Arianespace a fixé au 23 novembre, au plus tôt, le dixième vol d’Ariane 6. Depuis Kourou, le lanceur européen emportera de nouveau 36 satellites Amazon Leo dans sa version la plus puissante, celle à quatre boosters.

L’écusson de la mission VA271/LE-04, qui verra Ariane 6 emporter 36 satellites Amazon Leo vers l’orbite basse, le 23 novembre au plus tôt. © Arianespace
L’écusson de la mission VA271/LE-04, qui verra Ariane 6 emporter 36 satellites Amazon Leo vers l’orbite basse, le 23 novembre au plus tôt. © Arianespace

Le dixième vol d'Ariane 6 est proche, puisqu'Arianespace enverra 36 satellites Amazon Leo en orbite basse le 23 novembre 2026 au plus tôt, depuis Kourou, comme l'entreprise vient de l'annoncer, ce mercredi 14 octobre. La fusée y endossera sa tenue la plus musclée, avec quatre boosters P160C, ou autrement dit en configuration « Ariane 64 ». L'annonce tombe quelques semaines à peine après une rallonge de commande signée par le géant américain, qui semble avoir pris goût aux décollages guyanais, et surtout au savoir-faire franco-européen.

Ariane 64 ressort ses quatre boosters pour Amazon Leo

Baptisée VA271 par Arianespace et LE-04 (pour Leo Europe 04) par Amazon, la mission à venir mobilisera la version la plus puissante d'Ariane 6. Ariane 64, qui tire effectivement son nom de ses quatre propulseurs d'appoint, contre deux pour sa petite sœur Ariane 62, en sera à son quatrième vol, tous effectués en 2026. Sur l'écusson de la mission, la fusée pose aux côtés d'un toucan, clin d'œil à la Guyane, et d'une jeune femme assise, son ordinateur portable sur les genoux.

Mais les fameux boosters ne sont plus tout à fait ceux du début d'année. En juin, Ariane 64 avait étrenné les P160C, des propulseurs à propergol solide (un mélange de carburant et de comburant coulé en un bloc solide), plus puissants que les P120C d'origine. Ils n'en seront qu'à leur deuxième vol en novembre. C'est d'ailleurs grâce à eux que la coiffe avait pu accueillir 36 satellites au lieu de 32 lors du précédent tir pour Amazon, avec à la clé un record de masse pour la famille Ariane.

Une fois la fusée lancée, il faudra environ deux heures et quatre minutes entre le décollage et la séparation du dernier satellite en orbite basse, l'étage supérieur se chargeant de distribuer toute la cargaison. À Kourou, la campagne de lancement est déjà en cours. Les équipes intègrent actuellement les différents éléments du lanceur et installent les satellites sur leur dispenseur, la structure qui les maintient pendant le vol. L'horaire de lancement précis ne sera d'ailleurs connu qu'à l'approche du jour J, quand la fenêtre de tir sera arrêtée.

La fusée Ariane 6, en configuration 64 (4 boosters), sur son pas de tir. © Alexandre Boero / Clubic
La fusée Ariane 6, en configuration 64 (4 boosters), sur son pas de tir. © Alexandre Boero / Clubic

Amazon Leo, le client qui fait tourner la cadence d'Ariane 6

Ce nouveau lancement est important pour Amazon Leo, le réseau d'Internet par satellite du géant américain, d'abord connu sous le nom de Project Kuiper. Ses satellites circulent en orbite basse, à quelques centaines de kilomètres de la Terre seulement. Cette proximité raccourcit le trajet du signal, donc le temps de réponse de la connexion, mais chaque satellite ne couvre alors qu'une petite zone, d'où la nécessité d'en déployer des milliers. VA271 sera la quatrième mission d'Ariane 6 à leur service cette année, après celles de février, d'avril et de juin. Si vous faites le compte, 32 satellites, puis 32, puis 36, et bientôt 36 de plus, soit 136 envoyés en orbite par Arianespace. C'est environ un satellite Amazon Leo sur trois déjà mis en orbite. La constellation en comptera plusieurs milliers, pour apporter un Internet rapide aux régions mal desservies par les réseaux classiques, face à un certain Starlink.

Le partenariat entre Amazon et Arianespace a pris de l'épaisseur le mois dernier. Amazon a ajouté six lancements sur Ariane 64 à sa commande, qui atteint désormais 24 missions, contre 18 à l'origine. De quoi remplir le carnet de vol d'Arianespace pour un bon moment, et lui offrir une belle vitrine. Si Ariane 6 encaisse la cadence d'une mégaconstellation américaine, elle pourra servir les futures constellations européennes, comme l'espère l'entreprise.

Ce dixième décollage permet aussi de mesurer le chemin parcouru depuis un vol inaugural un peu chahuté, en juillet 2024. Depuis, Ariane 6 a alterné missions institutionnelles et commerciales, vers des orbites bien différentes. Elle a lancé le satellite CSO-3 pour la défense française, puis Metop-SGA1, Sentinel-1D et MTG-I2 pour la météo et l'observation de la Terre, ainsi que plusieurs satellites Galileo pour la navigation. Pour Arianespace, ce sera le 363e lancement de son histoire et le cinquième de 2026, signe que la cadence s'installe enfin.