Du QWERTY à l'AZERTY, histoire des claviers populaires mais mal aimés

25 janvier 2016 à 11h41
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Docteur QWERTY et Mister AZERTY

Quoi qu'il en soit, le clavier QWERTY imaginé par Sholes et transformé en succès commercial par Remington a, par la suite, donné naissance à des variantes, dont l'AZERTY. Les premières apparitions du clavier AZERTY sur des machines à écrire datent de la fin du XIXe siècle, mais, fait étonnant, il semble aujourd'hui être impossible de savoir avec exactitude qui en est à l'origine.

Par défaut, cette configuration, réorganisation du QWERTY également dotée de caractères accentués, est rapidement adoptée par les utilisateurs de machines à écrire. Pour autant, elle est vite décriée par certains érudits qui la considèrent comme peu commode. En 1907, les vingt experts qui composent la commission Albert Navarre mettent sur pied une nouvelle norme, le ZHJAY. Mais cette dernière arrive déjà trop tard : popularisé par les vendeurs de machines à écrire, l'AZERTY est désormais ancré dans les mœurs, et la sauce ZHJAY ne prendra jamais.

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Une Remington N°7, datant de la fin du XIXe siècle.

Des tentatives outre-Atlantique

L'AZERTY s'est donc imposé par défaut à l'origine, pour devenir un standard de fait. Une situation similaire à celle des Etats-Unis, où des alternatives au QWERTY ont tenté de percer : le DHIATENSOR de Blickensderfer, configuré de manière à limiter les déplacements des doigts entre les touches, était d'ailleurs la source d'inspiration du ZHJAY. Il fut présent sur différents modèles de machines mais ne fut pas démocratisé.

L'une des alternatives au QWERTY les plus connues est celle du professeur August Dvorak. Ce dernier a passé dix années à concevoir un clavier censé être plus ergonomique et intuitif. Son organisation se base sur l'analyse fréquentielle des caractères trouvés dans un corpus de textes en anglais, et positionne les touches les plus fréquemment utilisées sur la rangée de repos, située au milieu du clavier.

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La proposition d'August Dvorak

La proposition de Dvorak disposait d'arguments solides, et de sa configuration initiale en QWERTY a même découlé des inspirations dans d'autres langues bien des années plus tard. Malgré tout, les habitudes étant tenaces, la disposition Dvorak n'a jamais été popularisée. Certains analystes s'appuient même sur cet échec pour relativiser l'inefficacité du QWERTY : « La prédominance du clavier de machine à écrire QWERTY sur un concurrent réputé supérieur, le clavier inventé par August Dvorak, est devenu un exemple classique d'échec de marché en matière de choix d'une norme efficiente. En s'appuyant sur un examen attentif des données historiques, économiques et ergonomiques, on s'aperçoit que cet exemple ne résiste pas à l'analyse : la supériorité du Dvorak est un mythe, et la persistance de l'emploi du QWERTY n'a rien d'inefficient » expliquent notamment les universitaires américains S.J. Liebowitz et Stephen E. Margolis. Une réflexion que l'on pourrait résumer de la sorte : compte tenu des contraintes qui seraient liées au changement d'habitudes, le clavier QWERTY n'est finalement pas si mal.

Que ce soit aux Etats-Unis, en France, ou ailleurs, l'imposition de ces standards résulte principalement de la démarche commerciale des fabricants de machine à écrire : Remington Arms a rencontré un très grand succès avec ses machines en QWERTY, et n'a jamais compris l'intérêt de changer une recette gagnante. Ses concurrents n'ont fait que lui emboîter le pas. Un schéma similaire a été reproduit, en France, avec l'AZERTY.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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