La fusée lourde New Glenn, développée par Blue Origin, la société spatiale de Jeff Bezos, a explosé dans la nuit du jeudi 28 mai 2026 sur sa rampe de lancement de Cap Canaveral, en Floride. L’incident, survenu lors d’un test de mise à feu statique, a détruit le lanceur et endommagé gravement le complexe LC-36. Blue Origin n’a annoncé aucun blessé.

New Glenn n’avait décollé que trois fois depuis son premier vol en janvier 2025. Dans la nuit de jeudi, vers 21 heures heure locale, les équipes ont mis le feu aux sept moteurs BE-4 du premier étage dans le cadre d’un « hotfire test », une procédure habituelle destinée à valider la fusée avant un lancement. À la place du bref allumage attendu, une boule de feu gigantesque a ravagé l’ensemble du lanceur, puis toute la structure du complexe. Blue Origin a confirmé « une anomalie lors du test de mise à feu » sans préciser la cause. Sur son compte X.com, Jeff Bezos a annoncé que l’entreprise reconstruirait ce qui devait l’être.
La mission annulée, NG-4, devait placer 48 satellites en orbite pour Amazon Leo, le réseau internet par satellite qu’Amazon construit en concurrence directe avec Starlink d’Elon Musk. Les satellites n’étaient pas à bord au moment de l’explosion.
Une rampe unique, un goulot d’étranglement total
Blue Origin ne dispose d’aucune rampe de substitution pour New Glenn. LC-36 est la seule installation capable de lancer la fusée lourde, et Blue Origin devra d’abord la remettre en état avant de reprendre les vols. En septembre 2016, lorsqu’une explosion avait détruit un Falcon 9 de SpaceX sur le complexe SLC-40 à quelques kilomètres au nord, SpaceX avait pu reprendre les vols depuis Vandenberg puis depuis la rampe 39A de Kennedy Space Center, avant de retourner sur SLC-40 en décembre 2017. Blue Origin ne bénéficie d’aucun équivalent.
La tour de protection contre la foudre du complexe s’est effondrée, et les bâtiments environnants du LC-36 ont subi des dommages étendus. L’enquête sur les causes de l’accident, conduite sous la supervision de la FAA, de la Space Force et d’autres autorités, prendra probablement moins de temps que les réparations du complexe. Par ailleurs, NG-4 marquait le retour aux vols après un gel réglementaire. La FAA avait levé ses restrictions le 25 mai, après avoir approuvé le rapport de Blue Origin sur l’anomalie du vol NG-3 d’avril dernier, durant lequel un moteur du deuxième étage avait insuffisamment poussé et laissé un satellite d’AST SpaceMobile dans une orbite inutilisable.
Amazon Leo perd sa fusée la plus capacitaire
Au-delà de la destruction du lanceur, l’explosion frappe Amazon Leo à un moment où la constellation n’a pas atteint le seuil des 1 618 satellites exigé par la FCC alors qu’Amazon a déjà demandé une extension de délai. NG-4 devait inaugurer la première des 24 missions que New Glenn doit effectuer pour Amazon Leo.
Cette explosion ne perturbe pas les calendriers de SpaceX, Arianespace et ULA, les trois autres prestataires déjà actifs pour Amazon Leo. Mais avec New Glenn au sol, Amazon Leo perd par vol 16 satellites supplémentaires par rapport à Ariane 64, son lanceur le plus capacitaire encore en service.
La NASA, de son côté, attend New Glenn pour plusieurs missions liées au programme Artemis. Jared Isaacman, administrateur de la NASA, a indiqué sur X qu’une enquête approfondie allait s’ouvrir et que des informations sur les impacts éventuels pour les programmes Artemis et Moon Base seraient communiquées dès que disponibles.
La NASA a confié à Blue Origin un contrat de 188 millions de dollars pour acheminer deux rovers lunaires grâce à l’atterrisseur Blue Moon Mark 1, avec une option supplémentaire de 280,4 millions de dollars.
Source : Space