Depuis plus d'un an, l'armée de Terre a déployé 18 pôles exploratoires pilotés par le Laboratoire du combat futur, avec l'objectif de réinventer le combat futur, en misant sur les drones, l'intelligence artificielle et les initiatives venues du terrain.

L'armée de Terre a changé sa méthode, l'innovation militaire ne se décide plus uniquement à Paris, mais directement sur le terrain, au sein des régiments. Avec des conflits qui s'intensifient et une révolution numérique qui bouscule les usages jusque sur le champ de bataille, l'armée de Terre a voulu miser sur l'intelligence collective de ses régiments. Elle a lancé, depuis juillet 2025, la création d'un réseau de 18 pôles exploratoires, pilotés par le Laboratoire du combat futur (LCF), qui carbure aux idées venues du terrain plutôt qu'aux notes de synthèse. Le colonel Philippe Bignon, adjoint du laboratoire du combat futur, a fait un point complet sur cette démarche, lors d'un point presse au ministère des Armées, jeudi.
18 pôles qui redessinent l'avenir du combat pour l'armée de Terre
Du côté du ministère des Armées, on a pris conscience qu'à Paris, l'état-major ne peut plus tout prévoir ni tout décider seul, tant les menaces et les technologies évoluent vite. C'est ce qu'a expliqué le colonel Philippe Bignon, adjoint du Laboratoire du combat futur, dans son point presse hier. Sa solution est d'aller chercher les bonnes idées là où elles se trouvent vraiment, c'est-à-dire directement dans les régiments, auprès des soldats qui connaissent le terrain mieux que quiconque.
Sur place, le maillage a pris vie. 13 pôles exploratoires ont vu le jour dès juillet 2025, avant d'être complétés au fil de l'année pour atteindre les 18 recensés aujourd'hui. Chacun est rattaché à une brigade ou à un commandement divisionnaire, c'est-à-dire une unité militaire déjà existante sur le terrain, qui sert de point d'ancrage local à l'innovation. Deux implantations sortent du lot, avec un pôle en Guyane, où les Forces armées sont confrontées aux spécificités du combat en milieu amazonien, et un autre coanimé avec des partenaires belges, dédié au combat urbain. On reste dans cette logique de faire coller chaque pôle aux réalités du terrain qu'il couvre.
Sur le fond, chaque pôle reçoit une feuille de route, un sujet précis à creuser (drones, robotique, combat urbain...), réajustée régulièrement selon les résultats obtenus. Un premier point d'étape a d'ailleurs été fait cet été. Mais avoir de bonnes idées ne suffit pas si elles restent bloquées dans les circuits administratifs habituels, souvent longs dans l'armée. C'est pourquoi une enveloppe de 2,6 millions d'euros (un budget que certains jugeront trop timide) a été mise de côté spécifiquement pour ces pôles, afin qu'ils puissent tester leurs idées rapidement, sans attendre les validations classiques. Un pari qui mise autant sur la rapidité d'exécution que sur l'intelligence collective du terrain.
Drones, IA et robotique, le trio gagnant du combat futur
Mais l'argent ne fait pas tout : encore faut-il savoir qui compose vraiment ces pôles dans lesquels on n'enchaîne pas forcément les réunions entre militaires. Ils fonctionnent comme de véritables réseaux locaux, où se croisent plusieurs mondes. D'un côté, vous avez les grands groupes historiques de l'armement, habitués à travailler avec la défense depuis des décennies ; de l'autre, on retrouve des jeunes entreprises innovantes venues d'univers comme le numérique ou la robotique civile. S'y ajoutent des chercheurs et des établissements d'enseignement supérieur. La Direction générale de l'armement (DGA), elle, apporte son expertise technique via des centres spécialisés, notamment dans la lutte antidrone. L'objectif de tout ce petit monde, c'est de se parler vite, directement, sans intermédiaires ni lenteurs administratives, pour que les besoins des soldats, à leur contact, remontent jusqu'aux innovateurs le plus rapidement possible.
Parmi tous ces sujets, le thème qui s'impose face aux autres, c'est celui des drones, à la fois comme arme à utiliser et comme menace à contrer. Deux unités sont d'ailleurs très impliquées, la 11e brigade parachutiste et la 27e brigade d'infanterie de montagne. Avant de choisir un équipement ou une technologie, les équipes étudient d'abord précisément comment la menace se comporte sur le terrain. De cette analyse découlent ensuite deux types de réponses complémentaires : de nouvelles façons d'organiser les unités au combat, et de nouveaux outils tactiques concrets, comme des drones capables d'en intercepter d'autres. L'intelligence artificielle et la robotique complètent la réflexion, pour anticiper les prochaines évolutions du combat.
Pour faciliter les choses et faire émerger les opportunités, il y a une certaine proximité entre les soldats et les ingénieurs. On peut citer l'exemple de l'Institut Saint-Louis, un centre de recherche franco-allemand spécialisé dans l'armement, et des étudiants de l'école d'ingénieurs ENSTA Bretagne, qui planchent déjà sur de vrais problèmes techniques soumis directement par les pôles. Un an après le lancement, l'heure est donc au premier bilan, il est jugé positif. Le colonel Bignon assure que « la démarche de rupture a été validée par les faits », un succès qui intrigue même plusieurs armées étrangères, intéressées par cette façon de décentraliser l'innovation. Dans le calendrier, deux dates permettront de vérifier tout cela physiquement. Rendez-vous pour la journée de l'innovation, organisée le 9 septembre à Besançon par la 7e brigade blindée pour préparer la brigade de combat de 2030, puis l'exercice Convergence 2027, prévu en mars à Mailly, où ces innovations seront testées en conditions réelles, comme lors d'un vrai combat.
Participer à la discussion
Partagez votre avis avec la communauté Clubic.