122 milliards levés, un produit phare enterré, un lancement raté et des concurrents qui gagnent du terrain : OpenAI navigue en eaux troubles malgré des coffres pleins.
Loin d’être anecdotique, la fermeture de Sora est le symptôme le plus visible d’une série de décisions qui interrogent la trajectoire d’OpenAI. L’entreprise de Sam Altman vient de boucler la plus grosse levée de fonds de l’histoire de l’IA. 122 milliards de dollars pour une valorisation de 852 milliards. Pourtant, les fissures s’accumulent. GPT-5 a déçu, la concurrence s’est organisée, et la question de la rentabilité reste sans réponse.
Sora et GPT-5 : deux échecs, un même problème
Le générateur vidéo devait être le TikTok de l’IA. Après un pic à 3,3 millions de téléchargements en novembre 2025, les courbes se sont effondrées. L’usage s’est résumé à des vidéos d’animaux dansants et de légumes parlants. Divertissant, mais pas viable. Surtout quand la facture atteint, selon Forbes, 15 millions de dollars par jour au lancement. Le Wall Street Journal évoquait encore 1 million quotidien dans les dernières semaines. Le contrat d’un milliard avec Disney pour exploiter 200 personnages sous licence ? Mort-né. Aucun dollar n’a changé de mains.

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Le fiasco Sora aurait pu passer pour un ajustement ponctuel. Mais le lancement calamiteux de GPT-5 en août 2025 raconte la même histoire. Le modèle devait marquer un bond générationnel, 2 ans après un GPT-4 qui avait surpris le monde et prouvé le potentiel réel de l’IA générative. Il a surtout marqué les esprits par ses régressions. Des versions préalables, bien plus performantes, avaient été confiées à des influenceurs IA. Leurs retours enthousiastes n’avaient aucun rapport avec le produit livré au grand public. Graphiques de performance erronés lors de la présentation officielle, suppression brutale de GPT-4o sans transition, utilisateurs furieux. Sam Altman a lui-même parlé de « méga ratage ».
En parallèle, OpenAI s’est éparpillé. Atlas, un navigateur maison. Un agent IA autonome. Un équivalent d’App Store. Un appareil physique conçu avec Jony Ive. Chaque projet aspire des ressources. Et pendant que la maison mère de ChatGPT court dans toutes les directions, ses concurrents concentrent leurs efforts.
Google et Anthropic : la tenaille se referme
Le retour de Google a été le séisme que personne n’attendait plus. Après les débuts laborieux de Bard, Gemini a changé la donne. Le modèle rivalise désormais frontalement avec ChatGPT, avec un avantage structurel colossal : des milliards d’utilisateurs captifs. Gemini est intégré dans la recherche, Gmail, Drive, Android. Même Apple a choisi Google plutôt qu’OpenAI pour alimenter le nouveau Siri, dans un accord à un milliard de dollars par an. Un camouflet pour Sam Altman, historiquement premier partenaire d’Apple dans l’IA.
De l’autre côté, Anthropic applique une stratégie inverse. Là où OpenAI se disperse, Claude se perfectionne. Les inscriptions mensuelles ont triplé depuis novembre 2025, les abonnements payants ont plus que doublé. Le tout sans publicité, contrairement à ChatGPT qui a commencé à injecter des encarts sponsorisés dans ses réponses. Anthropic a flairé l’ouverture et s’est offert quatre spots au Super Bowl pour se moquer directement de cette décision. La réaction de Sam Altman, piqué au vif sur X, a fini d’installer l’image d’un patron sur la défensive.
L’épisode du Pentagone a enfoncé le clou. Quand Anthropic a refusé de lever ses garde-fous éthiques pour les armes autonomes, OpenAI s’est précipité pour décrocher le contrat. Les désinstallations de ChatGPT ont bondi de 295 % en un week-end. Claude a pris la tête de l’App Store américain. Sam Altman a dû amender publiquement les termes du contrat, reconnaissant un accord « opportuniste et bâclé ». Le bénéfice d’image pour Anthropic est difficilement quantifiable, mais les chiffres parlent : 19 milliards de dollars de revenus annualisés, contre 24 milliards pour OpenAI. L’écart se réduit à vue d’œil.

L’équation financière que personne ne résout
OpenAI génère désormais 2 milliards de dollars par mois. C’est colossal. C'est aussi insuffisant. Sam Altman s’est engagé dans le projet Stargate, un programme d’infrastructure évalué à 1 400 milliards de dollars sur plusieurs années. La levée record de 122 milliards, portée par SoftBank, Amazon et NVIDIA, ne couvre qu’une fraction de cette ambition. Le problème n’est d’ailleurs pas propre à OpenAI.
Les modèles d’IA coûtent une fortune à tout le monde. Anthropic restreint l’accès à Claude aux heures de pointe. Google, malgré une trésorerie de 125 milliards de dollars, a émis une obligation à 100 ans pour financer ses centres de données IA. Du jamais vu pour une entreprise technologique depuis Motorola en 1997. Les quatre géants (Alphabet, Microsoft, Amazon, Meta) prévoient plus de 630 milliards de dollars de dépenses d'infrastructure en 2026. Des sommes qui feraient pâlir les budgets de certains États. Publicité intégrée, hausses d’abonnements, resserrement stratégique : les pistes de rentabilisation se multiplient sans qu’aucune ne s’impose. OpenAI commence à corriger le tir.
Le recrutement du créateur d’OpenClaw, outil open source d’agents IA, signale un recentrage sur les produits à forte valeur ajoutée pour les développeurs. GPT-5.4 cible les entreprises plutôt que le grand public. Mais la mue arrive tard, et les concurrents n’ont pas attendu. Reste une certitude : l’ère des dépenses sans compter touche à sa fin. Et pour OpenAI plus que pour quiconque, la réponse à l’équation économique ne peut plus attendre