Amazon vient de passer un cap décisif dans sa course à l’Internet par satellite : l’entreprise s’apprête à lancer son service commercial dès cette année. De quoi faire trembler le leader incontesté, Starlink.

Ce jeudi 2 juillet, une fusée Atlas V de United Launch Alliance a décollé depuis Cap Canaveral, en Floride, avec 29 nouveaux satellites Leo à son bord. Cette mise en orbite réussie porte la constellation d’Amazon à plus de 390 satellites opérationnels sur 7 700 visés. Un seuil malgré tout symbolique, puisqu’il permet désormais d’assurer une couverture continue sur les premières latitudes visées.
« Il reste encore beaucoup à faire, notamment mettre tous ces nouveaux satellites en orbite à l’altitude qui leur a été attribuée, mais nous avons effectué suffisamment de lancements pour assurer le service initial cette année, et les missions à venir ne feront qu’étendre la couverture et augmenter la capacité », s’est félicité Chris Weber, vice-président du produit chez Amazon Leo.
Des débuts difficiles
Le chemin a pourtant été semé d’embûches pour le géant de l’e-commerce. En mai dernier, la fusée New Glenn de Blue Origin, qui doit assurer une bonne partie des lancements, a explosé sur son pas de tir lors d’un essai statique, détruisant au passage la tour de lancement. De son côté, le lanceur Vulcan de United Launch Alliance, censé prendre le relais pour les prochaines missions Leo, est cloué au sol depuis février à cause d’un problème de séparation de son moteur à propergol solide.
Une double mauvaise nouvelle d’autant plus embêtante que les deux fusées partagent le même moteur, le BE-4, conçu par Blue Origin. De quoi faire planer le doute sur un possible lien entre les deux incidents, même si les ingénieurs travaillent encore à en identifier l’origine exacte.
Dans ce contexte compliqué, ce sont finalement Atlas V et l’européenne Ariane 6 qui auront porté le programme Leo à bout de bras. Après avoir mis en orbite 224 satellites au total, la fusée de ULA referme d’ailleurs ce chapitre : c’était son dernier vol pour Amazon.

La compétition peut commencer
Amazon assure être en mesure de tenir son calendrier. Une nouvelle installation d’intégration verticale a été construite spécialement pour accueillir les prochaines missions Vulcan et surtout, elle prévoit un lancement commercial d’Amazon Leo dès la fin de l’année. Elle viendra directement marcher sur les plates-bandes de Starlink.
Bien entendu, le rapport de force reste, pour l’instant, largement à l’avantage de SpaceX, qui compte plus de 10 millions d’abonnés dans le monde. Mais Amazon dispose de réels atouts, à l’instar de sa logistique mondiale, rodée depuis des années pour livrer des colis jusque chez les particuliers, qui pourrait faire toute la différence pour distribuer les terminaux Leo à grande échelle. L’entreprise peut aussi coupler son offre avec Amazon Web Services (AWS) et l’abonnement Prime, pour construire des forfaits groupés difficiles à concurrencer.
Signe que la menace est prise au sérieux : SpaceX a déjà adapté de stratégie. Le service, autrefois pensé comme haut de gamme, casse désormais ses prix pour capter un maximum de clients avant l’arrivée de Leo.