Après des années de course aux capacités, OpenAI jette l'éponge. Enfin, pas vraiment, mais c'est tout comme : la priorité 2026, ce n'est plus le modèle le plus puissant, c'est que vous vous en serviez enfin au quotidien.

La coqueluche de l'IA tourne la page de 2025 et nous donne son leitmotiv pour cette nouvelle année. © OpenAI
La coqueluche de l'IA tourne la page de 2025 et nous donne son leitmotiv pour cette nouvelle année. © OpenAI

L'annonce fait moins de bruit qu'un nouveau modèle GPT, et pourtant elle pourrait redéfinir l'équilibre du marché. Sarah Friar, directrice financière d'OpenAI, a publié dimanche un billet de blog où elle martèle que 2026 sera l'année de « l'adoption pratique ». Concrètement, l'entreprise abandonne la rhétorique du « toujours plus intelligent » pour se concentrer sur ce qui coince depuis le début : combler le fossé entre ce que l'IA peut faire et ce que les gens en font réellement, jour après jour. Pour comprendre ce basculement stratégique, il faut revenir aux chiffres vertigineux qui pourraient bien plomber OpenAI si la magie ne prend pas.

Des milliards dépensés, mais pour quoi faire ?

OpenAI a explosé ses propres records de croissance. Le chiffre d'affaires annualisé est passé de 2 milliards de dollars en 2023 à plus de 20 milliards fin 2025. Dans le même temps, la puissance de calcul disponible est passée de 0,2 gigawatt en 2023 à près de 1,9 gigawatt en 2025. Friar précise que cette augmentation a directement nourri l'adoption par les clients et les revenus, mais aussi que « davantage de puissance de calcul aurait accéléré encore l'adoption ». Autrement dit, la machine tourne à plein régime, mais elle reste en sous-capacité face à la demande.

ChatGPT (GPT-5.2)
  • Chat dans différentes langues, dont le français
  • Générer, traduire et obtenir un résumé de texte
  • Générer, optimiser et corriger du code
9 / 10

Sauf que cette accélération a un prix. OpenAI s'est engagée à hauteur de 140 milliards de dollars dans des projets d'infrastructures, avec notamment un accord avec Nvidia portant sur 100 milliards de dollars pour construire au moins 10 gigawatts de systèmes. Face à ces dépenses pharaoniques, certains experts comme Sebastian Mallaby du Council on Foreign Relations estiment qu'OpenAI pourrait être à sec dans les 18 prochains mois. Le problème structurel reste le même : contrairement à Google ou Microsoft, OpenAI ne peut pas amortir ses investissements colossaux avec d'autres sources de revenus massives.

Cap sur la santé, l'entreprise et les nouveaux modèles économiques

C'est là que le virage 2026 prend tout son sens. Friar cible trois secteurs où « une meilleure intelligence se traduit directement par de meilleurs résultats » : la santé, la science et l'entreprise. OpenAI a d'ailleurs déjà commencé à muscler son offre dans le domaine médical en rachetant Torch pour 60 millions de dollars, une startup qui agrège les données médicales pour les rendre exploitables par l'IA. Cette acquisition vient renforcer ChatGPT Santé, lancé récemment aux États-Unis, qui permet aux utilisateurs d'intégrer leurs dossiers médicaux complets dans le chatbot.

Réunion en entreprise. © Shutterstock

Mais le changement ne s'arrête pas aux verticales métiers. Sarah Friar esquisse aussi l'évolution du modèle économique d'OpenAI. Elle évoque explicitement des revenus futurs basés sur « la licence, la propriété intellectuelle ou la tarification en fonction des résultats », à l'image de ce qui s'est produit avec Internet. En clair, OpenAI ne veut plus seulement vendre des abonnements ChatGPT : l'entreprise cherche à monétiser l'intelligence elle-même, là où elle crée de la valeur mesurable. Pour soutenir cette transition, OpenAI a également annoncé le test de publicités pour certains utilisateurs américains de ChatGPT et le lancement mondial de ChatGPT Go, un abonnement plus abordable auquel nous avions déjà accès depuis quelques semaines.

Cette stratégie fait écho à un contexte européen où l'adoption de l'IA pulvérise les records historiques, avec 42% des entreprises du continent qui l'utilisent désormais de manière systématique. Reste à savoir si OpenAI parviendra à transformer cet engouement en trésorerie sonnante et trébuchante, ou si 2026 marquera le début de sa fin.

Source : The Verge