Une étude interne à Meta, jamais publiée, conclut que la supervision parentale n'a quasiment aucun effet sur l'usage compulsif des adolescents sur les réseaux sociaux. Ce document surgit au pire moment pour l'entreprise : en plein procès, sous les yeux d'un jury.

Le timing est brutal. Alors qu'Adam Mosseri, patron d'Instagram, défendait récemment devant ce même tribunal que passer 16 heures par jour sur une plateforme relève d'un « usage problématique » et non d'une addiction, un document interne à Meta vient contredire l'ensemble du discours rassurant tenu depuis des années envers les parents. C'est au cours du procès en cours au tribunal supérieur du comté de Los Angeles que cette recherche confidentielle a été révélée.
Ce que l'étude secrète de Meta révèle vraiment
L'étude en question s'appelle « Project MYST », acronyme de Meta and Youth Social Emotional Trends, conduite en partenariat avec l'Université de Chicago. Elle repose sur un sondage mené auprès de 1 000 adolescents et leurs parents concernant leurs habitudes sur les réseaux sociaux.
Sa conclusion est sans ambiguïté : les facteurs parentaux, qu'il s'agisse de règles familiales, de surveillance directe ou d'outils intégrés comme les limites de temps, n'ont que très peu d'association avec le niveau d'attention que les adolescents portent à leur propre consommation des plateformes. Parents et enfants interrogés s'accordaient d'ailleurs sur ce point, reconnaissant ensemble l'absence de lien entre le degré de supervision et le comportement compulsif.
L'étude met également en évidence un facteur aggravant : les adolescents ayant vécu des événements difficiles (parents alcooliques, harcèlement scolaire, situations familiales instables) sont significativement plus exposés à un usage débridé des réseaux. Sur ce point précis, Mosseri a partiellement concédé lors de son témoignage que certains jeunes se servent d'Instagram « pour fuir une réalité plus difficile ». Ce qui est, en creux, une admission que la plateforme capitalise sur la vulnérabilité.

Ce qui rend la situation particulièrement gênante pour Meta, c'est que les résultats de Project MYST n'ont jamais été rendus publics, et aucune alerte n'a été adressée aux parents ni aux adolescents. Adam Mosseri, pourtant désigné dans un document comme ayant approuvé le lancement de l'étude, a affirmé à la barre ne plus s'en souvenir précisément.
Quand les « protections » deviennent un argument marketing
Ce document interne entre en collision directe avec les engagements affichés ces dernières années par la plateforme. Instagram avait pourtant présenté ses « Comptes Adolescents » comme panacée, avec des restrictions d'accès automatiques, des filtres de contenu et un renforcement du contrôle parental. Plus récemment encore, la plateforme annonçait de nouvelles mesures de protection des mineurs, présentées comme une avancée décisive pour rassurer les familles.
La question que pose désormais Project MYST est simple : à quoi servent ces outils si Meta savait, en interne, qu'ils n'agissent pas sur l'usage compulsif ? L'avocat de la plaignante, Mark Lanier, en tire une conclusion directe : la responsabilité ne repose pas sur les parents, mais sur les concepteurs de plateformes dotées d'algorithmes conçus pour maintenir les utilisateurs dans un défilement continu, de notifications incessantes et de mécanismes de récompense intermittente agissant sur la dopamine.
- Des interactions faciles par de nombreux canaux (publications, Stories, messagerie, etc.)
- Un réseau social adapté aux préférences des utilisateurs dans la gestion de leur compte
- De nombreux types de contenus à créer, à partager et à consulter
Ce procès est loin d'être isolé. Plusieurs affaires similaires doivent se tenir cette année aux États-Unis, et leurs verdicts pourraient peser lourd sur la façon dont ces entreprises traitent leurs jeunes utilisateurs. En France, l'Assemblée nationale a voté l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, avec une entrée en vigueur prévue dès la rentrée 2026. Une loi qui, à la lumière de Project MYST, ressemble moins à une précaution qu'à une nécessité.