Le ministre des Armées a décidé d'ouvrir les portes de sa Cyber Defense Factory, une plateforme qui propose un accès privilégié à des données militaires aux meilleurs candidats, et une expertise opérationnelle pour tester des solutions de cybersécurité.

Voilà une initiative intéressante du ministère des Armées, que cette Cyber Defense Factory. La plateforme, portée par l'Agence Innovation Défense et le Commandement de la cyberdéfense, nichée près de Rennes, ouvre ses candidatures aux acteurs de l'innovation cyber, apprend-on ce vendredi 6 février. Les start-up, ETI et laboratoires du secteur peuvent désormais prétendre à un accompagnement militaire inédit pour muscler leurs solutions face aux cybermenaces.
Les start-up cyber rencontreront les opérationnels du terrain, pour le meilleur, et rien que le meilleur
Plus précisément basée à Cesson-Sévigné, en périphérie rennaise, la factory ne ressemble à aucun incubateur classique. Contrairement aux incubateurs classiques, elle offre quelque chose de rare, à savoir des jeux de données réels issus de capteurs du ministère des Armées. Pour développer un antivirus efficace, il faut étudier de vrais virus. Ici, les start-up accèdent enfin aux traces réelles des cyberattaques que subissent les armées.
Côté équipement, pas de chichis. Comptez sur un espace de 44 m² avec huit postes de travail, un grand écran et le nécessaire pour collaborer. Les start-up sélectionnées devront venir avec leurs propres machines et assumer leurs frais de route. Le message du ministère est clair : ce qui compte ici, c'est l'accès aux experts et aux données, pas les canapés design. Ou autrement dit, on comprend bien que la factory mise sur l'accompagnement stratégique plutôt que sur la logistique.
Le véritable or noir ici, ce sont les expertises et les échanges. Ce sont les avis pointus d'experts en cyberdéfense, l'intelligence artificielle ou le traitement automatique du langage, et les discussions avec des opérationnels de terrain qui utilisent quotidiennement des outils cyber, qui permettront aux candidats sélectionnés de mettre au point le meilleur projet possible. En somme, l'humain. Plus question de créer un super outil que personne ne saura utiliser sous pression. On conçoit pour le terrain.

Un processus de sélection qui ne badine pas avec l'excellence
Si l'on se penche sur le calendrier, comment tout cela va fonctionner ? Les projets sélectionnés ne pourront pas dépasser la durée maximale de six mois, période durant laquelle il faudra avoir obtenu des résultats tangibles, pour bénéficier d'une extension jusqu'à douze mois.
Le cahier des charges est d'ailleurs on ne peut plus clair. Le ministère ne cherche pas des améliorations cosmétiques d'outils existants. Parmi les critères de sélection, il veut des innovations qui résolvent de vrais problèmes techniques, avec des bénéfices mesurables (gagner du temps, améliorer les performances ou renforcer la fiabilité). Dans le détail, il évoque par exemple le « caractère innovant par rapport à l’état de l’art et/ou l’état du marché » ou les « verrous technologiques levés par le projet ».
Attention, innover c'est bien, mais pouvoir vendre, c'est mieux. Le ministère veut des projets qui ne finiront pas dans un tiroir. Concrètement, il faudra que le porteur d'un projet montre qu'après les six mois passés à la factory, la technologie peut être fabriquée en série et commercialisée. Le ministère promet d'être méticuleux et de refuser de parrainer des idées brillantes qui ne dépasseront jamais le stade expérimental.
Et bonne nouvelle pour les entrepreneurs, la factory ne compte en aucun cas revendiquer de « droit de propriété intellectuelle pour les innovations issues du projet hébergé ». L'invention restera celle du créateur. La seule exigence sera que le prototype devra être « impérativement mis à disposition des services de l'État pour évaluation ». L'armée pourra le tester, mais le créateur demeurera propriétaire. Reste la condition sine qua non, qui est d'être de nationalité française pour déposer et travailler sur ces projets stratégiques