Il s’agit, littéralement, d’un succès en demi-teinte. Ce dimanche 19 avril, Blue Origin a réussi à récupérer le booster de la fusée New Glenn mais le second étage, lui, a échoué dans sa mission.

C’était un vol très attendu. Car dès son premier lancement, la fusée haute de 98 mètres, comme le Space Launch System (SLS), a atteint l’orbite. Lors du second, son premier étage est venu se poser sans encombre pour être récupéré, une prouesse uniquement maîtrisée par SpaceX. Cette troisième mission devait marquer une nouvelle ère, avec la réutilisation de ce booster, équipé de nouveaux boosters BE-4.
Sous la coiffe de New Glenn, se trouvait BlueBird 7, un satellite de communication appartenant à la société texane AST SpaceMobile, conçu pour connecter directement les smartphones au réseau satellitaire. Un mastodonte de 6 tonnes équipé d’une antenne de 223 mètres carrés.
La charge utile est perdue
Le décollage a eu lieu à 13h25, heure de Paris, soit quelques minutes de retard sur le créneau initial. Le premier étage, propulsé par un mélange de méthane liquide et d’oxygène liquide, s’est séparé environ 3 minutes et demie après le décollage. Il est ensuite venu se poser en douceur sur la barge Jacklyn dans l’Atlantique, moins de dix minutes après le lancement. Un succès retentissant pour Blue Origin.
Mais la fête a rapidement été gâchée. Car l’entreprise est restée longtemps muette concernant la mission de son second étage, censé déployer BlueBird 7 en orbite environ 1 heure 15 après le décollage. Les nouvelles sont finalement tombées au bout de deux heures : « Nous avons confirmé la séparation de la charge utile. AST SpaceMobile a confirmé que le satellite s’est mis sous tension. La charge utile a été placée sur une orbite non nominale ». Concrètement, le satellite n’a pas été placé sur la bonne orbite.
Dans la foulée, AST a expliqué que son engin s’était allumé, mais que l’orbite atteinte était bien trop basse pour lui permettre de fonctionner, ses propulseurs de bord n’étant pas capables de corriger une telle déviation. BlueBird 7 sera donc désorbité. La société a précisé que le coût du satellite devrait être couvert par son assurance.
Lourd de conséquences
Il n’est pas rare de voir de telles mésaventures se produire avec de jeunes fusées. En 2012, la désormais très fiable Falcon 9 avait elle aussi raté l’orbite visée lors de son quatrième lancement, plaçant un satellite dans une trajectoire inutilisable. Une enquête l’avait ensuite clouée au sol pendant plusieurs mois.
Le timing est critique pour Blue Origin. Car New Glenn doit non seulement compléter d’importants lancements pour le compte d’Amazon Leo, déjà ralenti par les soucis de la fusée Vulcan, elle doit surtout jouer un rôle majeur dans la suite du programme Artemis de la NASA. Elle est censée lancer le prototype Blue Moon Mark 1, un alunisseur commercial non habité, d’ici à la fin de l’été 2026.
De même, New Glenn doit participer à la mission Artemis III, qui consistera en des manœuvres d’amarrage en orbite terrestre, dès l’année prochaine. Des échéances qui pourraient être compromises si l’enquête sur cet incident s’étire dans le temps.