Le gouvernement autrichien vient d'annoncer un accord de coalition pour interdire les réseaux sociaux aux enfants de moins de 14 ans. Si c'est un projet de loi attendu dès l'été 2026, ses modalités techniques restent à définir.

Le gouvernement autrichien a annoncé ce vendredi qu'il allait interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 14 ans - ©Tada Images / Shutterstock
Le gouvernement autrichien a annoncé ce vendredi qu'il allait interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 14 ans - ©Tada Images / Shutterstock

Après des semaines de tractations au sein d'une coalition à trois réunissant sociaux-démocrates, conservateurs et libéraux, le gouvernement autrichien a annoncé ce vendredi qu'il allait interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 14 ans. Pour le vice-chancelier Andreas Babler les plateformes sont « sciemment » conçues pour rendre les enfants dépendants, et les parents sont structurellement dépassés. Mais pas de liste noire de plateformes prévue pour autant. La loi ciblera les services dont les algorithmes génèrent de l'addiction, des profits et des effets nocifs sur les jeunes utilisateurs, le tout, pour le moment, sans nommer TikTok, Instagram ou Snapchat explicitement.

Le projet de loi doit être présenté d'ici la fin juin, pour une entrée en vigueur « aussi rapidement que possible ».

L'Autriche, un pays de l'UE qui prend de l'avance sur lui-même

Tout est une question de timing et de suite logique européenne, dans cette annonce.

En Allemagne, la CDU a adopté en février une motion préconisant un âge minimal de 14 ans, et le SPD a déposé une initiative parlementaire similaire.

La France, a fait voter à l'Assemblée nationale en janvier un texte interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans et comme on vous l'a dit précédemment, le Sénat doit encore l'examiner.

Le Danemark, l'Espagne, la Grèce, l'Italie ou le Portugal ont aussi décidé d'agir.

L'Autriche rejoindrait donc un bloc européen en train de se former, mais avec un seuil légèrement plus bas que ses voisins, soit 14 ans contre 15 ou 16 ailleurs.

Mais une alliance de médecins, psychologues et pédagogues a adressé une lettre ouverte au gouvernement pour réclamer une limite à 16 ans plutôt que 14, au motif que les adolescents de 14 à 16 ans restent particulièrement vulnérables aux comportements addictifs et aux symptômes dépressifs.

Selon la fondatrice de cette initiative, Stephanie Blase, « Il ne s'agit pas d'interdire l'accès des enfants aux réseaux sociaux, mais d'empêcher les réseaux sociaux d'accéder à nos enfants ».

Pour le vice-chancelier Andreas Babler les plateformes sont « sciemment » conçues pour rendre les enfants dépendants, et les parents sont structurellement dépassés - ©Andreas Stroh / Shutterstock
Pour le vice-chancelier Andreas Babler les plateformes sont « sciemment » conçues pour rendre les enfants dépendants, et les parents sont structurellement dépassés - ©Andreas Stroh / Shutterstock

Comment vérifier l'âge sans surveiller tout le monde ?

Interdire, c'est une chose. Contrôler, c'en est une autre. Pour que l'interdiction soit efficace, chaque utilisateur devra prouver son âge, ce qui rend l'auto-déclaration actuelle obsolète.

L'Autriche propose une application nationale liée au système d'identification autrichien ID Austria, ou un recours à des tiers spécialisés dans la vérification. Les libéraux du parti NEOS, eux, préfèrent attendre le portefeuille d'identité numérique européen, attendu fin 2026, et le prototype d'application de vérification de la Commission européenne, possiblement disponible au printemps 2026.

Pourtant, les expériences étrangères ne plaident pas franchement pour l'optimisme technique. En Australie, où l'interdiction pour les moins de 16 ans est en vigueur depuis décembre 2025, des adolescents ont déjà contourné les systèmes de vérification, comme cette jeune Australienne de 14 ans qui a déclaré avoir passé le filtre de Snapchat sans difficulté.

L'Autriche prévoit aussi une nouvelle matière scolaire baptisée « Médias et démocratie », pour aider les élèves à distinguer le vrai du faux et à repérer les tentatives de manipulation. Une expérience pilote de trois semaines sans téléphone portable, à laquelle 72 000 élèves ont participé, vient d'ailleurs de s'achever, avec des retours que le ministre de l'Éducation Christoph Wiederkehr a qualifiés d'expérience de « sevrage ».