Un an après sa première mission historique sur la Lune, Firefly Aerospace se prépare pour une nouvelle épopée. Et cette fois, elle change de dimension et vise la face cachée de notre satellite.

Rendu 3D de l'atterrisseur lunaire de Firefly Aerospace. ©Firefly Aerospace
Rendu 3D de l'atterrisseur lunaire de Firefly Aerospace. ©Firefly Aerospace

Avec Blue Ghost, l’entreprise texane est devenue la première société privée à parvenir à se poser sur la Lune. Si Intuitive Machines s’y est également rendue à deux reprises, son atterrisseur, tombé sur le côté, n’a jamais pu mener à bien ses objectifs. Alors que la NASA accélère ses efforts dans le cadre du programme Artemis, Firefly en dit plus sur sa seconde mission, prévue dès la fin de cette année.

Nouvelle architecture

Et ce devrait être, comme lors du premier vol, une fusée Falcon 9 de SpaceX qui se chargera d’acheminer le vaisseau en direction de la Lune. Et pour atteindre la face cachée, Firefly mise sur une configuration en « duo » : l’atterrisseur Blue Ghost voyagera empilé sur un véhicule orbital nommé Elytra. Après l’avoir largué vers sa destination finale, il devrait rester en orbite lunaire pendant plusieurs années.

Ce déploiement stratégique permettra de maintenir un lien de communication constant avec la Terre, une nécessité absolue puisque le site d’atterrissage choisi, le bassin de Schrödinger, est perpétuellement masqué de notre vue. Un choix qui n’est pas anodin : c’est l’un des sites les plus jeunes et les mieux préservés de la Lune.

Blue Ghost embarquera plusieurs instruments clés. LuSEE-Night, un radiotélescope de la NASA, tentera de capter des ondes inédites datant des âges sombres de l’Univers, avant l’apparition des premières étoiles. Le vaisseau transportera aussi le satellite européen Lunar Pathfinder, ainsi que le sismomètre australien SPIDER.

L'ombre de Blue Ghost, posé sur la Lune. ©Firefly Aerospace
L'ombre de Blue Ghost, posé sur la Lune. ©Firefly Aerospace

Préparer le terrain pour l’arrivée des humains

Cette mission s’inscrira dans le cadre du Commercial Lunar Payload Services (CLPS) de la NASA, qui fait appel à des acteurs privés pour transporter des instruments scientifiques et des technologies de pointe sur la surface lunaire. Objectif : multiplier les points d’accès à la Lune à moindre coût, tout en préparant le terrain pour une présence humaine durable.

Car c’est l’un des points de la stratégie étayée par le nouvel administrateur, Jared Isaacman : la première étape de la base lunaire du programme Artemis sera réalisée par des appareils robotisés, capables d’explorer des zones inaccessibles à l’être humain. D’ailleurs, Firefly Aerospace prévoit deux missions lunaires supplémentaires après Blue Ghost 2. Reste à voir si elle saura respecter les délais serrés fixés par l’agence spatiale américaine.

Foire aux questionsContenu généré par l’IA
Pourquoi a-t-on besoin d’un relais en orbite lunaire pour communiquer avec un atterrisseur sur la face cachée ?

La face cachée de la Lune n’a jamais de visibilité directe sur la Terre, donc une liaison radio « directe » est impossible une fois l’atterrisseur posé. La solution consiste à placer un véhicule en orbite lunaire qui joue le rôle de relais, en recevant les données du sol puis en les renvoyant vers la Terre. Cette architecture réduit aussi les coupures de communication liées au relief et aux contraintes d’orientation des antennes. Elle impose en contrepartie une gestion plus complexe des fenêtres de transmission, des fréquences et de l’énergie disponible côté relais et côté atterrisseur.

Qu’est-ce qu’une architecture « duo » atterrisseur + véhicule orbital, et à quoi sert-elle ?

Une architecture « duo » sépare les fonctions : un atterrisseur optimisé pour la descente et les opérations de surface, et un orbiteur optimisé pour les communications et parfois l’observation. L’orbiteur peut larguer l’atterrisseur puis rester en orbite plusieurs années, ce qui prolonge les capacités de relais au-delà d’une mission unique. Cette séparation facilite aussi l’emport d’instruments différents, voire de petits satellites, sans surcharger le module de surface. En pratique, cela exige une navigation et une synchronisation précises au moment de la séparation, ainsi qu’une bonne maîtrise des orbites lunaires pour garantir la couverture radio.

À quoi sert le programme CLPS de la NASA, et en quoi change-t-il l’accès à la Lune ?

Le Commercial Lunar Payload Services (CLPS) est un dispositif d’achat de services : la NASA paie des entreprises pour livrer des instruments et démonstrateurs technologiques sur la Lune, plutôt que de développer elle-même chaque mission de bout en bout. Le modèle vise à multiplier les tentatives, à réduire les coûts unitaires et à accélérer le calendrier en s’appuyant sur le secteur privé. CLPS accepte un niveau de risque plus élevé qu’une mission scientifique classique, ce qui peut entraîner des échecs partiels mais permet d’itérer plus vite. Ces livraisons servent aussi à valider des briques utiles à Artemis (capteurs, navigation, opérations robotisées) avant une présence humaine plus durable.