Blue Origin monte en puissance, et elle ne s’en cache plus. La fusée géante de Jeff Bezos, New Glenn, lancera bientôt ses premiers satellites Amazon en orbite, tissant un peu plus les fils d’un empire spatial et commercial hors norme.

Portrait de Jeff Bezos. ©FotoField / Shutterstock
Portrait de Jeff Bezos. ©FotoField / Shutterstock

Si deux premiers vols de New Glenn depuis son inauguration en janvier 2025 ont été couronnés de succès, le troisième a subi une anomalie de poussée au moment de sa seconde combustion. Sa charge utile, le satellite BlueBird 7 d’AST SpaceMobile, a ainsi été placée sur une orbite trop basse pour être récupérable. De quoi pousser les autorités américaines à clouer le lanceur au sol et lancer une enquête.

Blue Origin a finalement identifié la cause de cette défaillance, et a reçu, le 22 mai, le feu vert pour reprendre les vols. Et la prochaine mission, NG-4, aura une saveur bien particulière.

Bezos aux manettes

New Glenn transportera en effet 48 satellites pour Amazon Leo, le projet d’Internet haut débit du géant américain, qui ambitionne de déployer plus de 3 200 satellites pour offrir une couverture mondiale. Une constellation conçue pour concurrencer directement Starlink, le réseau de SpaceX qui domine aujourd’hui le marché. Leo est, à ce jour, la seule initiative capable de rivaliser sérieusement.

Et pour tenir une cadence de lancements soutenue, le géant de l’e-commerce mise sur plusieurs lanceurs : Ariane 6, Atlas V, Vulcan ou encore le Falcon 9 de la grande concurrente. Mais avec NG-4, c’est la fusée de l’autre entreprise de Jeff Bezos qui entre en piste.

En utilisant New Glenn pour lancer ses propres satellites, Bezos reproduit le modèle qui fait la force d’Elon Musk, SpaceX maîtrisant aussi bien l’opération que les lancements de Starlink. Un écosystème parfaitement intégré, où chaque bras de l’empire nourrit l’autre.

New Glenn, haute de 98 mètres, sur son pas de tir. ©Blue Origin
New Glenn, haute de 98 mètres, sur son pas de tir. ©Blue Origin

Blue Origin change d’échelle

Et le milliardaire ne compte pas s’arrêter là. Ce n’est pas pour rien s’il a récemment annoncé l’abandon de New Shepard, son emblématique fusée de tourisme spatial, pour concentrer toutes ses ressources sur des ambitions autrement plus grandes. Ces derniers mois, il n’a pas hésité à tacler publiquement Elon Musk, insinuant que Blue Origin devancerait SpaceX.

Il n’avait pas tort. Blue Moon, l’alunisseur de l’entreprise, vient d’être retenu par la NASA pour une première mission vers la Lune dès cette année. Objectif : poser deux instruments scientifiques sur le pôle Sud, là même où les astronautes d’Artemis IV poseront le pied en 2028.

Dans ce contexte, Blue Origin va drastiquement agrandir son campus en Floride, avec une nouvelle installation à hauteur de 600 millions de dollars. Un investissement massif qui dit tout sur l’échelle des projets à venir.