La fusée Ariane 6 décolle ce jeudi 27 août depuis Kourou pour sa première mission vers l'orbite géostationnaire. Le lanceur européen doit y placer le satellite météo MTG-I2, dédié à l'Europe et l'Afrique du Nord.

Le satellite MTG-I2 en préparation au Centre spatial guyanais, avant son encapsulation sous la coiffe d'Ariane 6, qui doit décoller jeudi. © ESA/CNES/Arianespace
Le satellite MTG-I2 en préparation au Centre spatial guyanais, avant son encapsulation sous la coiffe d'Ariane 6, qui doit décoller jeudi. © ESA/CNES/Arianespace

C'est depuis le Centre spatial guyanais de Kourou que la mission VA270 doit décoller ce jeudi 27 août, avec à son bord MTG-I2, un satellite météorologique dernier cri chargé de surveiller l'Europe et l'Afrique du Nord. Pour l'occasion, Ariane 6 renoue avec sa configuration légère à deux boosters et s'apprête à voler plus loin que jamais, vers l'orbite géostationnaire, une première absolue pour le lanceur européen. Ce sera aussi le 362e lancement de l'histoire d'Arianespace, et le quatrième de l'année pour le lanceur. On vous dit tout sur les horaires, les caractéristiques du lanceur et la mission de ce satellite pas comme les autres.

À quelle heure suivre le décollage d'Ariane 6 pour une mission historique ?

Que vous soyez simplement curieux(se) ou amateur(trice) des fusées Ariane, si vous comptez lever le nez vers le ciel guyanais ou juste suivre l'événement depuis votre canapé en Métropole, notez bien l'horaire. Le décollage est programmé entre 22h10 et 00h40, heure de Paris, dans la nuit de jeudi à vendredi. Sur place, à Kourou, la fenêtre de tir s'ouvre évidemment plus tôt dans la soirée, entre 17h10 et 19h40, heure locale de Guyane.

Cette fenêtre de deux heures et demie laisse une marge assez confortable aux équipes d'Arianespace pour composer avec un éventuel report technique ou météorologique, sans bouleverser tout le planning. Pour l'heure, la météo annonce un ciel totalement dégagé sur Kourou demain soir. Quoi qu'il en soit, une fois le feu vert donné, le vol en lui-même ne durera qu'une grosse demi-heure, puisque la séparation du satellite interviendra 36 minutes après le décollage. La veille du grand jour, ce mercredi, les équipes boucle d'ailleurs la traditionnelle revue d'aptitude au lancement, dernier grand jalon avant le compte à rebours final.

Comme à chaque grand rendez-vous spatial européen, la retransmission sera assurée gratuitement en direct par Arianespace sur son site et sa chaîne YouTube, via l'émission « Road to Space ». De quoi suivre en léger différé, montre en main, chaque étape du vol jusqu'à la libération du satellite dans l'espace.

Des techniciens d'Arianespace appliquent le logo de la mission VA270 sur la coiffe d'Ariane 6, avant le lancement du satellite MTG-I2 prévu ce jeudi 27 août depuis Kourou. © Arianespace
Des techniciens d'Arianespace appliquent le logo de la mission VA270 sur la coiffe d'Ariane 6, avant le lancement du satellite MTG-I2 prévu ce jeudi 27 août depuis Kourou. © Arianespace

Ariane 6, le colosse européen sous toutes les coutures

Pour cette mission, c'est la version Ariane 62 qui entre en scène, la plus légère des deux déclinaisons du lanceur. Ariane 6 existe en deux versions selon la charge à transporter : une très imposante, à quatre boosters (dite Ariane 64), pour les charges lourdes ; et une plus légère, à deux boosters seulement, largement suffisante pour emmener MTG-I2 vers son orbite. Ces boosters, appelés P120C, fonctionnent au propergol solide, une sorte de carburant compact qui brûle rapidement pour donner un coup de fouet au décollage. Au total, l'engin pèse environ 500 tonnes sur le pas de tir, pour une poussée cumulée de 8 000 kN au moment de quitter le sol guyanais, nécessaire pour arracher cette masse imposante à l'attraction terrestre. Son étage principal, celui qui reste allumé le plus longtemps, culmine à lui seul à 32 mètres de hauteur. En son cœur, le moteur Vulcain 2.1 développe 1 370 kN de poussée à lui seul, tandis que chacun des deux boosters apporte encore 3 700 kN supplémentaires, le temps de propulser la fusée hors de l'atmosphère avant de se détacher.

