La Section technique de l’armée de Terre poursuit l’évaluation de l’EBMZ, un impressionnant bulldozer téléopéré de 45 tonnes conçu pour ouvrir un passage dans un champ de mines. Développé en 19 mois, il est destiné aux sapeurs du génie.

L’EBMZ, un bulldozer Caterpillar D7 blindé équipé d’une charrue de bréchage, en essai avec l’armée de Terre. © Antoine Siffroi / STAT /Défense
L’EBMZ, un bulldozer Caterpillar D7 blindé équipé d’une charrue de bréchage, en essai avec l’armée de Terre. © Antoine Siffroi / STAT /Défense

L'armée de Terre a désormais à sa disposition un nouveau bulldozer téléopéré pour franchir les champs de mines. Baptisé EBMZ, pour engin de bréchage mécanique de zone, il a été développé et livré en à peine 19 mois, un délai très court pour un programme d'armement, et ses évaluations se poursuivent avec les régiments du génie. Construit sur un Caterpillar D7 blindé, il se pilote à distance pendant le bréchage, c'est-à-dire l'ouverture d'un passage à travers les mines.

EBMZ, le bulldozer de l'armée de Terre qui laboure les mines, cabine vide

Comme le détaille la Section technique de l'armée de Terre (STAT), qui présente l'engin, ce bréchage est confié à une charrue montée à l'avant du D7. Elle plonge dans le sol, soulève la terre et pousse sur les côtés les mines qui s'y cachent. Derrière elle se dessine alors un couloir sécurisé, au sein duquel les troupes peuvent progresser. On peut régler sa profondeur selon la dureté du terrain et la façon dont les mines antichars ont été enfouies. Au passage, la puissance de l'engin lui permet d'écarter la végétation basse et les jeunes arbres.

La téléopération a été l'un des gros casse-tête du projet. Il faut savoir que pendant le bréchage, personne ne reste dans la cabine. Le bulldozer est piloté à distance, depuis une zone de sécurité. L'opérateur prend alors place dans un véhicule blindé garé à proximité, équipé d'un poste de télécommande transportable. Pour éviter de perdre le contrôle de l'engin, les ordres circulent par deux liaisons, l'une par radio, l'autre par fibre optique, c'est le fameux principe de la redondance, où une liaison peut prendre le relais de l'autre.

Un militaire guide l’EBMZ lors d’une manœuvre de chargement sur sa remorque. © Antoine Siffroi / STAT /Défense
Un militaire guide l’EBMZ lors d’une manœuvre de chargement sur sa remorque. © Antoine Siffroi / STAT /Défense

Pour ce système, l'armée a d'ailleurs choisi une solution française spécialisée dans le pilotage à distance des engins de chantier. Son objectif est ici de ne pas dépendre d'un fournisseur étranger, et d'obtenir plus vite une aide technique en cas de besoin.

Un bulldozer modulable qui sait aussi voyager

Ouvrir des brèches dans les champs de mines n'est pas la seule mission prévue pour l'EBMZ, que ses concepteurs ont voulu polyvalent. Lors de ses autres phases d'emploi, sa cabine n'a plus à rester vide. Deux personnes peuvent y prendre place, protégées par un habitacle entièrement blindé et équipé de caméras haute résolution.

Surtout, l'EBMZ réunit plusieurs équipements sur un même engin, un peu comme un tracteur dont on change l'outil. La charrue se retire, et le D7 peut alors servir à aménager le terrain pour les troupes ou à les appuyer lors de combats en ville. Le système comprend enfin des équipements pour déplacer les mines et baliser le couloir ouvert, afin que ceux qui suivent sachent précisément par où passer.

L’EBMZ et sa charrue chargés sur la remorque extra-surbaissée qui permet de le transporter sur route comme sur chemin. © Antoine Siffroi / STAT /Défense

Faire voyager 45 tonnes, c'était l'autre grand défi. L'EBMZ voyage pour cela sur une remorque extra-surbaissée, dont le plateau est très proche du sol, et déboîtable, c'est-à-dire que son avant se détache pour laisser l'engin monter à bord. Elle roule aussi bien sur route que sur chemin, permet de déployer l'EBMZ à l'échelle européenne et a été pensée pour être utilisée facilement avec la charrue. Après 19 mois de développement, place aux essais donc. Ils réunissent le groupement MOB-AGESTER (mobilité et agencement de l'espace terrestre) de la STAT, qui évalue les nouveaux matériels, la Direction générale de l'armement (DGA), qui pilote les programmes d'armement, et la SIMMT, chargée de leur entretien. Ensemble, ils poursuivent les expérimentations et comptent sur les retours d'expérience des régiments du génie, autrement dit les remarques des sapeurs qui prennent l'engin en main, pour le faire évoluer pas à pas. Le post de la STAT mentionne le 13e et le 19e régiment du génie, ainsi que la Brigade du génie.