ArianeGroup et Thales ont réussi le premier tir de la munition balistique FLP-t 150, impressionnante et capable de frapper à plus de 150 km. Une grosse avancée pour la défense souveraine française.

Voilà une annonce signée ArianeGroup et Thales qui va rassurer les forces armées françaises et européennes. Ce mardi 12 mai, on apprend qu'il y a tout juste une semaine, le 5 mai 2026, au large du Var, sur le site d'essais de l'Île du Levant, une roquette guidée a décollé, percé le ciel et touché sa cible à plus de 150 kilomètres de distance, le tout sans GPS, volontairement coupé pour l'occasion. Derrière ce premier tir réussi de la munition balistique FLP-t 150, on trouve donc les deux géants industriels français, ArianeGroup et Thales. Et le lanceur X-Fire, polyvalent et souverain, entrera quant à lui en phase de démonstration d'ici fin mai 2026.
Supersonique, précise et résistante au brouillage GPS, voilà ce que sait faire la FLP-t 150, nouvelle munition balistique française
La FLP-t 150 est une munition balistique assez impressionnante. Elle s'élance, grimpe à plusieurs dizaines de kilomètres d'altitude atteint des vitesses plusieurs fois supérieures à celle du son, puis ajuste elle-même sa trajectoire pour frapper sa cible avec précision. Avec une portée qui va au-delà des 150 km, elle occupe une zone grise entre l'artillerie lourde traditionnelle et le missile balistique, et emprunte d'ailleurs aux deux, avec ses technologies de propulsion, de guidage et de pilotage directement issues du monde des missiles.
Ce que valide surtout ce premier tir, c'est la précision de la munition même quand tout est fait pour la perturber. La FLP-t 150 dispose de petites ailettes de pilotage à l'arrière du propulseur, qui lui permettent d'ajuster sa trajectoire en temps réel jusqu'aux dernières secondes avant l'impact, même si l'ennemi brouille intentionnellement le signal GPS. Avec les conflits modernes, où le brouillage électronique est devenu une arme à part entière, cette capacité peut faire la différence.
Parlons des acteurs derrière cette munition. Chacun a son propre domaine. ArianeGroup s'occupe du moteur et du cerveau de la munition (donc ce qui la propulse et la guide), tandis que Thales pilote l'ensemble du système, du lanceur à la commande de tir. Une complémentarité industrielle qui, pour Vincent Pery, directeur des programmes Défense chez ArianeGroup, est autant décisive que prometteuse. Selon lui, ce premier tir réussi « ouvre une perspective nouvelle vers la constitution d'une filière balistique conventionnelle », capable de couvrir tous les niveaux de besoin des armées françaises, du terrain jusqu'au niveau stratégique.

Un lanceur X-Fire mobile, interopérable et 100 % français
La munition ne fait pas tout, puisque vous vous doutez bien qu'il lui faut un lanceur à la hauteur. C'est le rôle du X-Fire, développé par Thales et Soframe, un autre fabricant français. Compact, très mobile, il peut se déployer rapidement n'importe où sur le terrain, ce qui lui permet de s'adapter aux opérations les plus modernes. Avec la FLP-t 150, il forme la solution complète destinée à remplacer les lance-roquettes unitaires actuellement en service dans l'armée française. Ses premiers tirs de démonstration sont d'ailleurs attendus avant la fin mai 2026.
Le X-Fire a un autre atout majeur dans sa manche, et c'est son interopérabilité. Car il a été pensé pour tirer aussi bien la munition française FLP-t 150 que des munitions de pays alliés, ce qui facilitera les opérations conjointes. Il se branche également dans le système ATLAS, la plateforme numérique qui automatise et coordonne les tirs de l'artillerie française, dont Thales assure déjà la gestion. Et enfin, pour naviguer sans GPS quand le signal est brouillé, le lanceur s'appuie sur le TopStar Smart Receiver, un boîtier Thales qui regroupe dans un seul équipement tout ce qu'il faut pour se positionner, se repérer et synchroniser les opérations.
En plus de l'évident exploit technique, on parle aussi d'un pari industriel entièrement français. Imaginez que de la conception à la fabrication, le système mobilise des usines à Valence, Cholet, Bordeaux ou encore Duppigheim. Une fierté pour Hervé Dammann, directeur général adjoint Systèmes Terrestres et Aériens chez Thales, qui vante « la fiabilité de la solution » et la capacité à « livrer rapidement et à monter en cadence » des industriels. Autrement dit, produire vite et en grande quantité si les armées en ont besoin.