Depuis son vol inaugural en juillet 2024, marqué par quelques anomalies de jeunesse, Ariane 6 a fait ses preuves avec quatre missions commerciales réussies en 2025, puis un rythme soutenu en 2026 avec pas moins de trois lancements précédents, tous dédiés à la constellation Amazon Leo, dont l'entrée en service spectaculaire de la version à quatre boosters en février dernier, dont nous parlions.

Cette mission VA270 marquera le neuvième vol du lanceur et son sixième en configuration Ariane 62. La fusée se délestera de ses éléments au fur et à mesure de son ascension, chacun devenu inutile une fois sa mission remplie. Dès l'allumage du moteur Vulcain 2.1, les deux boosters d'appoint entreront en action pour donner la poussée initiale, avant de se détacher après un peu plus de deux minutes de vol. Viendra ensuite le tour de la coiffe. Une fois l'atmosphère franchie, elle n'aura plus lieu d'être et se séparera à son tour. Pour cette mission, Ariane 6 utilise la version courte de la coiffe, haute de 14 mètres. Sa grande sœur, réservée à la version à quatre boosters, culmine à 20 mètres. L'étage principal, après avoir consommé tout son carburant, se détachera ensuite peu après, laissant la main à l'étage supérieur Vinci, qui prendra alors le relais pour achever le trajet et larguer le satellite à son tour, une fois la bonne orbite atteinte.

MTG-I2, le gardien météo de l'Europe

Mais que transporte donc Ariane 6 cette fois-ci ? On y trouve un satellite de 3,8 tonnes, MTG-I2, issu d'un partenariat entre l'Agence spatiale européenne (qui a supervisé sa conception) et Eumetsat, l'organisation européenne chargée d'exploiter les satellites météo une fois en orbite. Sa fabrication, elle, a été confiée à un consortium industriel emmené par le français Thales Alenia Space, épaulé par l'Allemand OHB System et l'Italien Leonardo. Il se dirigera vers l'orbite géostationnaire, à environ 36 000 kilomètres d'altitude, un emplacement particulier où le satellite tourne à la même vitesse que la Terre et reste ainsi fixe au-dessus d'un même point du globe. Pour y parvenir, MTG-I2 ne filera pas directement vers sa position finale. Ariane 6 le déposera d'abord sur une orbite de transfert, une trajectoire elliptique qui l'amènera jusqu'à 35 600 kilomètres de la Terre à son point le plus haut, avant que le satellite ne rejoigne par ses propres moyens son poste définitif.

Concrètement, cet observatoire du ciel aura pour mission de prendre une photo complète de l'Europe toutes les deux minutes et demie, un rythme qui permettra de voir un orage se former et de gagner en intensité presque en temps réel, plutôt que de le découvrir une fois déjà bien installé. MTG-I2 embarque deux instruments complémentaires. Le premier, son imageur de foudre, scrutera en permanence le ciel pour repérer chaque éclair, qu'il frappe entre deux nuages ou qu'il touche le sol, un indicateur précieux pour anticiper les orages violents avant même que la pluie ne tombe. Le second, baptisé imageur combiné flexible, capturera quant à lui des images plus classiques du ciel et des nuages, utiles aussi bien pour affiner les prévisions météo du quotidien que pour suivre l'évolution du climat sur le temps long.

Notons qu'une fois en poste, MTG-I2 formera un tandem avec son jumeau MTG-I1, déjà en orbite depuis 2022. Cela offrira une couverture plus large et plus fiable de l'Europe et de l'Afrique du Nord, avec un satellite de secours en cas de panne de l'autre. Pour l'anecdote, ce nouveau venu deviendra le 16e satellite Eumetsat lancé par Arianespace depuis le début de leur collaboration. Et question longévité, MTG-I2 est garanti pour fonctionner au moins 8 à 9 ans, mais ses réservoirs de carburant, calculés au plus juste, pourraient bien lui permettre de tenir jusqu'à 11 ans en orbite. De quoi promettre, pour un bon moment, des prévisions plus précises et des alertes plus rapides face aux tempêtes qui menacent le continent.