Dans la course au futur lance-roquettes longue portée de l'armée française, ArianeGroup et Thales en ont dit plus mardi sur le FLP-T 150, leur réponse souveraine capable de frapper à 150 km.

La roquette FLP-T 150 développée par ArianeGroup et Thales. © ArianeGroup
La roquette FLP-T 150 développée par ArianeGroup et Thales. © ArianeGroup

Après plusieurs mois de silence, ArianeGroup et Thales ont choisi de communiquer, mardi, autour de leur lance-roquettes souverain. Baptisé FLP-T 150, le lanceur est taillé pour atteindre les 150 km de portée. De quoi concurrencer plus que sérieusement d'autres Français, MBDA et Safran, et leur système d'artillerie Thundart, elle aussi roquette sol-sol d'une portée de 150 km.

ArianeGroup et Thales sortent du bois

Hier, ArianeGroup a publié une photo de son démonstrateur, comme preuve physique que le système existe bel et bien. Dans le même temps, Éric Normant, vice-président de l'activité Véhicules et Systèmes Tactiques chez Thales, prenait la parole. Deux sorties plus que logiques, à quelques semaines à peine des tirs décisifs.

Pour comprendre pourquoi cette communication tombe maintenant, il faut plus largement encore regarder le calendrier. La DGA (Direction générale de l'Armement), qui pilote les achats militaires français, a fixé des tirs de démonstration en mai 2026 pour désigner le vainqueur de la compétition. ArianeGroup confirme qu'il sera prêt. Son démonstrateur volera peut-être avant cette date. Précis à moins de dix mètres près, capable de fonctionner même quand le GPS est brouillé, et fabriqué sans aucune pièce américaine soumise à autorisation d'exportation, le système coche toutes les cases exigées.

Pour convaincre, ArianeGroup, qui a brillé il y a tout juste un mois avec le lancement réussi de sa fusée Ariane 6 en version quatre boosters, revendique son héritage balistique. La capacité d'artillerie longue portée de cette classe repose sur des technologies proches de celles utilisées dans les systèmes balistiques. Derrière les fusées Ariane et le missile nucléaire M51, il y a des décennies de maîtrise des trajectoires balistiques à haute vitesse. C'est exactement ce savoir-faire que le FLP-T 150 mobilise, lui qui peut frapper à 150 kilomètres avec une précision extrême.

FLP-T 150 ou Thundart : deux visions mais un même enjeu souverain

Là où le FLP-T 150 se distingue, et Éric Normant l'indique bien, c'est que le système de Thales et ArianeGroup est conçu pour emporter également un missile balistique tactique, une munition bien plus puissante et à plus longue portée qu'une simple roquette.

Pour autant, son concurrent, le Thundart, n'est pas en position de faiblesse. Le système de MBDA et Safran atteint lui aussi les 150 kilomètres, s'appuie sur le guidage de l'AASM (une technologie française déjà éprouvée sur des centaines de missions aériennes) et se connecte au système de commandement ATLAS utilisé par l'armée de Terre. Le tout produit entièrement en France, pour un contrat estimé à 600 millions d'euros et une première commande d'au moins 13 lanceurs d'ici 2030.

Derrière cette compétition industrielle, il y a une urgence militaire concrète. Les neuf lance-roquettes LRU actuellement en service dans l'armée de Terre ne peuvent frapper qu'à 70 kilomètres, et ils approchent de leur fin de vie. La France ne peut tout simplement pas se permettre de rester sans solution de remplacement. Alors peu importe les arguments des uns et des autres, dans quelques semaines, c'est sur le terrain de tir que tout se jouera.