L'Europe, via l'Agence spatiale européenne (ESA), vient tout juste de laisser, pour une fois, la NASA dans le rétroviseur. Son nouveau mastodonte baptisé MTG-S1 (pour Meteosat Third Generation - Sounder 1), embarque une technologie d'interférométrie si avancée qu'il permet de sonder notre atmosphère en 3D. Il est le premier satellite au monde à pouvoir poser un diagnostic termodynamique complet de notre hémisphère.

Il y a des domaines où l'ESA brille bien plus que son homologue américaine (programme Copernicus ou mission Gaia, par exemple), on ne va donc pas se priver de faire preuve d'un peu de chauvinisme quand c'est mérité. MTG-S1 est le nouveau fleuron d’un programme titanesque entamé il y a plus de dix ans pour renouveler la flotte Meteosat. Lancé en juillet 2025 depuis le centre spatial Kennedy en Floride (ironiquement sur le terrain de la NASA), MTG-S1 a désormais atteint sa position opérationnelle à 35 400 km d'altitude.
Digne représentant des satellites Météosat de Troisième Génération (MTG), il a été développé en partenariat avec OHB System AG, Thales Alenia Space et Airbus Defence and Space. Il embarque avec lui le dernier cri de la technologie européenne pour la surveillance du climat.
Si l'on en parle aujourd'hui avec autant d'enthousiasme, c'est que les premières images reçues ce 15 novembre confirment que l'instrument IRS (Infrared Sounder) tient toutes ses promesses, surpassant en réactivité tout ce que les États-Unis possèdent actuellement en orbite géostationnaire.
MTG-S1 : un colosse pour analyser l'atmosphère sous toutes ses coutures
MTG-S1 est une belle bête de près de 4 tonnes, grand comme un petit bus, dont la stature impose le respect dès que l'on se penche sur sa fiche technique. Il a élu domicile sur une orbite géostationnaire, située à très exactement 35 786 kilomètres au-dessus de l'équateur. À cette altitude, il voyage à la même vitesse que la rotation de la Terre, ce qui lui permet de rester en permanence stationné au-dessus du même point du globe, à 0 degré de longitude. Il fixe l'Afrique et l'Europe 24h/24, soit quasiment un tiers de la planète !
Il a été conçu pour que sa durée opérationnelle dépasse les huit ans, dans un solide châssis hébergeant deux instruments de pointe qui nous procureront un regard inédit sur la dynamique du ciel et de notre atmosphère.
Le premier est son IRS (Infrared Sounder), développé par Thales Alenia Space : un interféromètre hyperspectral qui peut décomposer le rayonnement infrarouge en 1 700 bandes spectrales. Il peut ainsi sonder l'atmosphère en profondeur pour en extraire des profils verticaux de température et d'humidité avec une fréquence de rafraîchissement de 30 minutes. C'est grâce à cet instrument que nous pouvons accéder à une modélisation volumétrique en 3D de notre troposphère, ce qui affinera notre compréhension de la structure thermodynamique interne des masses d'air qui la traversent.
En complément de cet IRS, MTG-S1 transporte également l'instrument Sentinel-4 pour le compte du programme Copernicus. Ce spectromètre de pointe se concentre exclusivement sur l'analyse de la pollution et de la qualité de l'air en traquant en temps réel les gaz traces tels que l'ozone, le dioxyde d'azote ou le dioxyde de soufre.
En compilant les données des deux instruments, MTG-S1 pourra (en plus de prédire la pluie et le beau temps), identifier la dispersion des polluants au-dessus des deux continents. Ce qui permettra, à terme, de faire de l'Europe le leader mondial de la vigilance environnementale spatiale.
En ce début d'année 2026, le satellite est en phase rodage et de vérification. Les ingénieurs d'EUMETSAT (Organisation européenne pour l'exploitation des satellites météorologiques) et de l'ESA sont en train de calibrer les bandes spectrales pour s'assurer que les modélisations 3D soient les plus précises possibles avant de livrer les données aux services météo nationaux. Météo-France, le DWD en Allemagne, le Met Office au Royaume-Uni, l'AEMET en Espagne, l'Aeronautica Militare en Italie : toutes bénéficieront d'un outil de solidarité scientifique unique entre le Nord et le Sud. Une mandale technologique administrée à la NASA, en toute politesse, bien sûr !

Un bouclier spatial contre les colères du climat
Si MTG-S1 a été envoyé en orbite, ce n'est pas pour faire de jolis clichés (quoique ceux-ci flattent tout de même la rétine) à la James Webb, mais pour sauver des vies. Grâce à la quantité de données qu'il récoltera, notre résilience et notre capacité d'anticipation face aux catastrophes naturelles feront un immense bond en avant.
Comme l'IRS peut mesurer les gradients de température dans les différentes couches de la troposphère, il capte quasiment immédiatement les zones dans lesquelles l'air se déstabilise. En détectant les colonnes d'air chaud et humide qui cherchent à s'élever violemment à travers des couches plus froides, le satellite débusque le risque de convection bien avant que la première goutte de pluie ne touche le sol. C'est en isolant ces poches d'énergie thermodynamique, devant lesquelles les autres satellites sont aveugles, que les experts pourront anticiper la naissance de tout épisode climatique extrême. Orages stationnaires, supercellules, tornades, micro-rafales, ouragans… rien ne pourra lui échapper !
Ce faisant, il sera bien plus aisé de sécuriser les couloirs aériens, d'aider les navires à contourner des grains dévastateurs, de protéger les réseaux électriques face à la foudre, ou d'anticiper les départs de feux de forêt en période de stress hydrique.
Jusqu'à 2034 (au moins), MTG-S1 veillera sur nous et l'Europe exploitera ses propres données en s'affranchissant de sa dépendance aux flux américains. Une excellente nouvelle, au regard de ce qu'il se passe outre-Atlantique pour la NASA. Pour finir sur une note encore plus positive, ce satellite n'est que le premier d'une série de six : quatre satellites MTG-I (Imagers) et deux MTG-S (Sounders, comme celui-ci). Ils se relaieront pour assurer une continuité de service jusqu'en 2040-2045, quand bien même Washington continuerait à jouer au bulldozer avec sa propre agence spatiale.
Source : Gizmodo