La NASA passe à la vitesse supérieure. Ce mardi 26 mai, l’agence spatiale américaine a dévoilé un plan détaillé pour poser les fondations de sa future base lunaire, avant d’y envoyer ses premiers astronautes en 2028. Ça devient concret.

Depuis l’arrivée de Jared Isaacman à sa tête, la NASA a profondément revu sa copie face à une Chine qui accélère sur ses propres ambitions lunaires. L’administrateur a ainsi taillé dans le programme Artemis pour le rendre plus agile : refonte du Space Launch System (SLS), repositionnement d’Artemis III en mission de démonstration en orbite terrestre, et premier alunissage habité repoussé à Artemis IV en 2028.
L’idée est, à terme, d’installer une présence humaine (et américaine) durable sur notre satellite, de plusieurs centaines de kilomètres carrés au pôle Sud. Un chantier colossal, découpé en trois phases s’étalant jusqu’en 2032 et au-delà. Et qui va commencer dès cette année.
Trois missions robotiques en 2026
Car la NASA a annoncé trois missions robotiques pour cette seule année 2026, les premières d’une douzaine qui seront dévoilées dans les prochains mois. Chacune comporte un objectif différent et complémentaire, visant à réduire les risques pour les astronautes d’Artemis IV.
La première, Moon Base I, est ciblée pour l’automne 2026. Et ce n’est autre que Blue Moon Mark 1, le premier alunisseur de Blue Origin, qui se rendra sur la Lune. À son bord, deux instruments scientifiques : une caméra stéréo pour étudier comment les propulseurs interagissent avec la surface lunaire, et un réseau de rétroréflecteurs laser pour aider les engins en orbite à se localiser avec précision. Il ira atterrir là même où l'équipage d'Artemis IV posera le pied.
Moon Base II suivra plus tard dans l’année, avec l’atterrisseur Griffin d’Astrobotic. Il transportera plus de 500 kilos de cargo, dont le rover FLIP d’Astrolab. Objectif : tester en conditions réelles les systèmes de mobilité qui prépareront les futurs rovers habités.
Enfin, Moon Base III doit elle aussi voler avant la fin de 2026. C’est le Nova-C Trinity d’Intuitive Machines qui s’envolera en direction de la Lune avec pour but d’étudier les tourbillons lunaires, ces mystérieuses taches claires à la surface de l’astre. Une mission à dimension internationale, avec des charges utiles de l’Agence spatiale européenne (ESA) et de l’institut coréen KASI à bord.

Des rovers prévus pour l’arrivée des astronautes
Les astronautes auront bien entendu besoin de véhicules sur place pour explorer la Lune. La NASA a donc tranché, deux entreprises américaines construiront les premiers rovers habités de la base lunaire. Astrolab reçoit ainsi 219 millions de dollars pour son CLV-1, conçu pour transporter les astronautes et leurs fournitures. Lunar Outpost, elle, empoche 220 millions pour son Pegasus, plus léger, capable de rouler en mode manuel, autonome ou téléguidé depuis la Terre, à plus de 14 km/h. Les deux engins affichent une portée de 200 kilomètres.
L’objectif est d’avoir au moins un rover sur la surface lunaire avant qu’Artemis IV ne touche le sol fin 2028. Pour les y acheminer, la NASA a confié la mission à Blue Origin à travers un contrat de 234 millions de dollars par livraison. Les deux constructeurs disposent donc de 18 mois pour finaliser leurs designs, conduire des évaluations avec des équipages et qualifier leurs engins pour le vol.
Des drones pour cartographier la surface
L’autre grande annonce dévoilée lors de la conférence se prénomme MoonFall. La NASA a confirmé que Firefly Aerospace construira un vaisseau chargé de transporter une flotte de trois à quatre drones vers le pôle Sud lunaire, pour un lancement ciblé en 2028.
Ces engins d’environ 1 mètre de haut, développés par le Jet Propulsion Laboratory (JLP), effectueront des bonds successifs à la surface pour cartographier en haute résolution des zones inaccessibles aux rovers. L’enjeu : passer d’une précision d’imagerie d’1 mètre à 1 centimètre, afin d’identifier les sites d’atterrissage d’Artemis IV, repérer des poches de glace d’eau et caractériser la mécanique du sol lunaire.
Une fois leur mission de vol terminée, ces drones pourraient être déployés aux quatre coins du périmètre de la future base, servant à la fois de balises de navigation et, potentiellement, de premières tours cellulaires lunaires. De quoi poser les bases d’une zone de non-interférence comme le prévoient les Accords Artemis ? C’est fort possible. La géopolitique ne se cantonne plus à la Terre.