Alors que les États-Unis accélèrent pour conquérir la Lune avant la Chine, deux des hommes les plus riches du monde s'affrontent afin que leur entreprise soit au cœur de cette initiative. Et ils ne se font aucun cadeau.

Dans un revirement stratégique inattendu, Elon Musk a fait savoir que SpaceX n'avait plus pour priorité Mars, mais la Lune. Selon lui, notre satellite est plus adapté pour y bâtir une « ville autonome d'ici à 10 ans », afin de préparer ensuite des voyages plus lointains. De quoi faire réagir Jeff Bezos. Car le cofondateur de Blue Origin, lui, n'a toujours eu d'yeux que pour la Lune.
La constance face à la fougue
Dans la foulée des déclarations d'Elon Musk, il a partagé une photographie de prime abord énigmatique sur X.com : une tortue, tout en prenant soin d'identifier Blue Origin sur la publication.
Pas l'ombre d'un doute. Bezos fait référence à la fable de Jean de La Fontaine, Le Lièvre et la Tortue. Il identifie clairement son entreprise à l'animal supposément lent mais définitivement résolu, qui parviendra à ses fins par la constance, la méthode et l'endurance. De facto, SpaceX est comparée au lièvre, rapide et sûr de sa supériorité, mais potentiellement trop confiant, au risque de se brûler les ailes à force de foncer tête baissée.
Car l'approche des deux géants est diamétralement opposée. Chez SpaceX, on construit vite, on échoue et on recommence jusqu'à ce que ça marche. Blue Origin, elle, avance plus lentement, en secret et avec une rigueur académique pour que le premier essai soit le bon. Ce n'est pas pour rien si l'entreprise est parvenue à récupérer le deuxième étage de New Glenn au bout du second lancement. Une prouesse.

La guerre des alunisseurs
Les deux sociétés sont impliquées dans le programme Artemis de la NASA. Le Starship de SpaceX doit poser des astronautes sur la Lune lors des premières missions habitées à la surface du satellite, puis Blue Origin prendra le relais ensuite avec son alunisseur Blue Moon.
Mais rien n'est écrit dans le marbre, et la NASA perd patience. L'agence spatiale américaine a mis la pression sur SpaceX, qui a pris du retard dans le développement de sa mégafusée. En parallèle, Blue Origin a accéléré son programme lunaire, mettant même en suspension ses efforts dans le tourisme spatial pour justement y infuser toute son énergie. La situation est telle qu'il n'est plus exclu, selon les experts, de voir l'entreprise de Jeff Bezos poser des humains sur la Lune avant SpaceX.
De son côté, Elon Musk la joue étonnamment fair-play : « Ils pourraient réussir à poser quelque chose sur la Lune avant SpaceX, et cela ne me dérange pas. Je serai l'un des premiers à les féliciter », a-t-il réagi. Mais il estime, malgré tout, que son entreprise sera gagnante sur le long terme : « Ce qui importe vraiment pour l'avenir, c'est d'être capable d'acheminer des millions de tonnes d'équipements et de personnes afin de construire une ville autonome sur la Lune. À cet égard, nous sommes peut-être davantage la tortue que le lièvre pour l'instant ».
Qui l'emportera ? Le compte à rebours est lancé.
Source : X.com / Elon Musk