Le coup dur pour Blue Origin. La Federal Aviation Administration (FAA), régulateur de l'aviation civile outre-Atlantique, lance une enquête sur le lancement en demi-teinte de New Glenn ce dimanche 19 avril. Elle ne pourra plus voler jusqu'à ce que lumière soit faite sur l'incident.

C'était une mission attendue en grande pompe après le succès retentissant de la grande fusée en novembre dernier. Car elle doit jouer un rôle crucial dans les prochaines étapes de la conquête spatiale : le lancement cette année de l'atterrisseur lunaire d'essai Blue Moon, puis une mission de démonstration, dès l'année prochaine, dans le cadre de la mission Artemis III. Mais le calendrier de Blue Origin pourrait finalement être bousculé.
New Glenn a loupé l'orbite nominale
Il y a quelques jours, New Glenn devait placer en orbite le satellite de communication BlueBird 7 pour le compte de l'entreprise texane AST SpaceMobile. Si son premier étage, réutilisé pour la première fois, a joué son rôle à la perfection avant de venir se poser sans encombre sur une barge au milieu de l'Atlanique, son second étage, lui, a échoué.
Deux heures après le décollage, Blue Origin a indiqué que le satellite avait été déployé sur « une orbite non nominale ». AST SpaceMobile a annoncé, dans la foulée, qu'il serait désorbité car positionné bien trop bas, ses propulseurs de bord n'étant pas capables de corriger une telle déviation. « Les premières données indiquent que, lors de notre deuxième mise à feu du GS2 (Ndlr : l'étage supérieur de New Glenn), l'un des moteurs BE-3U n'a pas produit une poussée suffisante pour atteindre l'orbite prévue », a précisé Dave Limp, P.-D.G de Blue Origin, dès le lendemain.
De quoi faire intervenir la FAA : « La FAA exige que Blue Origin mène une enquête sur l'incident. La FAA supervisera l'enquête menée par Blue Origin, participera à chaque étape du processus et approuvera le rapport final de Blue Origin, y compris les mesures correctives éventuelles 7 », déclare l'agence. La fusée sera clouée au sol pendant l'ensemble du processus.

Des failles dans la stratégie de Blue Origin
Cette situation est d'autant plus pénalisante pour Blue Origin que l'entreprise a toujours revendiqué une philosophie radicalement différente de celle de SpaceX. Là où Elon Musk a bâti sa réputation en cassant des fusées à répétition pour mieux les perfectionner, Jeff Bezos a imposé une culture de la lenteur maîtrisée. Une approche prudente, méthodique, censée produire des résultats plus fiables quand vient l'heure de voler. Jusqu'ici, cette stratégie portait ses fruits.
Cela fragilise aussi ses contrats avec l'US Space Force, la certification du Pentagone exigeant quatre vols orbitaux réussis. Pire encore, la fusée Vulcan de United Launch Alliance est elle aussi clouée au sol depuis février. C'est donc Falcon 9 de SpaceX assure l'essentiel des missions de sécurité nationale, une situation de quasi-monopole que Washington cherche précisément à éviter.
À noter, tout de même, que dans l'industrie spatiale, les débuts difficiles sont légion, et New Glenn n'en était qu'à son troisième vol. « Je ne doute pas un instant que l'équipe de Blue Origin retournera bientôt sur la rampe de lancement et reprendra ses vols : surmonter les revers ne fait que nous rapprocher de la réalisation de ce qui semble presque impossible » réagit Jared Isaacman, administrateur de la NASA.