boîtier étant spécifique à la machine et non au jeu, rien n’empêche de le récupérer pour un autre titre.<br /> Quand à savoir s’ils le font ou s’ils détruisent tout, c’est autre chose mais en tout cas rien n’empêche de le faire
gwlegion
Ca m’amuse toujours quand on fais des equivalent carbonne sur des systemes electriques …<br /> en france, avec l’energie nucleaire (qui a ses defauts aussi, mais c’est pas le propos), le carbonne par KW est extremement bas …<br /> du coup, on peut mettre en doute leur resultat.<br /> pour ce genre de calcul, il s’appuient sur une moyenne mondiale du cout carbonne de l’electricité … prenant en compte des pays moins bien lotis, qui continuent de produire de l’electricité avec des vieux fourneaux a charbon … qui eux polluent massivement.<br /> pays qui en general n’hebergent pas de data center … a cause d’une electricité pas assez fiable et d’un reseau trop faible.<br /> Bref, on melange les carrotes et les patates dans ce calcul.<br /> De plus, on ne peut pas conciderer le telechargement comme ils le font a cause d’un simple mot : mutualisation .<br /> un serveur peut allouer sa bande passante et sa puissance de calcul la ou c’est necessaire. Fesant en sorte que la puissance necessaire pour un serveur mutualisé soit moindre que le cumul de plusieurs serveur marchant independament.<br /> Sans le detail precis de leur calcul, je ne peux pas leur preter plus de credit que ca …<br /> Il en vas de meme pour le streaming … c’est tout elecrique dont la pollution depends de la facon de produire de l’electricité …<br /> l’equivalent carbonne du KW/h change en fonction des pays …
Nmut
Il me semble qu’ils parlent du recyclage. C’est un problème d’avoir plein de formats, de matières et de couleurs différents.
MattS32
“pays qui en general n’hebergent pas de data center … a cause d’une electricité pas assez fiable et d’un reseau trop faible.”<br /> Parmi les pays dont l’électricité a une forte charge CO2 (au moins 3-4 fois plus qu’en France), il y en a un paquet qui hébergent de très gros datacenter. Notamment USA, Japon, Chine, Allemagne, Royaume-Uni, Irlande, Pays-Bas… Hé oui, l’électricité avec du charbon, c’est pas réservé aux pays pauvres… Les USA produisent près de 70% de leur électricité avec des combustibles fossiles, le charbon à lui seule représentant plus de 30%. En Allemagne, près de 60% de fossile dont plus de 40% de charbon. En Chine, c’est plus de 70% de fossile, et pas loin de 70% de charbon.
gwlegion
merci … des faits que j’ignorais.<br /> j’ai quand meme quelques doutes :<br /> japon … l’un des pays les plus nuclearisé au monde ?<br /> royaume uni ? tres nuclearisé aussi …<br /> pour USA, c’est ettonant, mais soit … j’accepte les chiffres. pour la chine et l’allemagne aussi …<br /> tu peux citer des sources pour le japon et l’angleterre ?
MattS32
Voilà une source pour le Japon : https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2018/07/13/le-mix-energetique-du-japon-situation-actuelle-et-perspectives-2018<br /> Historiquement, le Japon utilisait le nucléaire pour couvrir environ un tiers de sa production électrique (avec à peu près autant de réacteurs que la France, mais une production tout de même plus faible, et surtout, une consommation d’électricité deux fois plus élevée, qui fait que la part du nucléaire était plus faible… c’est pareil pour les USA d’ailleurs, dans l’absolu, leur production nucléaire est supérieure à celle de la France, mais en proportion de la production globale du pays, c’est beaucoup plus faible… la France est de trèèèèès loin le pays le plus dépendant du nucléaire dans sa production électrique, plus de 70%, sachant qu’il n’y a que deux autres pays qui dépassent 50%, la Belgique et la Slovaquie).<br /> Mais après Fukushima, ils ont progressivement arrêté toutes les centrales nucléaires. Le creux a été atteint en 2014, quand plus aucun réacteur japonnais n’était en service. Depuis, ils en ont redémarré une petite dizaine, moins de 20% de leur parc et quelques autres ont obtenu l’autorisation de redémarrer mais sont encore à l’arrêt. Du coup, le nucléaire, c’est devenu une part négligeable dans le mix énergétique japonnais (1% du mix global, 2% du mix électrique), et il ne reviendra jamais au niveau d’avant (l’arrêt est définitif pour près de la moitié du parc).<br /> Et voilà pour le RU : https://fr.wikipedia.org/wiki/Énergie_au_Royaume-Uni#Secteur_électrique<br /> 21% de nucléaire (une quinzaine de réacteurs, quasiment 4 fois moins qu’en France), 56% d’énergies fossiles (principalement des turbines à gaz modernes à très haut rendement).
gwlegion
C’est interessant d’avoir quelqu’un qui maitrise son sujet …<br /> Je suis tres etonné de ces chiffre (je les conteste pas … c’est ma propre ignorance qui m’etonne :p)<br /> Du coup, je comprends mieux les calculs …<br /> Et pour moi, a court terme il n’y a qu’une solution : le nucleaire.<br /> Je dis pas que c’est une solution d’avenir … les dechets nucleaire etant une plaie, s’en sortir serait une bonne chose.<br /> mais pour moi, a court terme, si on souhaite réelement diminuer la pollution atmospherique, je ne vois pas d’autre solutions.
MattS32
Yep, assez d’accord. C’est une mauvaise solution, mais dans l’immédiat c’est la “moins pire”.
gwlegion
du coup, en continuant sur cette lancée, je crois que je vais changer d’avis sur la voiture electrique …<br /> je la concidere toujours plus polluante que la thermique, mais au moins la pollution est solide … donc “maitrisable”…<br /> mais bon, faudrais quand meme qu’ils arrettent de nous jouer de la flutte avec la voiture electrique “non polluante” … c’est juste un mensonge
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